Santé mentale des jeunes femmes : l’alerte rouge que personne ne veut voir
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
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Trigger warning : cet article aborde les pensées suicidaires et la souffrance psychique.
On nous l’avait promise, cette "jeunesse dorée", légère, insouciante, connectée à tout sauf à sa souffrance. Et pourtant, derrière les filtres Instagram et les stories "de vie saine", la réalité est tout sauf rose : en 2023, près d’une jeune femme sur dix a pensé au suicide. Oui, vous avez bien lu. Pas une sur 100. Une sur 10. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’Observatoire national du suicide, qui vient jeter un sacré pavé dans la mare du déni collectif.
C’est pas faute d’avoir crié depuis des années que la santé mentale, ça allait pas. Mais il aura fallu des chiffres glaçants pour que ça commence (enfin) à buzzer au sommet.
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Les chiffres sont sans appel. En 2023 - le dernier rapport de l’étude EpiCov - 9 % des femmes âgées de 18 à 24 ans ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires dans l’année, contre 5 % chez les hommes du même âge. Le double - rien que ça.
Et ce n’est pas qu’un sentiment. Dans cette tranche d’âge, les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à avoir été hospitalisées pour tentative de suicide ou automutilation : 516 jeunes femmes hospitalisées, contre 113 jeunes hommes.
Spoiler : on parle bien ici de gestes auto-infligés suffisamment graves pour nécessiter une hospitalisation. Pas juste d’un mal-être qui passe après une soirée thérapie entre copines. Là, on touche à un point de non-retour.
Le plus inquiétant ? Ce chiffre n’était "que" de 353 en 2017. Ce qui veut dire qu’en six ans, le nombre de jeunes femmes hospitalisées pour tentative de suicide a bondi de 46 %.
Dans le détail, les études notent une accélération post-Covid, évidemment. Le virus est peut-être rentré dans une phase endémique, mais ses séquelles mentales, elles, sont bien vivantes. Isolement, insécurité financière, précarité étudiante, saturation des soins psy... Et puis cette pression constante d’être la fille "parfaite" : belle, brillante, engagée mais pas reloue, forte mais vulnérable, joyeuse mais pas too much. Vous l’avez ? Nous aussi.
@enjoyphoenix Merci à @esther luxey de s’être confiée sur sa santé mentale, un sujet sensible sur les réseaux, et pourtant si important 🙏🏻 La vidéo est sur ma chaîne principale ✨ #fyp#santementale#depression#anxiete#estherluxey#podcast#interview♬ green to blue - slowed + reverbed - daniel.mp3
Les chiffres ne tombent pas du ciel. Et derrière eux, il y a des causes systémiques. Non, ce n’est pas juste "la génération qui dramatise tout". Ce sont des femmes jeunes, souvent précaires, isolées, et ultra-exposées à une société qui romantise la souffrance mentale tout en refusant d’y répondre structurellement.
Première cause : la solitude. En 2022 déjà, une étude menée par le Crédoc révélait que près de la moitié des jeunes de moins de 25 ans déclaraient se sentir seuls régulièrement. Un sentiment pire chez les femmes, selon les données de Santé publique France. L’isolement, particulièrement post-pandémie, est devenu une bombe à retardement.
Deuxième facteur majeur : la précarité. En 2024, 38 % des jeunes femmes de moins de 25 ans vivent sous le seuil de pauvreté. La majorité combine études, petits boulots mal payés et charges émotionnelles. À cela s’ajoutent les violences sexistes, la peur dans l’espace public, le cyberharcèlement, les injonctions esthétiques... Comment s’étonner que le taux d’anxiété généralisée chez les jeunes femmes ait lui aussi explosé ?
Un chiffre qui donne le vertige : en 2023, 17 % des jeunes femmes interrogées présentaient des signes de dépression modérée à sévère, contre 9 % des jeunes hommes.
Troisième facteur : le manque d’accès aux soins. En théorie, on peut consulter un psy. En pratique ? Les délais pour obtenir un rendez-vous avec un psychiatre dépassent parfois les trois mois. Et les consultations de psychologue, malgré les remboursements partiels mis en place par l’Assurance maladie, restent inaccessibles à une bonne partie de la jeunesse. Résultat ? On se débrouille, on relativise, on fait genre "ça va". Jusqu’à ce que ça n’aille plus.
Face à cette hécatombe silencieuse, les pouvoirs publics commencent timidement à réagir. La santé mentale a été érigée en grande cause nationale pour 2025. Super mais ça ne règle pas tout. Un hashtag ne soigne pas une dépression. Un clip de campagne ne désature pas les cabinets psy. Et un "parles-en" bienveillant ne remplace pas une prise en charge adaptée.
Le gouvernement a néanmoins annoncé en février 2025 la mise en place de 100 centres de santé mentale pour les jeunes, censés proposer un accès gratuit à des consultations de psychologues. Une mesure saluée, mais encore trop timide selon les associations.
Du côté des jeunes elles-mêmes, une prise de parole massive émerge. Sur TikTok, le hashtag #mentaleenberne a cumulé plus de 20 millions de vues. Des créatrices de contenu, des étudiantes, des anonymes y partagent leur fatigue, leur mal-être, leur envie de s’en sortir, mais aussi leur colère face à un système qui les abandonne.
Alors oui, l’espoir existe. Dans la solidarité, dans les collectifs féministes qui militent pour une santé mentale inclusive, dans les professionnels qui alertent, dans chaque témoignage qui brise l’isolement.
Mais il faut plus. Plus de moyens. Plus d’écoute. Plus de reconnaissance. Parce que la génération qui se bat pour son avenir mérite mieux que des chiffres dans un PDF.
Pour toute aide :
SOS Suicide : 3114, 24h/24, appel gratuit Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236Nightline : ligne d’écoute par et pour les jeunes, disponible dans plusieurs villes