Vinted, nouveau terrain de chasse : encore un espace où les femmes doivent se méfier
Écrit par Prodige Mabanza le
Chasseurs de vinties : quand des hommes sexualisent les photos des femmes sur Vinted
Écrit par Prodige Mabanza le
Chasseurs de vinties : quand des hommes sexualisent les photos des femmes sur Vinted
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Ça vous est déjà arrivé de vendre des jupes, des robes ou des crop tops sur Vinted pour arrondir les fins de mois ? A priori, rien d'anormal. Mais le journal Le Parisien a révélé au cours d'une enquête l'existence d'un groupe Telegram appelés "Chasseurs de Vinted" dans lequel des hommes se partagent des publications de femmes, dans le but de les sexualiser et de commenter leurs corps. Ce qui devait être une simple plateforme de vente et d'achat de vêtements de seconde main devient un terrain miné, et un endroit de plus où les femmes doivent être de plus en plus vigilantes. De quoi bien augmenter la charge mentale qui résulte du seul fait d'être une femme.
"Les shorts, c’est le meilleur point d’entrée." Cette phrase qui fait froid dans le dos, c'est l’une des stratégies les plus utilisées dans un canal Telegram baptisé "Chasseur Vinted". Ce groupe public de plus de 900 membres, principalement des hommes, compile et partage chaque jour des dizaines de photos de vendeuses de la plateforme Vinted – à leur insu, et dans un seul but : sexualiser leur corps, commenter leur apparence, et parfois même récolter des clichés plus intimes par des techniques de manipulation.
C’est ce que révèle une enquête du Parisien, qui a eu accès à deux ans d’archives de ce canal. Parmi les messages, une pluie de commentaires dégradants : "Elle montre bien ses seins", “Que de belles p*tes", "Une belle s*lope". Pour certains membres, le graal consiste à obtenir des photos "révélatrices" sans que les femmes ne s’en rendent compte. Et pour cela, tous les moyens sont bons : créer de faux comptes féminins, demander des photos supplémentaires sous couvert d’intérêt pour le vêtement, ou encore traquer les profils Instagram des vendeuses.
"Je tombe des nues en lisant des termes aussi crus concernant les vendeuses", confie Léonie, dont l’annonce pour un haut blanc a été relayée dans le groupe. Pour Camille, qui vendait un body noir, vendre des vêtements n'est plus une partie de plaisir : "Ça m’a dégoûtée. Je reçois des likes et des messages de voyeurs depuis des mois. "
Créée pour faciliter la revente de vêtements entre particuliers, Vinted devient malgré elle un terrain de chasse numérique. Jean moulant, maillot de bain, crop top ajusté… Chaque vêtement devient un prétexte pour « analyser » les corps, en dépit de la loi. Car selon l’article 226-1 du Code pénal, toute fixation ou transmission d’images privées sans consentement est passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.
Mais dans le canal Telegram, l’illégalité ne freine personne. Pire : certains utilisateurs partagent des méthodes détaillées pour contourner les blocages et créer plusieurs comptes via des cartes SIM jetables. D’autres vont jusqu’à demander à des membres de récupérer des photos à leur place, voire d’envoyer des clichés volés de proches.
Ce n’est pas la première fois que ce phénomène est mis en lumière. Le mois dernier, une enquête d’une chaîne allemande révélait déjà un canal similaire baptisé "Girls of Vinted", réunissant plus de 2 000 membres et des méthodes quasi identiques.
Contactée par Le Parisien, l’entreprise affirme "prendre ces incidents très au sérieux", en rappelant sa politique de "tolérance zéro" envers les communications sexuellement explicites et les profils suspects. La plateforme indique avoir signalé le groupe à Telegram le 9 mai, date à laquelle il a été désactivé. Mais de nombreuses utilisatrices n’ont été mises au courant qu’après coup, sans alerte de Vinted.
"J’avais 14 ans quand j’ai commencé à vendre sur l’appli", raconte Hélène, aujourd’hui âgée de 20 ans. "Dès le départ, je recevais des messages sur mon corps, des demandes de Snap, de chaussettes… " À 16 ans, son profil a même été partagé sur un site pornographique. Une forme de fétichisation violente, déguisée en "simple" curiosité.
Pour elle, il ne fait aucun doute : "Ce qui attire ces hommes, c’est le principe de non-consentement. Parce que du contenu, ils peuvent en trouver partout. Mais ils veulent voler."
Alors que des centaines de femmes découvrent qu’elles sont exposées sans leur accord, la question de la responsabilité des plateformes se pose. Car Vinted n’est pas un cas isolé : d’autres applis comme TikTok, Instagram ou encore Snapchat sont régulièrement détournées par des communautés sexistes, qui partagent des profils sous couvert de "beauté naturelle" ou de "looks sympas".
Et si on arrêtait de dire que c’est la faute d’un short ?