J’ai 21 ans, et ces séries m’ont convaincue qu’avoir 30 ans, c’est génial
Écrit par Prodige Mabanza le
J’ai 21 ans et j’ai trop hâte d’avoir 30 ans (dingue, non ?)
Écrit par Prodige Mabanza le
J’ai 21 ans et j’ai trop hâte d’avoir 30 ans (dingue, non ?)
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J’ai 21 ans, et si j’avais respecté le plan initial, je devrais cocher la case mariage d'ici 4 ans, maximum. Mais vu ma vie aujourd'hui... Mes plans ont bien changé. Pour la génération de ma mère et de mes grands-mères, avoir des enfants après 30 ans, c'était impossible. Il fallait tout faire avant cet âge, comme une deadline imparable. Être archi carriériste, ne pas vouloir d'enfant, déménager avant le mariage...Ça ne faisait pas partie des options disponibles pour les femmes. Heureusement, les mentalités ont évolué, et cette révolution, on l’a aussi vue à la télé.
Fini la course contre la montre et les parcours bien définis : dans Insecure, Survival of the Thickest, Harlem ou encore Girlfriends, les trentenaires ne survivent pas à la vie… elles la dévorent. Ces héroïnes maladroites, imparfaites ou paumées redéfinissent ce que veut dire "avoir 30 ans" aujourd’hui. Exit le modèle métro-boulot-mariage-bébé : place aux doutes, aux vibes, aux remises en question autour d'un cocktail avec ses copines. Ces séries m’ont prouvé une chose : la trentaine, ce n’est pas la fin. C’est le vrai début.
Avant, je pensais que je devais suivre la voie que j'avais choisie en CE1 sans jamais la questionner. Licence, master, carrière. Tout cela d'un seul coup. En plus de ça, j'ai grandi avec une obsession pour l'excellence. C'est aussi un phénomène qui est propre aux enfants d'immigrés : on a cette pression tacite de devoir réussir partout pour rendre fiers nos parents qui ont beaucoup sacrifié pour nous. En tant que femme noire, j'ai conscience de devoir travailler deux fois plus dur pour être légitime. Bref, tous ces préconçus ne m'ont jamais laissé l'espace d'être...paumée. Ou, au moins, de me poser, et de me demander : qu'est-ce que je fais ? Est-ce que ça me rend heureuse ?

Qui de mieux que le personnage d'Issa Rae dans Insecure pour relativiser à ce sujet ? Maladroite, awkward, parfois complètement à la ramasse, le personnage m'a permis de souffler un peu. Du genre : bon, tout ne peut pas être parfait tout le temps, et c'est ok. Au cours des différentes saisons on observe une jeune femme indécise, anxieuse, qui se cherche autant dans sa carrière que dans sa vie amoureuse. Elle fête pourtant ses 29 ans dans le premier épisode de la série. Et c'est là toute la métaphore : le parcours d'Issa commence à peine. Parce qu'une femme qui se cherche, c'est une femme qui se consacre au fait d'être 100% en phase avec elle-même.
S’il y a bien une chose que Harlem, Girlfriends et Living Single m’ont apprise, c’est que l’amitié féminine est un pilier aussi fort — voire plus — que n’importe quelle histoire d’amour. Ces séries mettent en lumière des groupes de femmes noires complices, brillantes, drôles, parfois en désaccord, mais toujours là les unes pour les autres. Qu’elles se soutiennent après une rupture, qu’elles se challengent dans leurs choix de carrière ou qu’elles se retrouvent simplement autour d’un verre pour refaire le monde, ces héroïnes prouvent que l’amitié entre femmes, ce n’est pas juste un décor dans le fond d’un scénario : c’est le cœur du récit. Cultiver des amitiés solides nous permet d'avoir des repères, un soutien, et des copines avec qui on peut parler de situations similaires. À travers elles, j’ai compris que grandir, ce n’est pas forcément s’éloigner, et que vieillir avec ses copines, c’est aussi une promesse de bonheur. La trentaine ne fait plus peur quand on sait qu’on sera entourée.
À peine majeure, le corps médical a commencé à me poser des questions sur mes "projets de grossesse". Comme si, à 18 ans, je devais déjà avoir un calendrier de fertilité bien ficelé. De quoi bien foutre la pression à une jeune femme encore en pleine construction, persuadée que le temps joue contre elle. Dans mes séries préférées, j’ai vu cette angoisse prendre vie à l’écran : des femmes paniquées à l’idée de passer à côté, enchaînant les relations dans l’espoir de trouver le mari, celui qui leur offrirait ce fameux symbole censé valider leur existence aux yeux du monde : une bague au doigt.
Comme j'adore les séries des années 90/2000, j’ai souvent cringé en voyant ces femmes courir après le mariage comme si c'était une fin en soi, et le seul moyen de proprement exister. Mais au fil des années, les scénaristes changent la narration et les personnages évoluent. Dans Living Single, Regine est obsédée par le mariage et paniquée à l’idée de "rater" le bon timing, comme si l’amour avait une date de péremption. Dans Girlfriends, Joan évolue : elle commence par idéaliser le couple, mais finit par faire un choix courageux. Dans la saison 4, elle refuse de rester avec l’homme qu’elle aime parce qu’il ne veut pas d’enfants — et elle, si. Ce moment m’a marquée : Joan aurait pu faire une concession pour se caser à tout prix, mais elle s'est choisie, elle.

