“Man of the Year” : la tendance TikTok qui expose les mecs toxiques au grand jour
Écrit par Camille Croizé le
“Man of the Year” : la tendance TikTok qui expose les mecs toxiques au grand jour
Écrit par Camille Croizé le
“Man of the Year” : la tendance TikTok qui expose les mecs toxiques au grand jour
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“Let’s hear it for the Man of the Year.” Un titre grandiose, une mélodie pop signée Lorde, une esthétique douce-amère… et des vidéos où des femmes balancent les pires comportements qu’elles ont subi dans leur couple. Voilà le cocktail acide qui fait le succès de la trend“Man of the Year” sur TikTok. Depuis la sortie du morceau fin mai, plus de 100 000 vidéos ont été postées sous le hashtag. Toutes suivent le même schéma : un sourire figé sur une première photo, puis une plongée directe dans l’enfer intime d’une relation toxique.
Le concept est simple, mais son efficacité est brutale : révéler, au grand jour, ce que les hommes s’évertuent souvent à cacher. Abandon d’enfant, violences psychologiques, manipulation, gaslighting, humiliations, menaces. Un palmarès de l’horreur romantique que des milliers d’utilisatrices affichent sans fard. Et si la chanson semble ironique, c’est précisément là que réside sa force. Car “l’homme de l’année”, ce n’est plus George Clooney en costard ou Timothée Chalamet chez GQ. C’est votre ex qui vous a ghostée enceinte. C’est votre mec qui vous a traitée de folle parce que vous osiez pleurer.
Ce que révèle cette trend, ce n’est pas juste un effet de mode ou un nouvel exutoire algorithmique. C’est une explosion — massive, digitale, cathartique — de la parole féminine face à la violence masculine ordinaire. Celle qui ne laisse pas toujours de bleus sur le corps, mais marque profondément l’esprit.
Certaines vidéos sont déchirantes. Comme celle publiée le 7 juin par une utilisatrice (@peee.bee) qui a fait 20 millions de vues sur TikTok : "Il m’a mise enceinte à 20 ans. Il m’a tout promis. Il m’a quittée un mois après l’avoir appris. Il m’a bloquée, ainsi que tous mes proches, sur tous les réseaux sociaux. Il est sorti avec une nouvelle fille. Et il se fiche toujours de l’impact que cela aura sur moi et son bébé." Un témoignage parmi tant d’autres, mais qui dit tout : l’effacement, l’irresponsabilité, le mépris. Et surtout, la constance. Les visages changent, mais les schémas sont les mêmes.
@peee.bee hope shes worth missing out on all of these moments with ur first child😛😛😛 #fyp#foryoupage#pregnant#deadbeatdad♬ Man Of The Year - Lorde
Pour Jenny Maenpaa, assistante sociale clinicienne et fondatrice du New York City Psychotherapy Collective, cette explosion de témoignages ne sort pas de nulle part. La manipulation, le gaslighting, le ghosting, la violence psychologique… Tout cela existe depuis longtemps. Mais aujourd’hui, les femmes utilisent l’ironie et la satire pour rendre visible ce qu’on leur a longtemps dit de taire. Pendant des années, on leur disait simplement : 'Fais un effort', 'Tu exagères', 'T’es trop sensible’.” Cette tendance, elle, répond : non. Elles ont bien vu ce qu’elles ont vu. Elle à toute son importance, surtout à notre époque ou les comportements toxiques masculins sont considérés comme une norme, selon Jenny Maenpaa, elle permet“de définir les règles de ce qui est acceptable ou non dans le comportement masculin, en particulier dans un monde où les hommes prennent traditionnellement les décisions et se permettent des comportements qu’ils ne devraient jamais avoir”.
À en croire les chiffres de l’OMS, plus d’une femme sur trois dans le monde a déjà été exposée à des violences physiques ou sexuelles par un partenaire intime. En France, selon le Violentomètre développé par le Centre Hubertine Auclert, des comportements comme “il vous fait culpabiliser”, “il vous rabaisse”, “il vous isole” ou encore “il fait des crises de jalousie” sont clairement identifiés comme des formes de violences conjugales. Or, ce sont exactement ces dynamiques que les vidéos “Man of the Year” mettent en scène.
@brooketaylor_4 HAPPY FATHER’S DAY #manoftheyear#fyp#father♬ Man Of The Year - Lorde
Malgré l’accumulation des preuves, il reste toujours des hommes dans les commentaires pour jouer les avocats du diable. “Où trouvez-vous tous ces mecs ?”, ironise l’un d’eux sous une vidéo glaçante. Réponse de la créatrice Jordan Johnson : “Ils sont là. Ils ne vous disent juste pas comment ils traitent les femmes.” C’est là toute la tragédie : la violence ne disparaît pas, elle se déguise. Et la sidération masculine face à sa révélation est presque aussi inquiétante que les actes eux-mêmes.
Mais si la tendance “Man of the Year” choque autant, c’est aussi parce qu’elle inverse le rapport de force. Ce ne sont plus les hommes qui dictent le récit de la rupture, ce sont les femmes qui reprennent la narration en main. Dans une mise en scène soignée, drôle parfois, tragique toujours, elles exposent ces violences banalisées et les recontextualisent comme ce qu’elles sont : des abus.
“Ce à quoi on assiste, c’est un grand moment de validation collective”, observe Jenny Maenpaa. “C’est comme si chaque vidéo disait : ‘Tu n’es pas folle. Ça m’est arrivé aussi.’ Ce type de témoignage public peut être incroyablement apaisant. Il brise l’isolement. Il soigne, un peu.”
En ligne, une forme de sororité algorithmique se construit. Elle dit : “Tu n’es pas seule. Ce n’est pas toi le problème. Et non, tu ne l’as pas mérité.”
@itsaverynicole throw back to when i threatened to leave my ex after him cheating on me with a man 😛
♬ Man Of The Year - Lorde
Ce que révèle cette tendance, c’est que le “Man of the Year” version 2025, ce n’est pas celui qui brille. C’est celui qui détruit en silence. Celui qui garde une image lisse en société mais insulte sa copine dans l’intimité. Celui qui vous promet le monde avant de vous ghoster enceinte de trois mois. Celui qui disparaît sans explication, et qui revient quand il a “mûri” (comprendre : quand c’est trop tard).
C’est cette dissonance entre l’image et la réalité que les femmes viennent fissurer, au risque d’être accusées d’exagérer, de faire leur drama queen ou de “laver leur linge sale en public”. Mais en 2025, les femmes ne veulent plus laver. Elles veulent que ça explose. Et TikTok, avec sa musique catchy et ses filtres roses, est devenu la scène parfaite pour faire voler en éclat l’illusion du prince charmant.