Her Dior, le docu qui prouve que la mode peut être un acte militant
Écrit par Erine Viallard le
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Depuis son arrivée à la direction artistique de Dior en 2016, Maria Grazia Chiuri n'a cessé de faire de la mode un véritable manifeste féministe. Son engagement, palpable à chaque collection, va bien au-delà des podiums et se traduit par des collaborations inspirantes avec des artistes femmes du monde entier.
Loïc Prigent, grand observateur du milieu de la mode, s'est intéressé à cet aspect fondamental de son travail dans Her Dior - Maria Grazia Chiuri’s Collaborations with Women Artists, un documentaire captivant disponible sur la chaîne YouTube de Dior depuis le 8 mars.
Plus qu'un simple film sur la création de mode, Her Dior est un hommage aux artistes qui ont accompagné et sublimé les collections de Maria Grazia Chiuri. Entre archives, entretiens et confidences, il met en lumière cette fusion entre l'art et la mode qui redessine les contours de l'industrie du luxe.
Quand Maria Grazia Chiuri prend les rênes de la création chez Dior en 2016, elle n'est pas là pour suivre les tendances, mais bien pour imposer une vision. Première femme à occuper ce poste dans l'histoire de la maison, elle fait de la mode un outil d'expression féministe. Dès son premier défilé, elle marque les esprits avec un T-shirt blanc barré du slogan We Should All Be Feminists, en référence à l'essai de l'autrice nigériane Chimamanda Ngozi Adichie -
le symbole de son soutien indéfectible à la création féministe. Un message fort, qui précède de quelques mois l'explosion du mouvement #MeToo.
Mais son engagement ne se limite pas à quelques pièces iconiques. Saison après saison, elle inscrit son travail dans une démarche artistique qui met à l'honneur les femmes créatrices. Peintres, plasticiennes, écrivaines, photographes, performeuses... Elles sont nombreuses à avoir collaboré avec elle pour donner une dimension unique à ses collections.
Dans Her Dior, on découvre ainsi comment ces artistes ont participé à la construction d’un univers où l’art et la mode dialoguent en permanence. Sharon Eyal chorégraphie des défilés, Eva Jospin transforme les décors en forêts oniriques, tandis que Penny Slinger ou Judy Chicago conçoivent des installations inspirantes. Chaque collection devient une plateforme d’expression pour ces femmes, une scène où leurs voix résonnent avec force.

Si Loïc Prigent a choisi de s’intéresser à Maria Grazia Chiuri, c’est parce qu’il perçoit dans son travail une démarche rare dans l’univers du luxe : une volonté constante de créer en collectif. Dans Her Dior, il donne la parole aux nombreuses artistes qui ont accompagné les collections de la directrice artistique, chacune racontant son expérience, ses inspirations et les liens tissés avec Dior.
Ce documentaire, essentiellement en anglais, alterne discussions intimes, séquences d’archives et moments de création capturés en coulisses. On y découvre l’importance des collaborations et la manière dont Maria Grazia Chiuri fonctionne presque comme une commissaire d’exposition, orchestrant un dialogue entre différents médiums artistiques. Comme l’explique l’artiste Eva Jospin dans le film, "Ces collaborations donnent aux artistes les moyens de réaliser leurs rêves, dans un cadre qui n’est pas celui du musée".
Parmi les moments forts du documentaire, l’histoire du célèbre T-shirtWe Should All Be Feminists prend une dimension encore plus symbolique. Initialement créé pour un défilé, il n’était pas destiné à la vente. Pourtant, face à l’engouement qu’il suscite, Dior décide d’en reverser les bénéfices à une œuvre caritative, avant qu’il ne soit massivement copié sur Internet. Un exemple de la manière dont la mode peut dépasser son propre cadre et s’inscrire dans des luttes sociales plus larges.
Ce que Her Dior met en évidence, c’est que Maria Grazia Chiuri n’a jamais conçu la mode comme un simple exercice de style. Pour elle, chaque défilé est une œuvre collective, un espace d’expression pour des artistes qui, trop souvent, restent dans l’ombre. Et cette volonté s’est concrétisée en 2023 avec l’exposition de la Galerie Dior à Paris, qui retraçait les collaborations entre la maison et des artistes femmes. "Depuis son premier show, elle intègre dans cette équation de pluralité des artistes femmes presque à chaque collection et de façon très diversifiée" expliquait alors Hélène Starkman, responsable des projets culturels de Dior.
Au fil des années, ces collaborations ont parfois donné naissance à de véritables expositions, faisant d’un défilé un moment artistique à part entière. Maria Grazia Chiuri s’est ainsi entourée d’historiennes et de commissaires d’exposition, dont sa propre fille, Rachele Regini, pour enrichir cette approche et inscrire son travail dans un cadre plus large que la mode seule.
Alors que des rumeurs circulent sur un possible départ de Maria Grazia Chiuri de Dior, Her Dior résonne comme un bilan de ces années d’engagement. Quelle que soit la suite, elle aura laissé une empreinte indélébile, rappelant que la mode n’a pas à être déconnectée des enjeux féministes et sociétaux. Avec ce documentaire, Loïc Prigent capture une époque, une vision, et surtout, une révolution qui ne fait que commencer.