Et si on arrêtait de faire tourner la vie d'une femme de 30 ans autour des hommes ? Qu'en est-il de ses hobbies, de ses passions, de ses rêves ?
Si on apprenait plutôt aux femmes à s'investir dans leur amour-propre et leurs lubies, peut-être que Carrie Bradshaw n'aurait pas été coincée dans une situationship éternelle (ça fait mal de l'admettre, mais c'est la vérité). Ce sont des personnages comme Max dans Living Single ou encore Miranda Hobbes dans Sex and The City, femmes intransigeantes en amour et ultra-occupées au quotidien, qui m'ont fait comprendre l'importance de ne pas vivre à travers le prisme de ses relations amoureuses. Alors, oui, elles ont des défauts (un peu control freaks, parfois trop fermées à la vulnérabilité...), mais elles n'existent pas à travers leurs love interests. Elles sont épanouies dans leur vie de tous les jours, avec ou sans mec. Et puis il y a autre chose qu’on apprend en grandissant, mais qu’on ne nous dit jamais : le droit à la lenteur. Le droit de prendre soin de soi. Le droit de tomber. Et de guérir.
Qui a dit qu’à 30 ans, on ne pouvait pas commencer — ou recommencer — à guérir ? La santé mentale reste encore un sujet tabou dans beaucoup de familles afrodescendantes, et pourtant, c’est essentiel d'en parler. Heureusement, certaines séries ont brisé ce silence. Qui aurait cru que Toni, l’élitiste un peu snob de Girlfriends, finirait par s’asseoir sur le canapé d’une psy ? Khadijah dans Living Single, Molly dans Insecure ou plus récemment Quinn dans Harlem (qui commence même un traitement antidépresseur) franchissent elles aussi le pas : elles consultent, elles flanchent, elles reprennent le dessus. Ces trajectoires me rassurent. Elles me montrent que la guérison n’a pas d’âge ni de ligne droite. Que c’est normal d’aller mieux… puis moins bien… puis mieux à nouveau. Et qu’à 30 ans, j’aurais encore le droit de tomber, de demander de l’aide, de me relever. Le fait de représenter cela à l’écran, c'est puissant, c'est politique. Parce que prendre soin de soi, ce n’est pas une faiblesse : c’est un acte de survie. Et mon bonheur, lui, mérite d’être une priorité — à chaque étape de ma vie.

À l’écran, malgré leurs galères, les héroïnes de mes séries sont des femmes libres. Elles ont leurs apparts, leurs carrières, leur cercle d’amies. Souvent sans mari, sans enfant, mais pleines de vie, pleines de choix. Et surtout, délivrées du regard des autres. À force de me déconstruire, j’ai compris que la trentaine, ce n’est pas une fin de parcours. C’est une version améliorée de la vingtaine : avec plus de maturité, plus de moyens, plus de recul — et j’espère, plus de douceur envers moi-même. Alors oui, j’ai hâte. Hâte d’avoir les idées plus claires, le compte en banque plus rempli, les pieds plus ancrés. Hâte de savoir qui je suis et ce que je veux vraiment.
Et peut-être que le vrai plot twist de cette histoire, c’est que le premier épisode de ma vie… Il recommence chaque jour.