Donc maintenant les masculinistes s’inspirent de Matrix pour détester les femmes ?
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
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Ce n’est plus un mystère, les masculinistes ont bel et bien pris leurs quartiers sur Internet. Entre discours sur la virilité et résistance au "féminisme oppresseur", leurs communautés prolifèrent en ligne.
Né dans les années 1970 aux États-Unis, ce mouvement estime que le féminisme, puis #MeToo, ont provoqué une crise de la masculinité. Dans son dernier rapport publié en janvier, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes alerte sur un ancrage "des réflexes masculinistes et des comportements machistes", notamment chez les jeunes hommes adultes.
D'ailleurs, si vous avez vu le documentaire Mascus de FranceTV Slash, vous savez déjà qu’il existe deux grandes catégories d’hommes dans cette sphère : les tenants de la "pilule bleue" et ceux de la "pilule rouge" (redpill, dans le jargon). Une référence directe au film Matrix, où le héros doit choisir entre l'ignorance (la pilule bleue) et la réalité brutale (la pilule rouge). Pour les masculinistes, cette réalité brutale serait que les hommes sont dépossédés de leur place par les femmes. Ceux qui avalent la pilule rouge adoptent donc une vision ultra-viriliste et antiféministe, refusant toute "soumission" au féminin.
Parmi ces mouvances, une se distingue par son appel au repli total : les MGTOW, pour Men Going Their Own Way. Leur but ? Sortir du jeu des relations amoureuses - et sexuelles (une intox, vous le verrez) - bref, ne plus fréquenter les femmes pour mieux "s’épanouir".
Un mouvement qui, sous couvert d'indépendance, cache une profonde misogynie et une hostilité inquiétante envers les femmes.
Le mouvement MGTOW n’est pas né d’hier. Ses premières traces remontent aux années 2000, mais il a explosé avec l'essor des communautés masculinistes en ligne. Sur YouTube, Reddit et Telegram, ces hommes partagent un constat commun : les femmes seraient devenues dangereuses. Entre accusations de vénalité, de manipulation et de destruction du rôle traditionnel masculin, les MGTOW estiment qu’il vaut mieux prendre ses distances. Loin de se contenter de préconiser une simple abstinence amoureuse, ce mouvement prône une rupture totale avec le féminin.
Leurs arguments ? Les relations modernes seraient une arnaque pour les hommes. Le mariage, une trappe financière. La paternité, un risque d’aliénation par le système judiciaire. Les femmes ne seraient intéressées que par les hommes riches et dominants. Bref, être un homme en couple en 2025, ce serait signer son propre arrêt de mort.
Sur le papier, les MGTOW se présentent comme des hommes désabusés ayant choisi une vie sans contrainte. Certains vont jusqu’à se définir comme des "moines modernes" vivant dans l’ascèse, libérés des diktats du couple. Mais en creusant, le discours change - et radicalement.
En réalité, beaucoup d’entre eux cultivent une rancœur profonde envers les femmes. Leur communauté est truffée de théories du complot : le féminisme aurait détruit la société, les femmes utiliseraient les hommes comme des "portefeuilles ambulants", et l’égalité ne serait qu’une mascarade au profit du sexe féminin.
Et certains poussent le vice jusqu’à s’engager dans des discours violents. On retrouve ainsi des propos ouvertement misogynes, voire menaçants, justifiant des actes de vengeance contre les femmes.
Le problème avec le mouvement MGTOW, c’est qu’il avance masqué. Sous couvert de développement personnel et de liberté masculine, il diffuse des idées dangereuses. Plus qu’une simple communauté de célibataires endurcis, il s’inscrit dans un courant plus large de la "guerre des sexes", où le féminisme est perçu comme une menace à abattre.
Derrière leurs discours sur l’indépendance masculine, on trouve des forums où des hommes se "coachent" mutuellement pour apprendre à manipuler et posséder les femmes, comme s’il s’agissait d’objets à conquérir. Pire encore, certains contenus vont jusqu’à proposer de véritables modes d’emploi pour contraindre les femmes à des relations non consenties – les violer en d'autre termes - sans jamais le formuler ainsi,mais en évacuant totalement la notion de consentement.
Pour les spécialistes des mouvements masculinistes, il est urgent de ne plus prendre ces discours à la légère. Comme l’explique Stéphanie Lamy sur TF1 info, autrice de La Terreur masculiniste : "Ces hommes cherchent à effacer le point de vue des femmes. Il faut le combattre."
En bref, en 2025 la misogynie en ligne n'est plus un simple phénomène d'Internet. C’est une réalité aux conséquences bien tangibles. La question n’est donc plus de savoir si ces idées sont dangereuses, mais jusqu’à quel point nous sommes prêts à les ignorer - avant qu'elles ne fassent encore plus de victimes.
Le mouvement MGTOW se présente comme une idéologie pacifique, mais ses dérives sont bien réelles. Certains adeptes de cette communauté n’hésitent pas à appeler à des actes de représailles contre les femmes perçues comme responsables de leur malheur.
Un cas emblématique en France est celui de Mickaël Philétas, un ancien YouTubeur proche des cercles masculinistes. En janvier 2020, il a assassiné son ex-compagne, persuadé d’avoir été trahi et manipulé. Avant son passage à l’acte, il postait des vidéos affirmant que les femmes méritaient d'être "punies".
D’autres drames similaires ont également été liés à cette mouvance. En 2018, Alek Minassian, un homme ayant revendiqué son appartenance aux incels (un mouvement cousin des MGTOW), a commis un attentat meurtrier à Toronto, renversant 10 personnes avec sa voiture. Son mobile ? "Venger les hommes rejetés par les femmes".
En bref, derrière leurs grands discours sur l’indépendance masculine, les MGTOW cultivent surtout une rancœur toxique contre les femmes. Entre forums de radicalisation et appels à la vengeance, leur idéologie ne reste pas qu’en ligne : elle alimente une haine bien réelle, parfois meurtrière. Alors il est temps d’arrêter de les voir comme de simples célibataires désabusés et de les considérer pour ce qu’ils sont vraiment : une menace.