Amnesty dresse le bilan d’un monde en roue libre (et ce n’est pas joli-joli)
Écrit par Camille Croizé le
Amnesty dresse le bilan d’un monde en roue libre (et ce n’est pas joli-joli)
Écrit par Camille Croizé le
Amnesty dresse le bilan d’un monde en roue libre (et ce n’est pas joli-joli)
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Vous aviez encore un mince espoir que 2025 commence sur une bonne note ? Spoiler alert : Amnesty International vient de l’écraser avec un rapport aussi glaçant que les prédictions de fin du monde des IA. Ce document de près de 400 pages, publié fin avril, dresse un panorama mondial des droits humains… et le constat est sans appel : ça pue. Et pas qu’un peu.
Violences d’État, dérives autoritaires, génocides sous les yeux du monde, destruction du droit international, silence assourdissant des pays dits “démocratiques”, montée des discours anti-droits… Bref, ce que l’ONG appelle une crise mondiale ressemble surtout à un précipice géant vers lequel l’humanité fonce, talons aiguilles aux pieds, avec l’illusion qu’on peut encore faire demi-tour.
Mais sous ce tableau apocalyptique, une autre vérité se dessine : des femmes, des activistes, des citoyennes résistent. Et si ce rapport est un signal d’alarme, il est aussi un appel à l’action. Pas demain. Pas dans dix ans. Maintenant.
Montée des régimes autoritaires, effondrement du droit international, conflits armés impunis : le dernier rapport d’Amnesty International est un bulletin de santé dramatique pour l’humanité. On va droit dans le mur, et ce sont encore les femmes, les personnes racisées, les LGBTQIA+ et les plus précaires qui prennent tout.
Dans son rapport annuel publié fin avril, Amnesty International ne fait pas dans la diplomatie. Selon l’ONG, la planète entre dans une "nouvelle ère brutale", et l’idée même de droits humains vacille. Entre génocides filmés en direct, impunité généralisée des États, répressions violentes des dissidents et silence complice des grandes puissances, l’alarme n’est plus seulement tirée. Elle hurle. Si ce chaos généralisé est entretenu par les puissants de ce monde, il est surtout vécu dans la chair par les plus vulnérables. Femmes, réfugiées, militantes : celles qui résistent en première ligne sont aussi celles qu’on tente de faire taire.

Si l’humanité avait un indicateur de batterie, on serait en dessous des 5 %. Ce que le rapport décrit, c’est une démocratie mondiale en voie de disparition. Sur les cinq continents, des États renforcent des lois liberticides, criminalisent les mobilisations, interdisent les ONG et réduisent la liberté d’expression à peau de chagrin. Et non, ce n’est pas une dystopie écrite par Margaret Atwood, c’est juste le monde en 2025.
Au Bangladesh, la police a reçu l’ordre de “tirer à vue” sur des manifestations étudiantes : près de 1 000 morts. Au Mozambique, c’est la pire répression politique depuis des années, avec au moins 277 manifestantes tuées. En Turquie, manifester est devenu un crime, pendant qu’en Russie, l’opposition est décimée. Et si l’on pensait que les États-Unis allaient jouer les pompiers, c’est raté : le rapport dénonce un "effet Trump"qui a servi d’essence au brasier autoritaire. Une présidence qui a normalisé l’idée qu’on pouvait s’asseoir joyeusement sur le multilatéralisme, les droits des réfugiées, la santé mondiale ou encore la justice climatique.
Quand les États deviennent autoritaires, ils ne s’en prennent pas à n’importe qui. Ils visent directement celles qui refusent de se taire. En 2024, Amnesty a constaté une recrudescence des attaques contre les femmes, les personnes LGBTQIA+, les migrantes et les activistes. Pourquoi ? Parce qu’elles représentent tout ce que les régimes autoritaires détestent : la liberté, la solidarité, le refus de se soumettre.
Au Soudan, des femmes et des filles ont été victimes de violences sexuelles de masse par les Forces d’appui rapide. En Palestine, c’est un génocide qui s’opère sous les yeux du monde, entre bombardements aveugles et occupation renforcée. Au Myanmar, les Rohingyas continuent de fuir les massacres, pendant que l’aide internationale s’effondre sous les coupes budgétaires. Le rapport pointe une offensive globale contre les droits sexuels et reproductifs, l’asile, l’identité de genre, la justice climatique. En bref : tout ce qui protège, soigne ou libère.

Ce n’est pas une surprise, mais ça fait toujours aussi mal à lire : les conflits s’enchaînent, les crimes de guerre se multiplient, et l’impunité règne. Que ce soit à Gaza, en Ukraine, au Darfour ou en Syrie, des millions de civils sont sacrifiés dans un silence international glaçant. Et quand les États-Unis suspendent leur aide humanitaire, ce sont les mères, les enfants, les réfugiées qui en paient le prix. Moins d’hôpitaux, plus de choléra, des services de protection des victimes de violences genrées qui disparaissent dans la nuit.
Mais Amnesty le dit clairement : tout cela n’est pas inévitable. C’est une décision politique. Ce sont des choix — ou des non-choix — de la part des puissances internationales. Et tant que les sanctions n’existent pas pour celles et ceux qui bombardent, violentent ou persécutent, pourquoi s’arrêteraient-ils ?
Alors, que faire face à un tableau aussi sombre ? D’abord, ne pas détourner les yeux. Ensuite, amplifier les voix de celles qui résistent. Parce qu’il y a encore des mobilisations qui gagnent. En Corée du Sud, une mobilisation massive a fait tomber un président autoritaire. Partout dans le monde, des femmes, des personnes queer, des réfugiées et des militantes défient le pouvoir, souvent au péril de leur vie.
Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, le rappelle : “Année après année, nous alertons sur les dangers de la régression des droits humains. Mais les événements des 12 derniers mois [...] ont montré à quel point le monde peut devenir un enfer pour tant de personnes lorsque les plus grandes puissances abandonnent le droit international.”
Alors non, on ne pliera pas. Pas quand nos corps sont en jeu. Pas quand nos libertés sont menacées. Et pas quand des femmes tombent pour avoir osé dire non.