Les stéréotypes de genre sont de retour et TikTok leur a déroulé le tapis rouge
Écrit par Camille Croizé le
D’après cette étude, les stéréotypes de genre sont de retour, et TikTok leur a déroulé le tapis rouge
Écrit par Camille Croizé le
D’après cette étude, les stéréotypes de genre sont de retour, et TikTok leur a déroulé le tapis rouge
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C’était censé être une bonne nouvelle. Depuis les années 2000, les stéréotypes de genre reculaient lentement mais sûrement. Par exemple, en 2014, seules 22 % des personnes interrogées pensaient que “les femmes devraient rester à la maison”, contre 44 % en 2000. Mais ce progrès a clairement pris un coup de vieux. Depuis le milieu des années 2010, cette dynamique ralentit, et certains clichés semblent même repartir à la hausse, surtout chez les jeunes. En 2022, plus de la moitié des 18-24 ans pensaient que les mères étaient naturellement plus douées que les pères pour s’occuper des enfants. Oui, en 2022. Comme si on avait appuyé sur “rewind” en plein visionnage de l’égalité.
Et ce n’est pas une impression : d’après une étude menée par France Stratégie et relayée par France Inter, les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette régression. Chez les 11-17 ans, on observe une “adhésion précoce aux stéréotypes d’aptitudes et de rôles sociaux différenciés”. Et là où ça pique vraiment, c’est que les garçons sont encore plus influencés que les filles par ces schémas rétrogrades. Traduction ? Plus on scrolle jeune, plus on intègre que les filles doivent être jolies et dociles, et les garçons forts et protecteurs. L’algorithme n’a pas fini de faire des dégâts.
TikTok, YouTube, Instagram : des outils d’expression pour les créateurices ? Oui. Mais aussi, de plus en plus, des amplificateurs de clichés genrés. Il suffit de se perdre deux minutes dans la section “pour toi” pour tomber sur un déluge de conseils “féminins” : soyez douces, soyez jolies, soyez désirables. Pendant ce temps-là, côté masculin, on glorifie les “alpha males”, la dominance et la froide rationalité. Et ces contenus ne sont pas marginaux : ils font des millions de vues.
C’est ce que pointe Cécile Jolly, cheffe de projet et co-rapporteure de l’étude, en soulignant un schéma très précis qui se répète : “Il y a un très fort ancrage de l'adhésion aux stéréotypes de l'assignation des femmes au 'care', c'est-à-dire aux soins des enfants et aux soins des autres d'une manière générale, et puis des stéréotypes très ancrés sur la soumission à l'apparence des filles et sur le devoir de protection des garçons”, explique-t-elle au micro de France Inter. En gros, les filles apprennent à plaire, les garçons à dominer. Le patriarcat 2.0 se porte comme un charme.
Car si les garçons sont surreprésentés dans la production de contenus stéréotypés, les filles, elles, en sont les principales cibles. Selon Marine de Montaignac, co-rapporteure de l’étude, “elles peuvent être amenées à s’approprier des manières d’être qui ne sont pas forcément les leurs, mais dans l’objectif d’être populaires sur les plateformes et les réseaux”. Autrement dit : sur TikTok, la popularité passe encore (et toujours) par des poses ultra-féminines, une allure normée, et une capacité à se conformer au regard masculin.
Et le problème, c’est que ces codes finissent par façonner l’identité, l’orientation scolaire, les ambitions professionnelles. Si une ado est bombardée de vidéos où la féminité est réduite à faire des smoothies roses et à “prendre soin”, difficile de la convaincre qu’elle peut devenir ingénieure aérospatiale ou chirurgienne cardiaque. Les stéréotypes se transforment en plafond de verre algorithmique.
Face à cette machine bien huilée qui réinjecte les pires clichés dans les têtes de la Gen Z, la riposte institutionnelle reste timide. Et pourtant, “il y a un impératif d'une politique publique de lutte contre les stéréotypes plus ambitieuse, plus constante et plus globale”, martèle Clément Beaune, haut-commissaire au Plan et commissaire général de France Stratégie. En d’autres termes : il va falloir faire mieux que trois affiches dans un collège et un hashtag#TousÉgaux en 2025.
Mais pour l’instant, les algorithmes ont toujours une longueur d’avance. Clément Beaune, lui, veut s’attaquer à la racine du problème : les plateformes elles-mêmes. “Le nouveau combat, sans doute le plus difficile, portera sur le monde numérique : au-delà des violences directes, la régulation des plateformes et des réseaux sociaux, au niveau européen, devra intégrer la lutte contre les stéréotypes eux-mêmes”, souligne-t-il. Traduction : TikTok, YouTube, Instagram – préparez-vous à sortir du déni, car vos likes ont un prix politique.