Breaking news : les mères sont faiguées (et ça n’étonne personne)
Écrit par Erine Viallard le
Écrit par Erine Viallard le
À lire aussi

"Allo docteur ? Maman ne va pas bien."Ce n’est pas une mamie en pleine réunion Tupperware qui le dit, mais une étude américaine toute fraîche publiée dans JAMA Internal Medicine. Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont scruté de près les données de 198 417 mères d’enfants de moins de 17 ans. Verdict ? Une chute vertigineuse de la santé mentale déclarée par ces femmes. Oui, le nombre de mères déclarant une santé mentale "excellente" est passé de 38,4 % en 2016 à 25,8 % en 2023. Un gros coup de barre, n’est-ce pas ? En d’autres termes, ce n’est pas juste un baby blues qui traîne - c’est un raz-de-marée émotionnel qui dure depuis des années.
Entre temps, celles affirmant avoir une santé mentale"correcte" sont passées de 18,8 % à 26,1 %, tandis que la catégorie "moyenne à mauvaise" a grimpé de 5,5 % à 8,5 % – soit une hausse de 64 % de détresse mentale.
Cerise sur le gâteau, ces tendances se retrouvent avant même la crise Covid - donc ce n’est pas juste l’effet confinement. Globalement, rien n’épargne les mères, toutes catégories socio-économiques confondues, même si certaines subissent un peu plus le tsunami : familles monoparentales, niveau d’éducation faible, enfants sous couverture publique… Bref, la crise n’épargne personne, mais touche encore plus les plus précaires.
@sabsimoes La charge mentale c’est quelque chose. 🧠 #mombrain#momoftiktok#motherhood#mamantiktok#chargementale#mommybrain#momlife♬ Mom Break - Kaitlyn
En voyant ces chiffres, on se dit : "Bon ok, mais depuis quand les mères vont mal ?" Albert Einstein n’a rien prévu sur ça, mais la réponse est claire : depuis toujours. Sauf qu’aujourd’hui, c’est chiffrable, quantifiable, mesurable.
Les données parlent d’elles-mêmes : sentir qu’on doit être la figure centrale du foyer, c’est lourd. 78 % des mères estiment, dans d’autres enquêtes comme celle de Motherly, qu’elles portent seules la responsabilité des tâches domestiques. Bref : le rôle de maman ne se limite pas à élever ses enfants, il inclut le rangement, les rendez-vous de dernière minute, les gâteaux pour les anniversaires, le stress des tenues assorties, et bien sûr, le match à 20h que papa "avait oublié dans son agenda".
Cette charge mentale - invisible mais omniprésente - crée un sentiment d’épuisement chronique, doublé d’un syndrome de culpabilité glaçant :"J’ai oublié la boîte de Lego, je suis la pire mère du monde." - spoiler : non.
@coolbabyacademy Quand tu mets le doigt sur le moment où tout a commencé 🤣🤣🤣
♬ son original - Elodie Da Silva - Cool baby academy
Alors, quel remède ? Parce qu’une guirlande de coeurs à la Fête des mères, ça tient deux jours. Voici ce qu’elles veulent - enfin, ce qu’elles veulent crier depuis 2020.
Un allongement réel du congé parental : 60 jours post-partum ne suffisent pas. Le Canada propose un congé jusqu’à 18 mois, partagé, payé, sans honte. En france, c'est encore un sujet tabou.
Un accès universel à la santé mentale : trempage de 84 % des femmes en zone sans soutien spécialisé, d’après le Policy Center : les "Dark Zones" sont encore majoritaires aux États-Unis, et en France, on n’est pas beaucoup mieux lotis policycentermmh.org.
Et un soutien financier ciblé : pour femmes à bas revenus, monoparentales, isolées... Pas juste une carte cadeau.
C’est simple : une maman ne peut pas tout faire. Garde partagée, centres périscolaires gratuits, groupes de parole, maison de santé - bref, une communauté qui aide et soulage. Sans ça, pas de miracle.
On arrête le "momsplaining" à tout-va. Si une mère dit qu’elle est épuisée, elle l’est, point. Et ça mérite un suivi, du temps, du sommeil, de vrais rendez-vous médicaux, et pas seulement un supplément d’heures au yoga.
Le Docteur Jade Cobern, pédiatre, rappelle que la santé mentale maternelle influence directement l’enfant - tant physiquement qu’émotionnellement.
Oui on a le droit d’en avoir marre. Le concept de "mom rage" - cette colère sourde du matin au soir - n’est pas un caprice, c’est le signe qu’on est en souffrance. Reconnaître cette émotion, lui donner un canal (groupes de parole, network, ateliers...).
Le rapport du Surgeon General américain, Parents Under Pressure, alerte sur la pression généralisée sur les parents, et appelle à un changement global de paradigme. Parce qu’à ce rythme, les mères finiront par demander des pilules de paix sociale, pas des bouquets de pivoines.
En bref, ce n’est pas un luxe de demander à pouvoir respirer quand on devient mère. Ce n’est pas un caprice de vouloir dormir, être écoutée, soutenue, soignée. Ce n’est pas un détail que de rappeler que la santé mentale des mères est aussi une question de justice sociale.
Il est temps de sortir du mythe de la "mère courageuse", celle qui encaisse tout, tout le temps, sans jamais flancher. Parce qu’à force d’idéaliser cette figure, on oublie qu’elle est humaine et qu’elle a besoin, elle aussi, d’être portée. Alors non, les mères ne demandent pas la lune. Juste un monde un peu moins épuisant. Et franchement, c’est la moindre des choses.