Le revenge porn devient un crime fédéral aux USA, et c’est pas trop tôt
Écrit par Camille Croizé le
Le revenge porn devient un crime fédéral aux USA, et c’est pas trop tôt
Écrit par Camille Croizé le
Le revenge porn devient un crime fédéral aux USA, et c’est pas trop tôt
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Jusqu’à récemment, si une femme se retrouvait exposée sur internet, nue contre son gré, il n’y avait pas grand monde pour l’aider. Entre les vidéos truquées façon deepfake et les photos intimes balancées en représailles, les victimes de revenge porn se heurtaient à une double peine : la violence de la trahison, et l’indifférence des autorités. Mais aux États-Unis, ce scénario insupportable est en train de basculer.
Le Congrès a voté une loi qui frappe fort, très fort : le revenge porn devient officiellement un crime fédéral, et les plateformes seront obligées de retirer les contenus signalés. Traduction : les agresseurs n’auront plus la loi de leur côté, et les victimes, enfin, un minimum de justice. Une avancée attendue depuis des années, tant les violences numériques ont explosé, en particulier à l’encontre des femmes. Parce que derrière un deepfake, il y a une vraie femme. Et derrière chaque image volée, une vie fracturée.
Même Donald Trump, connu pour sa sensibilité légendaire sur les sujets d’image publique, n’a pas résisté à l’envie de s’en mêler : “Et je vais aussi l'utiliser pour moi-même, si cela ne vous dérange pas, car personne n'est plus maltraité que moi en ligne.” Voilà qui résume bien l’Amérique : il a fallu que ça le concerne (un peu) pour que les choses bougent (beaucoup).
Jusqu’à maintenant, dans l’histoire du revenge porn, c’était toujours la même qui payait. Celle qu’on affiche. Celle qu’on humilie. Celle qu’on n’écoute pas. Pendant des années, la justice américaine a laissé les femmes se débrouiller avec leurs traumas, leurs photos volées et leurs identités éclatées sur des forums Reddit crasseux ou des comptes Telegram peu regardants. Pendant que certains s’en donnaient à cœur joie dans la création de deepfakes pornographiques plus vrais que nature, les victimes, elles, devaient supplier pour que ces contenus disparaissent. Mais 2025 marque un tournant : avec la loi “Take It Down”, les États-Unis se décident enfin à faire passer la honte du côté des agresseurs.
Votée à 409 voix contre 2 par la Chambre des représentants après un feu vert du Sénat, cette loi transforme le partage non consenti d’images intimes en crime fédéral. Et pour une fois, ce n’est pas une déclaration d’intention : les plateformes auront l’obligation de supprimer les contenus signalés. Oui, même si c’est “juste” un montage. Oui, même si l’image a été fabriquée par une IA. Le message est clair : le corps d’une femme ne sera plus un mème à partager comme un lien YouTube.

Si vous pensiez que les deepfakes c’était juste des vidéos rigolotes où Nicolas Cage remplace tous les acteurs d’un film, détrompez-vous. En ligne, ces technologies sont devenues l’arme de prédilection de celles et ceux qui veulent salir une réputation, venger une rupture ou, plus simplement, nuire. Les visages de femmes sont collés sur des corps dans des vidéos pornographiques – parfois explicites jusqu’à l’écœurement. Et c’est souvent ce que les victimes découvrent en dernier, des mois après la publication, quand les dégâts sont déjà bien installés : perte de travail, isolement social, trauma durable.
Cette manipulation n’est pas qu’un “détail technique”. C’est une violence en ligne avec des conséquences bien réelles. Ce n’est pas parce que l’image a été générée par une machine qu’elle fait moins mal. C’est précisément ce que reconnaît la loi “Take It Down”. Pour une fois, la justice prend au sérieux ce que des millions de femmes vivent depuis des années : être déshumanisée à coups de clics.
La nouveauté de cette législation, ce n’est pas seulement la reconnaissance du revenge porn comme crime fédéral. C’est aussi son application numérique. Toute plateforme en ligne devra supprimer les contenus signalés. Traduction : les géants de la tech ne pourront plus détourner le regard ou attendre une ordonnance judiciaire pour bouger. Ils devront agir vite, sous peine de sanctions.
C’est un peu comme si on disait à Mark Zuckerberg que non, on ne peut pas impunément héberger des images volées en invoquant la liberté d’expression. Désolée, Mark. On parle de vies brisées, pas de débats d’idées. Et c’est aussi un moyen de reprendre le pouvoir sur nos corps, souvent instrumentalisés par des algorithmes qui, jusqu’ici, servaient surtout à générer du contenu buzzable.
Évidemment, tout le monde n’a pas applaudi. L’Electronic Frontier Foundation, ONG pourtant engagée dans la défense des libertés numériques, a dénoncé un texte “aux définitions vagues” qui pourrait “ouvrir la voie à des dérives”.Un argument déjà entendu cent fois dès qu’il s’agit de réguler la violence faite aux femmes : on nous dit qu’il ne faut pas “ouvrir la porte à la censure”. Mais quand il s’agit de censurer les corps des femmes sur Instagram pour un téton, là, bizarrement, tout le monde est très rapide.
Alors oui, la loi n’est pas parfaite. Mais elle existe. Et elle envoie enfin un signal fort : ce qui se passe en ligne est aussi grave que ce qui se passe hors ligne. Surtout quand il s’agit de sexualité, de consentement, de réputation.
Le vote de la loi n’est qu’un point de départ. Il faudra maintenant voir comment elle sera appliquée, et si les victimes seront réellement entendues. Mais ce qu’on observe, c’est un vrai changement de paradigme. Pendant longtemps, on a dit aux femmes de faire attention. Ne pas envoyer de nudes. Ne pas faire confiance. Ne pas trop s’exposer. C’est peut-être la première fois qu’on dit aux agresseurs de faire attention à eux.
Dans un monde où les images voyagent plus vite qu’un épisode de Euphoria leaké sur Twitter, c’est vital. Parce que notre intimité mérite mieux qu’un bouton “Signaler” ignoré. Parce que notre dignité ne devrait pas dépendre d’une modération mal faite. Et surtout, parce que nos corps ne sont pas des produits dérivés du porno 2.0.