Kiss curl : la mèche la plus politique de 2025
Écrit par Camille Croizé le
De Joséphine Baker à Sydney Sweeney : l’épopée du kiss curl
Écrit par Camille Croizé le
De Joséphine Baker à Sydney Sweeney : l’épopée du kiss curl
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En 2025, les coiffures ne cherchent plus à flatter, elles revendiquent, elles racontent. Mais surtout, elles cochent deux cases bien dans l’air du temps : rétro assumé et mixité revendiquée. L’exemple parfait ? Le grand retour du kiss curl, cette minuscule boucle capillaire qu’on croyait reléguée aux archives vintage — mais qui revient comme un manifeste collé au front.
Sur les tapis rouges, dans les clips ou sur les podiums, cette virgule stylisée s’est frayée un chemin sous les projecteurs. Déjà en 2023, Beyoncé donnait le ton aux Grammy Awards avec un kiss curl parfaitement dessiné, plaqué comme une œuvre d’art. Deux ans plus tard, il est partout. Et surtout, il ne cherche plus à être mignon. Il cherche à dire.
Oui, on associe souvent le kiss curl aux années 1920 et aux cabarets des Années folles. Mais cette mèche plaquée n’a rien d’un caprice d’époque : elle existe depuis bien plus longtemps. On en retrouve des traces dès l’Antiquité romaine, où certaines femmes aristocrates (et empereurs) faisaient onduler et plaquer leurs mèches sur le front à l’aide d’onguents, de cire et d’épingles. Ces petites boucles frontales étaient déjà perçues comme un signe de raffinement extrême, voire de domination sociale.
Plus tard, au XIXe siècle, les “coiffures à la Titus” reprennent cette idée, et certaines gravures d’époque montrent des femmes avec des mèches spiralées près du front ou des tempes, inspirées de styles néo-classiques. Bref : le kiss curl a traversé les époques en changeant de forme, mais jamais de fonction : attirer le regard, structurer le visage, affirmer une image.
Mais c’est bien dans les années 20 qu’il devient signature. Grâce à Joséphine Baker, qui en fait un emblème. Sur scène, elle ne se contente pas de danser : elle construit un personnage. Et ce personnage a des cheveux millimétrés. Chaque boucle plaquée devient un acte de style, mais aussi de pouvoir — en particulier pour une femme noire dans une société qui l’exotise autant qu’elle la fantasme.
Ce que Baker initie, d’autres poursuivent. Diana Ross, Donna Summer, Chaka Khan… toutes ont utilisé cette boucle frontale comme un outil de stylisation extrême. Un détail qui, chez des femmes noires, n’est jamais innocent : trop élaboré pour être “naturel”, trop visible pour être ignoré, il s’impose comme une réponse aux normes de beauté dominantes, longtemps centrées sur une esthétique blanche.
Cette coiffuredit : je ne vous ressemble pas, et c’est voulu. Il est un pied de nez graphique aux diktats de la beauté standardisée. En 2025, ce discours reste intact. Et son retour, notamment lors du dernier Met Gala célébrant le style noir, n’est pas une coïncidence. Il signe une réappropriation assumée du pouvoir capillaire. Une reconquête du visage. Une boucle peut être plus politique qu’un discours.
On pourrait croire qu’en 2025, la beauté devrait tout miser sur le neuf. L’innovation. L’avant-garde. Mais c’est l’inverse qui se passe : le rétro est roi. Pas par flemme, mais par choix.
Dans un monde où tout va vite, où l’image se consomme en scroll, les détails rétro rassurent et racontent. Ils permettent d’ancrer une esthétique dans une histoire. Le kiss curl, c’est du passé mis au présent. Une sorte d’artefact nostalgique qu’on détourne pour mieux affirmer son individualité.
Surtout, il incarne ce que 2025 chérit : la stylisation volontaire, l’attention au détail, la beauté pensée comme un design — pas comme une évidence naturelle. Ce n’est pas un hasard si on le retrouve chez Sydney Sweeney sous forme d’arabesques Art déco, ou chez Dua Lipa, en spirales bijou collées à la peau. Le visage devient un canevas, et le kiss curl, une signature graphique.
Le kiss curl n’a plus de genre. Il n’a même plus de style attitré. Il fusionne tresses, vagues, plaques et boucles avec une liberté qui défie les catégories. Bad Bunny l’a adopté avec une nonchalance maîtrisée, comme un clin d’œil à ses racines latines et à une masculinité dégenrée. A$AP Rocky, lui, le réinvente version streetwear chic, entre héritage old school et ultra-contrôle esthétique.
Résultat ? Un mix & match capillaire où les codes explosent, où l’ornement devient terrain d’expression. Plus besoin d’avoir les cheveux longs, ni d’être perçue comme “féminine” pour arborer une boucle stylisée. Le kiss curl épouse les visages, sans distinction, et célèbre ceux qui brouillent les lignes. Il est à la fois accessoire et affirmation.
Alors non, cette mèche n’est pas là pour “adoucir” un visage. Elle souligne. Elle cadre. Elle attire l’œil. Elle transforme le front en tableau, la peau en scène. C’est une touche vintage qui parle le langage du futur. Une virgule graphique qui claque plus fort qu’un contouring.
Sur les tapis rouges, dans les moodboards de coiffeuses ou sur les crânes les plus affûtés, le kiss curl est la preuve que les détails font l’époque. Et qu’en 2025, la beauté n’est pas brute : elle est travaillée, informée, et follement stylisée.