Le Nikon Film Festival met le féminisme en lumière (et c’est pas trop tôt)
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
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Je suis allée au Nikon Film Festival pour découvrir les talents de demain... Et je suis repartie avec l’envie furieuse d’applaudir des mains la révolte féministe qui gronde sur les écrans. Dans l’effervescence d’une salle comble, entre courts-métrages originaux, débats passionnés et acclamations spontanées, j’ai senti quelque chose vibrer - un truc intense, brûlant, contagieux : l’envie de raconter autrement, de montrer ce qu’on ne voit jamais, de dénoncer, de créer, de faire bouger les lignes.
Cette année, la création féministe n'était pas cantonnée aux marges ou aux mentions honorables. Elle brillait (et c'est génial). De la satire à la vengeance stylisée, en passant par le rire comme arme de résistance, plusieurs films en compétition portaient haut et fort les voix des femmes, des minorités, des oubliées du grand écran.
Dans ce bain d’émotions, deux œuvres ont particulièrement capté mon attention (et mon cœur) : Manucure 24/24 et Les Rieuses. Deux visions différentes mais tout aussi puissantes d’un féminisme de terrain, ancré, incarné. Focus sur ces deux pépites qui méritent toutes vos minutes d’attention.
Depuis 15 ans, le Nikon Film Festival fait péter les formats, les codes et les idées reçues avec une recette simple mais redoutablement efficace : un thème imposé, 2 minutes 20 chrono, etcarte blanche à qui veut filmer. Pas besoin d’avoir fait La Fémis ou d’être un pro du clap : ici, tout le monde peut participer, des jeunes passionné.es aux grands, tant que l’envie de raconter est là. Cette année, le thème "un super-pouvoir" a enflammé l’imaginaire des cinéastes en herbe et des confirmés. Et spoiler : ils ont su créer des supers pouvoirs digne de ce nom.
Côté récompenses, le festival ne fait pas dans la demi-mesure. 15 prix sont décernés, du Grand Prix du Jury au Prix d’interprétation féminine, en passant par le Prix du Public, le Prix Konbini ou encore le très convoité Prix Gaumont. En jeu ? Du matériel Nikon à hauteur de 30 000 €, une éligibilité à l’aide à la création du fonds CNC TALENT jusqu’à 30 000 € pour financer un nouveau projet, des bourses, de la location de matos offerte par SOS Ciné... Et surtout, une visibilité avec des projections dans toute la France. Bref, un vrai tremplin pour faire décoller sa carrière.
Et si cette année, le festival avait une vibe un peu plus engagée, ce n’est peut-être pas un hasard : Herstory est partenaire, et ça se sent. D’autant que, depuis trois ans, un prix fait sérieusement bouger les lignes : le Prix Alice Guy, qui récompense un film réalisé par une femme. Une façon concrète de soutenir les créatrices, de valoriser leur talent et de leur donner les moyens de créer encore plus, encore mieux.
Ces prix, ont été remis le 9 avril lors de la grande cérémonie au Grand Rex, par le jury. Oui, on parle bien de Noémie Merlant (la Présidente du Jury 2025), accompagnée de Kyan Khojandi (de Bref) et Karidja Touré (Bande de filles- rien que ça.
Et c'est dans un paysage cinématographique où les femmes restent encore trop souvent reléguées au second plan, que le Nikon Film Festival commence à sonner comme une promesse : celle d’un avenir où les récits féminins ne sont plus l’exception, mais bel et bien récompensés.
"C’est très très bien pensé, joué, traité. Surtout, ne vous arrêtez pas, continuez ! Diffusez !" Ce commentaire d'une spectatrice résume parfaitement l’impact de Manucure 24/24, un court-métrage signé par Chloé Groussard et Julie Pacheco, deux comédiennes, colocataires et amies qui ont décidé de faire leurs premiers pas derrière la caméra ensemble. Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : le film a reçu le Prix Sens Critique.
Pour vous le teaser... Bienvenue dans un monde où la manucure est une arme de destruction massive. À bord de leur voiture customisée façon nail art vengeur, Judy et Claudia sillonnent la ville pour offrir un service 24/24. Mais ce ne sont pas des cuticules qu’elles s’apprêtent à éliminer.
Au départ, tout est (trop) calme. Deux femmes distribuent des flyers pour un service de prothésiste ongulaire à domicile. Ambiance douce, feutrée, presque banale. Jusqu’à ce qu’elles débarquent dans un foyer qui cache un sombre secret. Celui d'une femme victime de violences conjugales. Cette femme a compris que ces flyers étaient en réalité un message codé.Un appel à l’aide. Une promesse de justice parallèle.
Je m'arrête là pour ne pas tout vous dévoiler. En bref, le pitch est simple mais l’exécution est redoutable. En 2 minutes 20, on passe du glamour des faux ongles au frisson d’un thriller féministe. Et là où la justice reste trop souvent silencieuse, Manucure 24/24 répond par la solidarité, l’action et avec un peu de vernis sanglant.
Mais alors pourquoi ça plaît autant ? Parce que c’est drôle sans jamais minimiser la gravité. Parce que c’est un cri du cœur transformé en vengeance. Parce que ce sont des femmes qui filment d’autres femmes en train de se sauver les unes les autres – et ça, c’est ce qu’on appelle du girl power version IRL. Et c'est pour cela qu'on a juste envie de dire : merci pour cette séance ongle anti-patriarcat.
"Petit bijou engagé et marrant" : ce retour d’une spectatrice dit tout sur l’essence des Rieuses, la mini-série de Lou Zidi, couronnée par le Prix du Public au Nikon Film Festival. Cette série en six épisodes naît d’un collectif de comédiennes et humoristes créé autour de Lou Zidi et Audrey Baldassare, stand-uppeuse et comédienne, avec une envie brûlante : transformer la peur en rire, la colère en sketchs.
Pour vous le teaser... Imaginez un monde où on interdit aux femmes de rire - Gilead IRL. Dans un futur proche qui fait froid dans le dos (et peut-être pas si lointain que ça), un groupe de résistantes crée un comedy club clandestin pour briser le silence. Leur arme ? Le stand-up. Leur but ? Renverser le patriarcat à coups de vannes bien senties.
Un prix amplement mérité donc. Parce que c’est rare de rire autant tout en ayant une boule dans la gorge. Parce que c’est engagé, drôle et nécessaire. Et parce que ça fait un bien fou de voir des femmes reprendre le pouvoir sur leurs émotions, leur parole, leur espace.
Vous n'avez vu qu’un seul épisode - comme moi ? Pas grave. Parce que l’énergie de cette série est contagieuse dès les premières secondes. Les personnages sont badass, le rythme est là, et le scénario fourmille de petits twists intelligents. Mention spéciale à la responsable "sécurité" du comedy club, qu’on pense être un mec musclé avant de découvrir qu’il s’agit d’un homme transgenre. Une manière brillante de questionner l'identité de genre dans un contexte de lutte féministe.
En bref, Les Rieuses c’est du rire qui dérange, qui secoue, qui libère.
Alors merci au Nikon Film Festival de mettre la lumière sur ces 2 minutes 20 ou mini séries. Il a encore prouvé que le court-métrage n’est pas un simple exercice de style, mais un véritable manifeste. Et cette année, ce sont les voix féminines qui ont fait trembler les murs du Grand Rex. Manucure 24/24 et Les Rieuses ne sont pas juste des films. Ce sont des cris de guerre, des actes de résistance, des preuves que l’humour, la fiction et la mise en scène peuvent être des armes redoutables.