Skin minimalism, skipcare & ugly beauty : vers une fin de la beauté parfaite ?
Écrit par Camille Croizé le
Skin minimalism, skipcare & ugly beauty : vers une fin de la beauté parfaite ?
Écrit par Camille Croizé le
Skin minimalism, skipcare & ugly beauty : vers une fin de la beauté parfaite ?
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En 2016, il fallait "glow like J.Lo". En 2018, on brillait façon K-beauty. En 2020, la glass skin devenait l’étalon-or du skincare. Et puis, 2024 a déboulé comme une gueule de bois cosmétique : trop de produits, trop d’attentes, trop de filtres. Les visages lissés jusqu’à l’os commencent à nous filer le vertige, et même les clean girls – ces influenceuses minimalistes, mais tout de même sponsorisées par des crèmes à 85€ – semblent épuisées par leur propre effort de transparence.
La beauté a-t-elle enfin atteint son point de saturation ? On dirait bien. À force de tout vouloir corriger, hydrater, flouter, on a surtout généré de l’angoisse, du vide, et des tiroirs pleins de produits jamais finis. Alors non, ce n’est pas un simple ras-le-bol : c’est une grève. Une grève du glow. Et dans cette insurrection lente mais sûre, l’esthétique change de camp. Le glamour se crashe, et la peau qui brille (de sueur, d’huile, ou d’indifférence) reprend ses droits.
La K-beauty, c’était un rêve. Un rêve humide et brillant de couches successives : toner, essence, sérum, ampoule, lotion, crème, SPF, masque de nuit. Et puis au réveil : acné, irritations, dette écologique, et trous dans le compte en banque. C’est peut-être pour ça que la Corée elle-même a fini par dire stop.
Le skipcare débarque comme une cure de désintox : trois produits max, et un gros doigt levé aux diktats de la surperformance. Si le minimalisme occidental était souvent un luxe cool de femmes déjà privilégiées, celui-ci est une urgence. En Corée du Sud, où les normes esthétiques frôlent parfois la dystopie, ce refus de l’effort devient politique. Il y a dans cette esthétique de la flemme une résistance silencieuse, une envie de ralentir le rythme, de ne plus se laisser vampiriser par l’industrie du "mieux".
C’est aussi pour ça que certaines marques lucides commeThe Ordinary ont déjà commencé à casser les codes : pas besoin d’empiler dix sérums ou d’investir dans un arsenal de gadgets pour prendre soin de sa peau. Leur mantra ? Simplicité, transparence, efficacité – un message clair qui dit sans détour que parfois, moins c’est mieux. Et si, bientôt, l’industrie allait plus loin en adoptant la posture radicale de Patagonia, qui invite carrément à ne pas acheter leur doudoune ? Imaginez une pub beauté qui vous glisse : "vraiment, votre peau va bien, laissez-la respirer." Un séisme dans un monde qui veut toujours vendre plus. Parce que quand les marques commencent à militer contre la surconsommation, c’est qu’on est peut-être en train d’atteindre un tournant majeur.
Le self-care a été avalé par le capitalisme. À coups de gommages "qui sentent bon la paix intérieure", de sérums "boostés à l’acide hyaluronique pour une peau au top", et de masques qui promettent une peau "alignée avec votre aura". Sauf qu’au bout du rouleau, il y a la flemme. Et cette flemme est belle.
Parce qu’il ne s’agit plus seulement de se relâcher, mais de sortir du piège. Celui de la productivité esthétique : où chaque bouton devient une urgence à traiter, chaque cils tombé un drame, chaque jour sans SPF une faute morale – bon O.K, la protection solaire c’est non négociable. En 2025, certaines femmes se lèvent et décident de ne pas faire leur skincare – pas par négligence, mais pour respirer.
C’est radical. C’est subversif. Et ça casse la logique du "plus tu t’aimes, plus tu consommes". La beauté devient silencieuse, voire absente. Et c’est tout le système qui vacille.
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En 2025, dire non à la perfection, ça commence sous la douche… et ça finit devant le miroir. Après avoir bazardé la routine skincare de 12 étapes (coucou Morning Shed) pour cause de charge mentale cutanée, les femmes s’attaquent à un autre mythe sacré : celui du makeup impeccable. Et là encore, la réponse est radicale : le ugly beauty. L’époque où il fallait "bien se maquiller pour se respecter" est terminée. Aujourd’hui, l’eyeliner peut être volontairement tordu, le fond de teint non-blendé, les boutons laissés en paix. Le ugly beauty, ce n’est pas l’inverse du beau : c’est la mise à mort du beau ‘utile’. Celui qui doit plaire, attirer, rassurer.
