Le Japon : nouvel El Dorado du tourisme sexuel en Asie ?
Écrit par Juliette Gour le
Écrit par Juliette Gour le
À lire aussi

Lorsque l'on pense au tourisme sexuel en Asie, on pense généralement – et à juste titre – aux Philippines ou à la Thaïlande. Mais un autre pays est en train de devenir une destination en matière de tourisme sexuel et c'est le Japon. Sous l'image lisse des cerisiers en fleurs et des musées loufoques se cache une réalité bien moins glorieuse : au pays du soleil levant, la prostitution de rue explose dans certains quartiers de Tokyo et les étrangers — désireux d'expérimenter la "femme japonaise" — le savent.
Outre la prostitution classique, le Japon regorge de nombreuses alternatives pour expérimenter le plaisir : des cafés thématiques aux lycéennes qui offrent leurs services, la prostitution au Japon est protéiforme et c'est pour cette raison qu'elle est compliquée à réguler.
Théoriquement, la prostitution (qui se limite dans la loi aux rapports intimes pénétratifs contre rémunération) est illégale au Japon. Mais la loi reste floue. S'il est interdit depuis 1997 d'avoir des relations tarifées avec des mineurs, il existe de nombreuses façons de contourner la loi et de plus en plus d'étrangers profitent de la situation.
Si depuis la pandémie de covid 19, la prostitution a explosé au Japon, la crise économique et la chute du Yen n'ont rien arrangé. De plus en plus de (jeunes) femmes proposent des services sexuels à bas prix, devenant presque une attraction touristique pour les (vieux) hommes blancs, désireux de découvrir les "mystères de l'Orient".
Si historiquement, il y a toujours eu de la prostitution des mineures au pays du soleil levant (appelé Enjo Kōsai, une version nipponne du sugar daddying), une nouvelle forme de prostitution des mineures est en train de prendre de plus en plus d'ampleur dans les villes japonaises. Dans certains quartiers, comme Kabukicho, on trouve de plus en plus de lycéennes qui, après avoir fugué, se vendent au plus offrant dans l'espoir de pouvoir dormir au chaud.
Vu comme une manière de garder de l'argent facile, la prostitution se présente comme une solution de dépannage pour de nombreuses jeunes filles à travers le pays, qu'elles soient désireuses d'acheter un sac Vuitton ou simplement pour manger. Le problème, c'est qu'en se prostituant dans la rue, les jeunes femmes s'exposent à des risques éventuels. Même si le Japon est un pays considéré comme safe pour les femmes, les rues de Tokyo pullulent de touristes et de salary men qui, une fois éméchés, ne respectent plus réellement les limites.
Dans un article de l'AFP, Ria, une travailleuse du sexe de 28 ans a admis que depuis 2024, la part de clients étrangers a explosé pour les prostituées japonaises. Elle ironise même en disant que c'est en train de devenir une "nouvelle attraction touristique".
Le Japon a toujours été un pays connu et reconnu pour son marché sexuel, mais il était réservé aux Japonais. Les croyances autour de l'hygiène des étrangers ont longtemps limité la consommation de ce type de service. Mais avec une pandémie et une crise économique foudroyante, de plus en plus de femmes sont à la recherche de solutions pour subvenir à leurs besoins et accepter des clients étrangers fait partie de ces solutions. Aujourd'hui, pour moins de 100€, il est possible d'avoir accès à du sexe tarifé (et c'est parfois moins cher lorsque les prostituées sont étrangères ou vieillissantes). Toutes s'exposent aux mêmes risques : tomber sur un client violent, être filmées à leur insu, être contaminées par une IST... Le quotidien est loin d'être facile pour ces femmes.
Dans une vidéo publiée en 2022, le youtubeur Tev de la chaîne Ici Japon a sorti un triptyque de vidéos qui concerne la prostitution au Japon. Vivant lui-même au Japon depuis plus de 15 ans, il a observé des changements en fonction des différentes crises traversées par le pays. Mais, ce qu'il rappelle justement, c'est que les femmes sont souvent les premières victimes des crises économiques et sociales, encore plus lorsqu'il s'agit d'un pays particulièrement inégalitaire entre les femmes et les hommes.
"Une femme qui nait au Japon à 15 fois plus de chances de se prostituer qu'une femme qui vit en France". Ce chiffre traduit à lui seul toute la précarité dans laquelle sont les femmes japonaises. Si le Japon a longtemps été l'un des pays les plus riche au monde, la répartition des richesses est si inégale, que les femmes sont toujours les grandes perdantes (encore plus si elles sont célibataires). En cas de crise financière, ce sont toujours les femmes qui perdent leur travail. Pour beaucoup, la prostitution est une façon de faire face à des difficultés ponctuelles, c'est pour cette raison que les prostituées restent rarement plus de cinq ans dans le secteur. Pour les étudiantes, la prostitution est parfois une nécessité pour payer les études. Le système universitaire étant proche de celui que l'on trouve aux États Unis, certaines sont prêtes à vendre leur corps pour finir leur diplôme et espérer trouver un travail dans une grande entreprise.
Si cette banalisation de la prostitution pose problème, au-delà même de la précarité quasi-systémique des femmes au Japon, c'est évidemment à cause de l'explosion du tourisme sexuel. À l'instar des Philippines, de la Thaïlande ou du Cambodge, le Japon est de plus en plus prisé par les touristes occidentaux, envieux de trouver du sexe tarifé avec une "petite écolière". Biberonnés par des images fantasmées de femmes japonaises et par un racisme intégré qui laisse entendre que les asiatiques sont plus dociles et plus "serrées", ils sont prêts à traverser la planète pour assouvir leur fantasme et n'hésitent pas à partager leurs expériences en ligne. Le souci, c'est qu'une fois de plus, cette situation exploite la misère des femmes qui, pour de multiples raisons, sont obligées de se prostituer et d'accepter tous les clients, même les plus âgés.
En début d'année, sept hommes, dont un japonais, ont été arrêtés car soupçonnés de diriger un établissement de "massages sexuels" destiné aux étrangers à Kabukicho. Si ce genre d'arrestations fait les gros titres pour "servir d'exemple", les actions du gouvernement restent trop sporadiques pour endiguer la situation, malgré l'illégalité de la pratique de la prostitution. Et les choses ne risquent pas de s'arranger, surtout si les vieux hommes blancs savent maintenant qu'il est possible de passer une nuit "de rêve et de fantasme, avec une petite japonaise bien docile".