Sciences et filles sont-elles incompatibles ? Ou seraient-elles encore un boys club ?
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
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Sciences et filles font-elles bon ménage ? Elles sont brillantes, curieuses, ambitieuses… Pourtant, elles ne choisissent plus ou peu les sciences. En 2025 en France, 46 % des filles ne choisissent aucun enseignement scientifique seules.
Et parmi celles qui restent, seules 33 % optent pour deux spécialités scientifiques, contre 52 % pour les garçons. Pire, dans les écoles d’ingénieurs, elles ne sont plus que 25 % à y être représentées, et dans certaines classes préparatoires scientifiques, leur taux d’admission tombe en dessous de 10 % - voire beaucoup moins.
Ces données, issues du ministère de l’Éducation, dressent un état des lieux glaçant : dès le lycée, un décrochage féminin massif se met en place, recyclant les inégalités en frein à l’avenir professionnel, et laissant peu de place à un compatibilité entre sciences et filles.
À l’heure où la société réclame des talents STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), l’exclusion des filles du cercle scientifique est une perte sèche d’ambition collective, de diversité et d’innovations potentielles. Cela vaut la peine de se demander : qu’est-ce qui provoque cette incompatibilité entre sciences et filles ? Pourquoi se détourne-elles des sciences ? Et comment inverser la tendance pour qu’elles y trouvent leur place – et leur voix ? Le projet Women do science de Casio Education propose déjà quelques réponses concrètes.
Pour tenter d’y répondre, nous avons interrogé Élodie Chabrol, communicante scientifique passionnée et ambassadrice du programme Women Do Science de Casio Education. Forte de son expérience de chercheuse, elle nous aide à comprendre les freins, les déclics et surtout les leviers pour que sciences et filles soient plus compatibles, et leur laisser reprendre leur place dans les labos, les écoles d’ingénieurs et les rêves d’avenir.
Tout commence bien avant la terminale. Dès la réforme du lycée général instaurée en 2019, le choix des spécialités est devenu décisif : on entre en 1ère avec trois spécialités, puis on en conserve deux en terminale. Dans ce jeu d’orientation, il est déjà trop fréquent que les sciences et les filles soient incompatibles ou réduisent leur portée.
Près de la moitié d’entre elles ne suivent aucune spécialité scientifique en terminale – c’est presque une sur deux. Ces écarts de chiffres entre les filles et les garçons illustrent un glissement : les filles choisissent d’autres spécialités, plus littéraires ou sociales – des domaines pourtant moins valorisés par les filières prestigieuses.
Plus alarmant encore : ce décrochage commence dès le primaire. Selon la DEPP, dès le CP, le sentiment de compétence en maths s’effrite chez les filles, creusant un fossé par rapport aux garçons tout au long du parcours scolaire. À l’entrée en collège et au lycée, le manque de confiance en soi est palpable : les stéréotypes selon lesquels les sciences seraient "pour les garçons" renforcent l’autocensure entre sciences et filles.
Ces mécanismes s’inscrivent dans l’institution scolaire : peu de revalorisation des matières scientifiques pour les filles, des conseils d’orientation qui privilégient la sécurité sur l’ambition, une absence de figures féminines de référence dans les manuels ou auprès des enseignants – et des configurations qui ferment la porte avant même que le talent ne puisse s’exprimer.
Le second constat est implacable : les filles qui restent dans les filières scientifiques en terminale se retrouvent souvent isolées. Un isolement que la scientifique a elle-même ressenti plus tard dans sa carrière : "Plus on monte dans les positions et en séniorité, moins on voit de femmes. [...] Quand la compétition pour les postes s'est intensifiée, les remarques sexistes ont commencé. [...] Si j'avais voulu continuer en recherche, cette façon de penser de mon chef et sa manière de ne soutenir que les collègues masculins auraient mis fin à ma carrière de scientifique."
En prépa, notamment scientifique, elles représentent parfois moins de 10 % de la promo. Le système continue de fonctionner selon des logiques masculines – horaires intensifs, exigences techniques sans adaptation, environnement peu accueillant pour des profils sous-représentés.
Cette sous-représentation des sciences et filles engendre un double effet. L'effet de groupe : isolées, les filles doutent davantage, se sentent moins inspirées. L’impression d’être une exception amplifie le découragement et la crainte du jugement. Et l'effet pipeline : même si elles intègrent la filière, beaucoup arrêtent en cours de route – souvent faute de mentor, d’accompagnement personnalisé et d’un environnement de travail non toxique.
Très concrètement, la structure même de la filière supérieure prime les différences de genre : absence d’intégration, peu de modèles visibles, difficulté à se projeter – autant de barrières invisibles qui se traduisent en taux de sortie massifs.
Face à cette double impasse – décrochage et marginalisation – le projet Women do science de Casio Education propose une riposte engagée. L’idée c'est de combattre les stéréotypes dès le plus jeune âge.
Ambassadrice phare du projet, Élodie Chabrol incarne un parcours inspirant : scientifique, pédagogue, passionnée. Sa visibilité sociale et médiatique permet aux filles de s’identifier. Quand elles voient "quelqu’un comme elles" parler de recherche ou d’ingénierie, elles savent que c’est possible. "J'aurais adoré que ce programme existe quand j’étais jeune. Je ne connaissais pas le métier de chercheuse et ça ne me serait pas venu à l’idée de faire ça… Ça m'aurait été utile d'avoir des modèles de femmes à suivre."
Et elle insiste : "On n'a pas besoin d'être la plus intelligente, on a juste besoin d'être la plus passionnée et curieuse."
Casio finance des événements destinés aux collégiennes et lycéennes qui accordent sciences et filles :
"Les Cigales" : ateliers ludiques de mathématiques, conçus pour dédramatiser les notions abstraites.
Journée "Filles et maths" : un moment fort dans les établissements scolaires pour déclencher le déclic.
"Les Fourmis" et "Les Lionnes" : défis mathématiques et primes à la confiance à travers des activités collectives.
Ces projets s’appuient sur une volonté ministérielle de former les profs et de créer des espaces d’apprentissage non genrés – comme le plan “Filles et maths”, dont l’objectif est d’atteindre 30 % de filles minimum en prépas scientifiques d’ici 2030.
En bref, les sciences n’appartiennent à personne – et surtout pas à un seul genre. Alors pourquoi continue-t-on à les penser, les enseigner et les orienter comme si elles étaient réservées aux garçons ? Face à l’urgence de reconstruire un imaginaire scientifique plus inclusif, chaque action compte : un atelier de maths qui donne confiance, un modèle féminin qui inspire et une parole qui contredit les stéréotypes.
Ce n’est pas aux filles de s’adapter à un système qui les exclut, mais bien au système de s’ouvrir à elles. Comme le résume Élodie Chabrol, "Ce n’est pas un reflet de leurs compétences, mais du système et des barrières culturelles qui limitent les femmes en science." Et si la science n’est pas genrée, il est temps que cela se voie – dans les classes, dans les labos, dans les carrières. Sciences et filles doit redevenir compatibles ! Parce que demain ne se construira pas sans elles.