Cette esthétique trash, crue, presque provoc’, s’affiche partout sur les réseaux : lèvres mal tracées, ombres à paupières qui bavent, glitter mal posé, contouring over-the-top. Chez les plus jeunes, c’est même devenu un statement. Parce que dans un monde saturé de "hot girls ready to slay", il faut du courage pour être volontairement mal foutue.
Certaines figures pop en ont fait leur terrain de jeu : Doja Cat expérimente des looks volontairement dérangeants, entre sourcils rasés, maquillage glitché et une beauté déconstruite et volontairement instable . Charli XCX, avec son univers post-grunge et ses visuels volontairement inspirés de l’esthétique Y2K en version déglinguée, sabote le glamour pour mieux le détourner. Rico Nasty, elle, incarne un chaos punk aux accents goth et indus, entre dents serties, eye-liner qui déborde et maquillage farouchement anti-conformiste. Jazzelle Zanaughtti (@uglyworldwide), joue avec les codes de la beauté industrielle pour les faire exploser de l’intérieur. Et FKA twigs, même dans ses moments les plus poétiques, cultive une étrangeté vibrante, une beauté qui déstabilise plus qu’elle ne cherche à rassurer ou plaire.
Derrière le ‘moche’, il y a une forme de liberté. Et une dénonciation claire : celle du marché de la féminité qui a toujours imposé aux femmes d’être lisses, nettes, désirables – même dans la rébellion. Ici, on ne veut même plus séduire en étant "différente". On veut juste être dérangeante.
Ce qu’on observe en 2025, c’est une esthétique du refus. Refus d’être jolie pour les autres. Refus de briller dans le regard des hommes. Refus d’acheter pour se valider. L’idée que la beauté féminine doit toujours être optimisée — corrigée, améliorée, calibrée pour plaire — est en train de mourir, même si elle résiste encore, étouffée sous des couches de BB cream et des compliments qui sonnent creux.
Bon nombre de figures publiques participent à cette douce révolution :Julia Fox ou encore Pamela Anderson sans maquillage en plein tapis rouge, Billie Eilish avec ses looks délibérément non conventionnels, Monica Bellucci qui dit f*uck aux diktats de la beauté ou même les dernières campagnes de marques qui osent montrer des peaux sans retouches... mais sans forcément chercher à vendre un produit miracle derrière. Le marketing commence à s’incliner devant le désintérêt. Et ça, c’est fort. La beauté ne cherche plus à conquérir. Elle s’abstient. Et c’est ça qui la rend enfin politique.
@sephora “More isn’t always better! Sometimes you just need 3 to 4 steps with highly effective formulas to get the job done…” —@Alexa Johnson #S#SephoraSquadS#SkinamalismS#SkincareRoutine♬ original sound - sephora
C’est encore discret, mais une nouvelle esthétique commence à émerger : celle de la non-beauté. Rien sur le visage, pas même un anti-cernes. Pas de "j’ai l’air naturelle", pas de bluff. Juste : rien. C’est le look sans look, mais qui va encore plus loin que le no-makeup makeup : ici, il n’y a même plus de mise en scène.
On l’a vu récemment sur TikTok avec la tendance du "bare minimum face" – ou plus timides des trends comme le “skinimalism” ou encore du “skin fasting”, – où des jeunes femmes se montrent avec moins – parfois plus du tout – d’artifices. Et ça choque. Parce qu’on n’a pas l’habitude de voir un visage féminin sans justification. Le vide est suspect. Il n’est ni joli, ni revendicatif. Il est juste... là. C’est peut-être ça, la prochaine révolution : accepter qu’on n’a pas toujours envie d’être intéressante. Ni belle, ni rebelle. Juste en paix.
Dans un univers envahi par les images retouchées et les faux-semblants, revendiquer une peau nue, accepter d’être simplement soi-même sans artifice, assumer de ne pas vouloir être à son prime chaque jour ni d’y être obligée, c’est un véritable acte de rébellion. Et si cette esthétique dérange ? Parfait. Car elle ne vise plus à séduire, mais à s’affirmer, autrement.