« J’aime les bad gyal » : Theodora, voix libre et corps queer de la nouvelle scène française
Écrit par Prodige Mabanza le
Avec « MEGA BBL », Theodora signe le nouvel hymne d’une génération rebelle
Écrit par Prodige Mabanza le
Avec « MEGA BBL », Theodora signe le nouvel hymne d’une génération rebelle
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Style éclectique, voix singulière, franc parler : Theodora s'est hissée comme it-girl française à suivre de près. Lauréate de la Flamme de la révélation féminine cette année, la boss lady ne cesse de travailler : elle enchaîne plateaux télés, tournées, et a même annoncé l'extension de son projet BADBOY LOVESTORY avec des feats de renom, allant de Jul à Juliette Armanet. MEGA BBL, dévoilé ce vendredi 30 mai sur les plateformes de streaming, s'impose déjà comme référence musicale de toute une génération. Comment, par une authenticité juste et des paroles cruellement intimes, Theodora arrive à parler à la Gen Z.
Elle a d'abord fait parler d'elle avec son précédent opus, Lili aux Paradis artificiels : Tome 2 avec l'entraînant tube Le Paradis se trouve dans le 93. Mais c'est avec le fascinant Kongolese Sous BBL que Theodora est propulsée sur le devant de la scène. Un morceau galvanisant et ironique qui a fait danser plus d'un sur une instrumentale aux sonorités bouyon, style musical originaire de Dominique et de Guadeloupe.
Le tour de force de Theodora, c'est sa capacité à proposer une mosaïque de sonorités, allant d'un zouk lascif sur #IL à de la pop rock sur MON CASQUE. Avec MEGA BBL, l'extension de sa mixtape BADBOY LOVESTORY, l'étoile montante pousse le bouchon encore plus loin : une instru mi-afro mi-numérique sur MON BÉBÉ en feat avec Brazy, et sur un tempo plus lent sur LES OISEAUX RARES avec Juliette Armanet. Ce projet témoigne du caméléon musical qu'est la jeune artiste. Et c'est justement cette facilité à slide sur des styles différents qui plait à la génération Z en constante recherche de nouveau : pas de risque de s'ennuyer avec Theodora.
Chez la jeune artiste, rien n’est figé : sa musique, comme sa personnalité, est multiple. Prépa Sciences Po, enfance entre La Réunion, la Grèce et la Suisse… Theodora n’entre dans aucune case, et c’est justement ça qui fait mouche. Son style vestimenaire aussi casse les lignes : un savant mix d’underground, de street et de girly, à mille lieues des clichés qu’on plaque encore trop souvent sur les femmes noires. À la cérémonie des Flammes, elle dédie son trophée "à toutes les filles noires un peu bizarres" — un clin d’œil assumé à toutes celles qui, comme elle, n’ont jamais coché les cases attendues.
Dans une génération qui célèbre les identités plurielles et fait du "différent" la nouvelle norme cool, Theodora ne cherche pas à plaire — elle s’impose, à sa façon.
Dans le 13-titres sorti en fin 2024, Theodora évoque son histoire d'amour avec un mauvais garçon, qu'elle finit par envoyer balader : "Si les aiguilles tournent / Sept fois dans l'horloge/ Comme langue dans une bouche/ Mais qu'j'ai pas ton message, ouste" chante-t-elle dans le son éponyme au projet. Des paroles auxquelles la Gen Z peut s'identifier quand on sait que les plus jeunes redéfinissent leur conception de l'amour avec des des termes un peu fourre-tout du genre crush, ghosting, situationship etc.
Mais c'est surtout la capacité de l'artiste à être réellement vulnérable qui la rend relatable. Dans ILS ME RIENT TOUS AU NEZ, elle se confie sur ses trahisons amicales et sa solitude. Tout pareil dans Doutes en boucles, où elle miaule presque : "J'suis triste mais j'ai pas l'air/ Bre-som mais je masque à l'aise". Ses galères sentimentales ? Elle en fait des hits. Theodora explore sans filtre les virages émotionnels de l’amour, le sien surtout.
Chez Theodora, la musique est une forme de résilience : elle soigne sans jamais sombrer dans la gravité, sur fond de lumière et de pulsations festives. Dans MASSOKO NA MABELE, on entend d'abord une guitare électrique endiablée, puis de la batterie et des basses, qui font instinctivement bouger. C'est dans cette ambiance qu'elle chante en lingala : "Na zangaka kimia, so na kotisi mbongo" ou "Je n'étais pas en paix, donc j'ai fait rentrer de l'argent", en français. Traduction : même vulnérable, elle reste une boss lady.
Sa sexualité ? Pas un sujet. Et sa queerness, totalement décomplexée. La chanteuse prononce avec aise dans Do U Wanna, "J'aime les bad gyal", sous-entendant sa bisexualité. Pour le magazine Têtu, elle confie en interview : "En vrai, je n’ai jamais fait de coming out. Si je considère que la sexualité est quelque chose de normal, alors j’en parle normalement. Pas besoin d’annonce"
Pareil sur d'autres sons de MEGA BBL, où on l'entend y faire allusion, de manière banale : "Mes raclis j'les aime lossa" sur le morceau en featuring avec JUL, ou encore "Donc les c*ls de mes babies claquent" sur BOSS BABIES avec Bb Trickz.
En abordant sa bisexualité sans détour, sans mise en scène ni besoin de justification, Theodora incarne une liberté générationnelle propre à la Gen Z : celle de vivre pleinement sa queerness sans la dramatiser. Chez elle, pas de coming out spectaculaire, juste une parole fluide, des lyrics explicites et sans complexe, et une façon de dire "je suis moi" sans avoir à le crier.
Avec son humour désarmant, sa sincérité brute et son oreille affûtée, Theodora incarne une nouvelle vague d’artistes qui n’ont plus peur d’être multiples, complexes, et brillamment elles-mêmes. Que ça plaise ou non. Exit les cases bien précises sur ce que signifie être une femme noire. Avec son style alternatif, ses inspirations diverses et ses paroles explicites, Theodora représente une génération qui envoie balader le regard des autres et les étiquettes. En piochant dans les sonorités caribéennes et africaines, elle dédicace son projet aux "enfants de la diaspora" comme elle le déclare dans son discours aux Flammes.
Et si BADBOY LOVESTORY était déjà une portfolio affirmé de ce que la jeune artiste sait créer, MEGA BBL, lui, enfonce le clou dans une industrie musicale qui avait vachement besoin d'une artiste féminine aussi disruptive et éclectique que Theodora.