Les luttes féministes sont-elles en perte de vitesse ?
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
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Il fut un temps où l'on célébrait toutes les formes de beauté, où l’on dénonçait les injonctions sexistes et où l’indépendance des femmes était perçue comme une avancée. Mais aujourd’hui, un vent de régression souffle et le féminisme subit un backlash violent.
Sur les podiums, la diversité corporelle a disparu. Sur les réseaux sociaux, des influenceuses "tradwives" (épouses traditionnelles) vantent les mérites de la femme au foyer par exellence. Bref, les rôles de genre rigides ne sont plus une vieille relique du passé, mais une tendance bien actuelle.
Et ce n’est pas qu’une affaire d’hommes. Une étude mondiale révèle que 36 % des femmes de la Gen Z et 39 % de la Gen Y pensent que l’égalité est allée trop loin, au point de défavoriser les hommes.
Et on le voit, aux États-Unis, les jeunes électrices ont même été 7 % de plus à voter Trump en 2024 qu’en 2020. Comment en est-on arrivé là ?
Décryptage d’une régression qui ne dit pas son nom.
@thatjoyfilledhome I am asked frequently how to be a “Tradwife”. Being traditional can look different from person to person, but primarily is based on the relationship dynamics of a marriage #tradwife#traditional#homemaker♬ Love Letter - Cavendish Music
Pour comprendre ce phénomène, retour en 1949. Simone de Beauvoir expliquait déjà que certaines femmes agissent avec "mauvaise foi", préférant se conformer aux normes patriarcales plutôt que de revendiquer leur liberté. Pas parce qu’elles y sont forcées, mais parce que l’illusion du confort l’emporte sur la responsabilité d’être libre.
Aujourd’hui, les hommes, eux, sont poussés vers des contenus de"self-improvement"qui, souvent, flirtent dangereusement avec la mascusphère. Pendant que les uns se forgent avec la "mal alpha attitude", les filles perfectionnent leur "aura de femme douce" et leur attitude "d'épouse parfaite".
Plus globalement, on assiste à une réaffirmation des rôles genrés. Une femme, aujourd’hui, aurait deux options : être une épouse modèle qui gère son foyer comme une start-up ou devenir un objet de consommation culturelle parfaitement poli et marketé. Et si on ne rentre dans aucune de ces cases ? Problème.
Sur TikTok, des influenceuses prétendent qu’il faut cesser d’être "trop fortes", "trop exigeantes" ou "trop indépendantes", sous peine de faire fuir les hommes. On assiste à une dévaluation du féminisme, vu comme un obstacle à une vie de couple harmonieuse. En réalité, ce retour en arrière est une stratégie marketing. Un business très rentable où la féminité se vend en kits préfabriqués, sous forme de cours de féminité ou de guides pour reprendre sa place de "bonne femme".
@amar.hob.coach Les femmes hyper independantes - Écoute jusqu’au bout #amarhobcoach#hyperindependence#couple#couplemusulman#mariage#semarier#relationtoxique#femmedevaleur#hommedevaleur♬ Emotional Humming - Nasheed
Ce qui est en jeu, ce n'est pas tant la liberté des femmes de choisir leur mode de vie, mais plutôt l'influence insidieuse de la culture qui oriente ces choix sous couvert de libre arbitre. S'agit-il d'une véritable aspiration personnelle ou d'une adhésion inconsciente à une norme imposée ? La frontière est plus floue qu'il n'y paraît.
Face à cette vague conservatrice, les résistances existent. Si certaines femmes rejettent le féminisme, d’autres s’engagent encore plus activement. Sur les réseaux sociaux, des comptes déconstruisent ces discours rétrogrades et alertent sur leurs dangers. La prise de conscience passe aussi par l’éducation : enseigner aux jeunes générations que l’égalité n’est pas une faveur, mais un droit fondamental.
Le féminisme, ce n’est pas imposer une seule façon d’être une femme, c’est permettre à chacune de faire ses choix librement. Oui, une femme peut rêver d’une vie de foyer, tant que ce choix n’est pas dicté par des pressions sociales insidieuses. Ce qui est dangereux, ce n’est pas que certaines femmes préfèrent ce mode de vie, mais que cette idéologie soit glorifiée comme la seule option valable.
Mais pas de quoi s'alarmer si les femmes au foyer font surface, les chiffres montrent que le féminisme, loin d’être en perte de vitesse, reste une force puissante. La mobilisation pour le droit à l’avortement aux États-Unis en est un bon exemple : face à la menace, des millions de femmes sont descendues dans la rue. De même, les nouvelles générations sont plus sensibilisées aux questions de genre et aux dynamiques de pouvoir.
Alors, est-ce vraiment une défaite ? Non. Ce qu’on observe, c’est un affrontement entre deux visions de la féminité : l’une qui veut enfermer les femmes dans des rôles figés, l’autre qui revendique une liberté totale. Et si la première semble prendre du terrain, la seconde n’a pas dit son dernier mot.