Jean Imbert : quatre ex-compagnes brisent le silence sur les violences subies
Écrit par Erine Viallard le
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Il était le golden boy de la gastronomie, chef chouchou des stars, des palaces et des réseaux. Jean Imbert, la toque cool des années 2010, semblait tout réussir. Derrière les assiettes léchées et les accolades people, quatre femmes dressent aujourd'hui un tout autre portrait. Dans des témoignages glaçants recueillis par le magazine ELLE, elles racontent un quotidien marqué par l'emprise, le contrôle, la peur. Trois parlent de violences psychologiques, certaines aussi de violences physiques. Une quatrième décrit des humiliations, de la jalousie maladive et des comportements excessifs.
Parmi elles, Zoé (prénom modifié), personnalité du monde des médias et de la culture. C'est sur les conseils d'une amie psychologue qu'elle découvre, à travers le test du Violentomètre, l'ampleur de la violence qu'elle subit au quotidien. "J’ai répondu oui à ces phrases : 'Il pète les plombs lorsque quelque chose lui déplaît', 'Il est jaloux', 'Il te manipule', 'Il rabaisse tes opinions et tes projets', 'Il t’isole de ta famille et de tes amis'", confie-t-elle. Une prise de conscience brutale, qui met en lumière une relation fondée sur l’obsession du contrôle.
Tout commence pourtant dans un décor de rêve : une rencontre au château d’Yquem, un goûter surprise au jardin du Luxembourg, des textos en rafale. L’homme se montre attentionné, séducteur, presque irréel. Mais la relation tourne vite au cauchemar. Zoé raconte des reproches constants sur ses sorties, des accusations infondées concernant ses amis hommes, et des messages empreints de pression et de suspicion. "Depuis 30 minutes ? Tu es avec qui ?" lit-on dans un échange du 9 novembre 2024. Une spirale de tensions où chaque geste, chaque mot devient suspect.
Zoé n’est pas la seule. Trois autres femmes dressent un schéma identique : des débuts flamboyants, suivis d’un lent glissement vers l’isolement, le rabaissement, la peur. Parmi elles, Kelly Santos, femme d’affaires, qui a partagé la vie de Jean Imbert entre décembre 2023 et janvier 2024. Elle rapporte des insultes humiliantes, comme ce jour où il lui aurait lancé : "T'as vu tes fringues, tes ongles... Tu t'habilles comme une p*te."
Quant à Lila Salet, actrice, elle se souvient d'une nuit d'effroi, à 2h du matin, quand Jean Imbert s’est mis à tambouriner à sa porte, jusqu’à en casser les deux battants à coups de poings et de pieds. Une scène d’une violence brute, qui rompt avec l’image policée du chef au sourire facile.
Ces témoignages dessinent un motif constant, presque mécanique, de domination : le prince charmant qui se transforme en tyran domestique. Et ce, en toute discrétion, loin des cuisines ouvertes et des projecteurs.
Ce qui rend ces récits encore plus lourds, c’est le statut médiatique de Jean Imbert. Gagnant de Top Chef en 2012, il est aujourd’hui aux commandes du Plaza Athénée, du Swan à Miami ou encore de La Palme d’Or à Cannes. Une étoile Michelin tout récemment obtenue. Il cuisine pour Beyoncé, Omar Sy ou encore Kylian Mbappé.
Cette surexposition médiatique, couplée à une image publique soigneusement entretenue, rend d’autant plus difficile la prise de parole des victimes. Comment croire que l’homme des paillettes puisse devenir l’homme des cris, des portes fracturées et des textos menaçants ? Et surtout, comment le dénoncer quand le monde semble être à ses pieds ?
Face aux accusations graves de plusieurs de ses anciennes compagnes, Jean Imbert a choisi de répondre publiquement, par le biais d’un droit de réponse. Si les témoignages décrivent des scènes de violence, de contrôle, d’humiliation et de harcèlement psychologique, le chef évoque une autre version : celle de relations amoureuses complexes mais mutuelles.
À Éléonore (la quatrième compagne sous anonymat), il aurait répété que les gens la trouvaient "c*nne" et que "personne ne l’aimait", jusqu’à lui fracturer le nez. À Zoé, il imposait des règles strictes : contrôle de ses fréquentations, jalousie maladive, reproches répétés."Il me reprochait de parler à certains de mes amis hommes qu’il soupçonnait d’être amoureux de moi", confie-t-elle.
Interrogé sur ces faits, Jean Imbert déplace le débat. "Tout cela s’inscrit manifestement dans le cadre d’une relation amoureuse, avec des particularités que l’on peut apprécier sur le plan moral ou pas si on a envie d’évaluer à cette aune les interactions d’un couple, mais qui étaient en tout cas parfaitement réciproques", déclare-t-il au sujet de sa relation avec Zoé.
Concernant Kelly Santos, il reconnaît des tensions, mais rejette la notion de violence psychologique."Il peut ressortir d’échanges de couple des attitudes plus ou moins saines, des névroses, ou même des emportements, qui ne constituent pas l’exercice de violences psychologiques. Ils existent ici comme partout, et la seule douleur exprimée par Kelly Santos ne peut suffire à faire le portrait de Jean Imbert en bourreau."
Quant à Éléonore, qu’il aurait frappée au visage, Jean Imbert répond en inversant les responsabilités. Il affirme avoir été "empoigné" par la jeune femme, et justifie son geste par une tentative de "se dégager", laissant entendre qu’il serait, lui aussi, une victime de violence.
Les témoignages contre Jean Imbert s’inscrivent dans une vague plus large de libération de la parole. Depuis plusieurs mois, de nombreuses femmes issues du monde des arts, des médias ou de la politique brisent le silence. Le scandale déclenché par Complément d’enquête en décembre 2023 sur Gérard Depardieu, les révélations de Judith Godrèche ou encore les accusations contre Stéphane Plaza ou Nekfeu, ont ouvert une brèche.
Cette fois, ce sont des victimes de violences conjugales, souvent insidieuses, difficiles à prouver, mais profondément destructrices, qui prennent le micro. Des femmes qui n’ont pas toujours porté plainte, mais qui livrent leur histoire avec une précision qui ne laisse pas place au doute.
Les mots de Zoé et des autres ex-compagnes de Jean Imbert résonnent avec ceux de milliers de femmes. Des femmes qui, comme elles, ont parfois mis des mois, des années à comprendre qu’elles étaient sous emprise. Qui ont cru à l’amour quand c’était du contrôle. Qui ont cru à la passion quand c’était de la possession.
Dans un monde où la violence conjugale ne porte pas toujours de bleus visibles, ces témoignages sont essentiels. Ils nous rappellent que la notoriété n’est pas un alibi. Et que, face aux violences, la parole est une arme. Reste maintenant à voir comment la justice – et le monde médiatique – accueilleront ces révélations. Car si les victimes, elles, ont parlé, le silence des puissants, lui, reste encore assourdissant.