Le Diable s’habille en Prada 2 : et si c’était Miranda qu’on avait mal jugée ?
Écrit par Camille Croizé le
Le Diable s’habille en Prada 2 : et si c’était Miranda qu’on avait mal jugée ?
Écrit par Camille Croizé le
Le Diable s’habille en Prada 2 : et si c’était Miranda qu’on avait mal jugée ?
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Vingt ans après avoir terrorisé la moitié de Manhattan avec un soupir bien placé, Miranda Priestly revient pour reprendre les rênes de Runway… ou pour constater qu’elle les a peut-être déjà perdues. Le Diable s’habille en Prada 2 est en tournage, avec une sortie prévue en mai 2026. Anne Hathaway, Emily Blunt et Meryl Streep reprennent leurs rôles dans un monde qui n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2006. Les premières images laissent deviner une intrigue centrée sur Miranda, confrontée à un magazine en déclin, une industrie bouleversée, et surtout à une époque qui ne pardonne plus les mêmes choses — sauf peut-être à elle. Mais derrière son image glaciale, et si Miranda n’avait été qu’une femme brillante, lucide, et surtout… trop en avance sur son temps ? Le Diable s’habille en Prada 2 ne devrait pas seulement nous replonger dans les coulisses d’un empire de papier glacé, il pourrait aussi enfin rendre justice à l’ambition féminine, celle qu’on aime diaboliser tant qu’elle ne sourit pas.
Ce n’est pas juste un énième revival nostalgique. Le Diable s’habille en Prada 2 semble vouloir prendre le contre-pied de son prédécesseur. Miranda n’est plus au sommet, Runway est au bord du précipice, et c’est à Andrea et Emily (oui, les mêmes qu’elle martyrisait autrefois) qu’elle doit aujourd’hui demander de l’aide. Entre chute de la presse papier, mutation du luxe et reconfiguration du pouvoir, le film met en scène un passage de flambeau… ou un duel. Le tout dans un monde dominé par TikTok, le name-dropping de Simone Ashley et des campagnes inclusives aux antipodes des diktats de l’époque Miranda.
Mais ce n’est pas tout : aux côtés du casting original, on retrouvera Lucy Liu, Pauline Chalamet et même Kenneth Branagh, pressenti pour incarner le mari (quasi invisible dans le premier opus) de Miranda. De quoi injecter de nouvelles dynamiques dans un film qui entend se raconter au présent. Et au passage, poser une question : comment survivre dans un monde où les règles changent plus vite qu’une tendance sur Pinterest ?
Pendant des années, elle a incarné la cheffe tyrannique par excellence. Froide, exigeante, impitoyable. Mais aujourd’hui, à l’heure où l’on déconstruit la “femme difficile”, Miranda mérite une relecture. Le Diable s’habille en Prada 2 pourrait justement offrir cette seconde lecture. Car ce que l’on reprochait à Miranda — la rigueur, l’autorité, le manque d’émotion —, on l’applaudit chez un homme. Elle n’était pas cruelle, elle était compétente. Pas inhumaine, juste stratégique. Le problème, ce n’est pas Miranda. C’est ce qu’on attend des femmes : qu’elles soient puissantes, mais douces ; brillantes, mais modestes ; efficaces, mais humaines. Bref, qu’elles soient parfaites sans jamais le montrer.
Le premier film, sans s’en rendre compte, a renforcé ces clichés. Cette suite peut — ou plutôt doit — les démonter. Montrer qu’on peut être une leader sans sourire, qu’on peut exiger sans s’excuser, qu’on peut se foutre royalement de plaire. Miranda n’a pas changé. C’est peut-être nous qui avons enfin évolué.
On ne va pas se mentir, on a eu peur. Peur que Le Diable s’habille en Prada 2 soit juste une opération marketing millimétrée, noyée sous des références "inclusives" sans fond. Mais à y regarder de plus près, le film semble vouloir autre chose : raconter le pouvoir, encore. Mais différemment. Pas sous l’angle des diktats d’hier, mais des dilemmes d’aujourd’hui. Comment continuer à exister dans une industrie où l’image est reine, mais où les modèles s’effondrent les uns après les autres ? Comment évoluer quand son pouvoir a été bâti sur l’exclusion, le silence et le contrôle ? C’est peut-être là le vrai sujet du film. Et si l’inclusivité n’est pas juste un accessoire scénaristique, on attend qu’elle soit incarnée. Pas seulement par de nouveaux visages ou de jolis discours, mais dans les conflits, dans les tensions, dans ce que ce monde exige — encore — des femmes pour leur accorder un siège à la table.
Ce n’est pas un hasard si cette suite débarque maintenant. À l’heure où les figures de pouvoir féminines sont scrutées, critiquées, glorifiées puis détrônées à la vitesse d’un post Instagram, Miranda Priestly reste un cas d’école. Ce retour, c’est une opportunité : celle de reconsidérer nos jugements, de revaloriser l’ambition, et de ne plus confondre exigence et abus.
Parce que finalement, ce que Miranda a toujours incarné, c’est cette peur panique qu’inspire une femme qui n’a besoin de personne pour exister. Si cette suite nous montre que Miranda n’est pas un monstre mais un miroir, alors elle aura tout gagné. Elle. Et nous.
On attendait un come-back. On aura peut-être une rédemption. Le Diable s’habille en Prada 2 ne doit pas seulement divertir, il doit déranger, faire grincer, remettre en cause. Car Miranda n’a jamais été le diable. Elle était juste une femme qui osait prendre toute la place. Et ça, encore aujourd’hui, ça fait encore peur.