That Dress : comment Elizabeth Hurley et Versace ont redéfini le tapis rouge
Écrit par Juliette Gour le
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Il arrive parfois qu'une simple robe change un peu l'histoire... Comme That Dress, portée par Elizabeth Hurley à l'avant-première de Quatre mariages pour un enterrement en 1994. Non contente d'avoir sa propre page Wikipédia, cette robe Versace - sulfureuse pour l'époque - a eu son petit impact dans le monde du show-business et de la promo des films.
Si cette robe est entrée dans l'histoire, c'est parce qu'elle a projeté Elisabeth Hurley sous le feu des projecteurs. Avant ce red carpet, elle n'était que "la compagne de", mais dès la parution des photos, elle est devenue "le sex symbol" à suivre. Cette robe a posé les bases d'un tapis rouge réussi. Pour la première fois, on voyait une robe effet "Waouh !". Avant cette soirée de 1994, personne ne se souciait réellement de ce que portaient les actrices sur le red carpet... Mais That Dress a été tellement photographiée que les marques ont compris le potentiel que pouvait avoir un outfit réussi.
Et, si on extrapole un peu, on peut même imaginer que le Method Dressing, particulièrement populaire aujourd'hui, n'existerait pas s'il n'y avait pas eu la robe Versace d'Elizabeth Hurley dans les années 90.

Ce buzz sur le tapis rouge, c'est un joli coup du hasard. À l'époque, personne ne connaît réellement Elizabeth Hurley. Elle est juste la petite amie de Hugh Grant, le British en pleine ascension avec un potentiel de méga star. Ce soir-là, personne ne l'attend vraiment à l'avant-première de Quatre mariages pour un enterrement, ni le public, ni les marques.
C'est la dure loi du show-business, c'est que lorsque l'on est personne, les marques refusent de prêter des tenues. C'est ce qui est arrivé à Hurley, la veille de l'évènement, elle n'avait toujours pas de robe (et absolument pas les moyens d'en acheter une).
En désespoir de cause, elle contacte Versace, qui répond sèchement qu'il n'y a aucune robe de disponible sauf la robe fourreau qui traîne dans le bureau des relations presse. Elle passe l'essayer et bingo, la robe lui va comme un gant. Ce sera celle-ci et pas une autre.
"Il fallait que je trouve une robe de toute urgence pour assister à l’avant-première de Hugh, et je n’y connaissais rien à la mode à l’époque. Je me souviens d’être entrée dans ce bureau où il y avait une robe rangée dans un sac plastique blanc. Je l’ai prise avec moi et je me suis coiffée et maquillée, en me battant avec Hugh pour avoir un peu de place devant le miroir…" a-t-elle raconté plus tard à l'Harpers Bazaar.
À l’époque, Versace, c’est du sexy borderline. Certes, la marque est populaire, mais elle flirte avec une réputation de provoc' qui détonne dans un milieu encore très bon chic bon genre. Les robes trop fendues, trop moulées, trop assumées ? Ce n'est pas du goût de tout le monde. Aux robes moulantes, on préfère les silhouettes sages, qui ne font pas de vagues. L’ultra-glamour, c’est bien sur scène ou pour un shooting, mais sur un tapis rouge, on attend encore des actrices qu’elles jouent les princesses en satin pastel. C'était donc un peu sulfureux pour Liz de se présenter avec une robe aussi osée... Surtout qu'elle n'était pas l'une des vedettes du film. Mais, sans même s'en rendre compte, Elizabeth Hurley a un peu changé son destin en choisissant cette robe que personne ne voulait.
En 2008, un sondage Debenhams classait même cette fameuse robe dans les tenues les plus célèbres du tapis rouge. C'est dire à quel point elle a marqué l'histoire.
Si la robe reprend le concept de la classique "petite robe noire" adorée de Coco Chanel, Versace lui a offert un twist plus moderne et référencé. Comment ? En ajoutant à un concept minimaliste des détails maximalistes, pour créer une opposition dans la silhouette. Entre la fente et le décolleté plongeant, on se demanderait presque comment la robe tient sur Hurley. Cet effet déconstruit est certes parfaitement maîtrisé, mais il marque aussi une signature stylistique forte : Versace prouve que quelques ennoblissements peuvent changer l'esprit d'une tenue (la magie de la mode). Ainsi, la plus simple des robes noires peut devenir une arme de destruction massive (si elle est portée par la bonne personne).

Côté références, on note un clin d'œil évident au mouvement punk des années 70. Et quoi de mieux qu'une anglaise (pays de Vivienne Westwood), pour porter une tenue qui rend hommage à l'un des mouvements les plus controversés de la mode du XXe siècle. Sauf que, dans les mains du créateur italien, une épingle à nourrice devient un accessoire luxueux, se muant en broche élaborée, qui vient terminer une tenue en beauté.
C'est un look qui brouille les pistes entre le sexy et le glamour grâce à un dosage subtil de tout et à un peu de hasard. Peut-être même qu’on tient là les prémices du porno chic, mouvement ultra-sexy qui explosera à la fin des années 90 sous l’impulsion de Tom Ford et Carine Roitfeld, alors aux commandes de Vogue Paris.
On s'en doute, le buzz autour de cette robe a eu un impact durable sur les tendances en 1994. Elizabeth Hurley devient, presque par accident, le symbole d'une mode aux découpes sexy, incarnation même d'une envie de provoquer le public pour bousculer l'ordre établi.
L’influence de cette robe ne s’arrête pas là. Lady Gaga, muse de la maison, a aussi rendu un hommage littéral à la robe en 2012, quelques mois après la sortie de son album ArtPop, qui rendait directement hommage à la maison de couture.

La robe a même connu quelques réadaptations ces dernières années. En 2018 par exemple, elle a été portée dans une version plus sage par Jennifer Lawrence dans le cadre de la promo de Red Sparrow. Si le film a été oublié, l'apparition de Lawrence a elle marqué quelques esprits, surtout à cause du clin d’œil évident à Elizabeth Hurley.

Et que dire de Damian Hurley ? Fils de la mannequin (et copie conforme de sa mère), il lui rend hommage en 2019 avec une veste ornée d’une dizaine d’épingles à nourrice XXL. La boucle est bouclée.
En réalité, depuis 1994, il y a eu bon nombre de références à"That Dress" et c'est peut-être ça qui confirme l'intemporalité de cette robe. Alors, qui l’a portée le mieux ? La réponse est toute trouvée. On a tendance à dire que l'originale reste la meilleure version. Même si toutes les interprétation de la silhouette ont leur place sur les red carpets, la seule qui a eu droit d'entrer dans un musée, c'est la "dress" originale, celle qui a donné ses lettre de noblesse à Hurley et Versace.