24 heures avant la cérémonie d’ouverture, le Festival de Cannes change les règles du dresscode sur le tapis rouge
Écrit par Juliette Gour le
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Alors que les stylistes du monde entier sont dans les starting blocs et que les suites de tous les hôtels de Cannes sont pleines à craquer de robes plus extraordinaires les unes que les autres, le comité du Festival a décidé d'ajouter une nouvelle règle pour le dresscode... 24h avant la cérémonie d'ouverture.
C'est le journaliste Louis Pisano qui a balancé la bombe sur Instagram : plusieurs typologies de robes ne seront désormais plus acceptées pour la montée des marches. Ces nouvelles règles concernent essentiellement les toilettes féminines, dont certaines sont désormais jugées "inadaptées" par le comité d'organisation du festival.
Dans la foulée, de nombreuses personnalités de la mode ont réagis au poste de Louis. Certains, comme Camille Charierre, semblent ravis de ce changement... Cela serait évidemment une bonne nouvelle si, une fois de plus, il n'était pas question de contrôler la tenue vestimentaire des femmes.

Sur le site du festival de Cannes, on peut désormais lire (en tout petit, dans la FAQ), que certaines typologies de robes sont désormais interdites sur le tapis rouge. Au traditionnel dresscode "robe longue" s'ajoute désormais de nouvelles indications. Dès cette année, les naked dresses (comprenez, les robes transparentes) et les traînes XXL sont interdites sur le tapis rouge. Sont également interdits les tot-bags (pas assez chics), les sacs à dos et les grands sacs sont aussi interdits.
Toutes ces nouvelles règles sont pensées pour optimiser sur la durée de passage sur le tapis rouge. C'est particulièrement valable pour les robes volumineuses qui, en plus d'entraver le déplacement des vedettes et qui cassent le rythme de la montée des marches.
"C'est beau, mais c'est ennuyant" nous dit Jean-Marc Mondelet, styliste habitué du Festival à la tête du Red Carpet Showroom. "C'est dommage, parce que Cannes, c'est un peu la seule occasion pour porter de belles robes longues, mais je comprends tout à fait que ça entrave la bonne circulation sur le tapis rouge."
Pour ce qui est des robes transparentes ou un peu trash, à la suite de quelques abus ces dernières années, le comité a décidé de serrer la vis, afin de conserver l'esprit "glamour et chic" du festival.
Pour certains, cette nouvelle règles est une façon - un peu détournée - de mettre de côté des influenceuses qui ne font que monter le tapis rouge, sans jamais aller aux projections. Si Cannes est avant tout un festival dédié au 7e art, avec le temps, il est aussi devenu une façon pour les marques se faire de la pub en misant sur les influenceuses les plus bankables. Le problème, c'est que cette situation semble énerver de plus en plus de personnes.
Camille Charriere par exemple, ne s'est pas privée de donner son avis sur la situation sous le post de Louis Pisano. "Il est temps de célébrer à nouveau le cinéma et de se recentrer sur la vraie raison d’un tapis rouge : donner envie aux gens de voir un film !", hop, une jolie balle perdue pour les influenceuses invitées par les marques, qui s'éclipsent dès que la séance commence. Elle complète son propos par un autre commentaire, tout aussi parlant : "Les règles sont faites pour être transgressées. Mais à mon (humble) avis, seules les personnes qui ont vraiment mérité leur place sur ce tapis devraient s’y autoriser. Si Meryl ou Cate veulent débarquer en robe de bal transparente, grand bien leur fasse… Le reste d’entre nous peut suivre les consignes et soutenir l’industrie du cinéma sans chercher à tout ramener à soi."

Un avis plutôt tranché donc, mais qui est sûrement partagé par la majorité des acteurs du milieu cinématographique.
"On a très peu de robes XXL au showroom, les seules que l'on a, c'est pour les influenceuses en recherche de presse. Ce n'est pas un choix anodin de mettre une robe avec 200 mètres de tulle, c'est une façon détournée de se faire remarquer et de s'assurer des photos dans la presse... Après, c'est ce que les bandeaux et le public veulent voir... C'est le grand paradoxe de Cannes." L'avis de Jean-Marc complète parfaitement celui de Camille Charrière : il est temps de changer les règles de Cannes et de remettre l'élégance et le cinéma au centre de l'attention.
Plus globalement, cette nouvelle règle questionne sur la façon dont les marques se servent du festival de Cannes. Depuis plusieurs années, TikTok est partenaire du festival - c’est une élégante façon de dire “partenaire financier”. Il est évident qu’en contrepartie, l’application chinoise demande à accorder l’accès aux créateurs stars de la plateforme (c’est le minimum syndical). Le problème, c’est que cette surmédiatisation a, au fil du temps, modifié la liste des invités VIP : il y a 15 ans, il fallait être acteur, ou appartenir au petit monde du cinoche pour monter les marches, aujourd’hui, 200k sur Instagram ou TikTok suffisent pour donner accès au palais des festivals. Ce changement n’a rien d’exceptionnel : il s’est construit en miroir de notre consommation de la célébrité. Les réseaux sociaux ont donné naissance à une nouvelle typologie de personnalités publiques, avec un impact significatif sur les consommateurs, il est normal que les marques en profitent (c’est finalement l’inverse qui serait surprenant). Mais, en faisant de n’importe qui une “personnalité publique”, on a également ouvert la porte à tous ces influenceurs, qui ne font rien de plus que proposer du contenu vide de sens, mais suivis par des millions de personnes.

La question qu'il faut maintenant se poser est la suivante : doit-on empêcher les marques d'inviter des influenceurs et redonner au festival cette sensation d'entre-soi ou, au contraire, doit-on inviter ces personnalités d'Internet, plutôt loin de l'univers du cinéma, mais particulièrement populaires auprès du public ?
S'il n'y a évidement aucun problème à imposer un dresscode en adéquation avec l'évènement, dans un contexte de montée des mouvements conservateurs, cette décision n'est peut-être pas au goût de tout le monde. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le festival est pointé du doigt pour n'imposer des règles strictes qu'aux femmes sur le tapis rouge. Par exemple, il a longtemps été interdit aux femmes de monter les marches en chaussures plates. S'il n'y a officiellement jamais eu aucune règle écrite à ce sujet, les ballerines ont longtemps été persona non grata sur le red carpet. Heureusement, depuis 2016 (et suite à de nombreuses protestations d'actrices), les femmes ont aujourd'hui le droit de monter les marches avec des chaussures plates.

Cependant, cette nouvelle règle – qui met en avant la décence – peut aussi être perçue comme une volonté de contrôler le corps des femmes, en leur imposant une esthétique bien particulière. Le contrôle des tenues vestimentaires des femmes est généralement la manifestation la plus basique du patriarcat. On l'observe notamment dans le mouvement des trad wives, teinté d'un conservatisme surrané, qui appelle les femmes à "plus de décence et à se respecter" ce respect passe par une tenue "modeste", bien sous tout rapports, qui ne heurte pas la sensibilité d'autrui (comprenez masculine).
Difficile donc de ne pencher que pour un seul avis suite à cette prise de décision de dernière minute. Dans 24 heures, on saura si les nouvelles directives ont été appliquées ou non. Une chose est sûre, les stylistes vont retourner les showrooms de toute la ville pour trouver des alternatives "red carpet friendly".