Shein et Temu font flamber les prix : la guerre commerciale frappe les placards
Écrit par Erine Viallard le
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C’est une alerte rouge pour les accros au shopping à petit prix : depuis le 25 avril, les étiquettes des géants chinois Shein et Temu explosent aux États-Unis. Une hausse qui n’a rien d’anecdotique, certains articles ont vu leur tarif bondir de plus de 300 % en seulement 24 heures. À l’origine ? Une guerre commerciale de plus en plus tendue entre Washington et Pékin, qui commence à se répercuter sur les paniers des consommatrices et consommateurs américains et plus particulièrement sur les foyers les plus modestes.
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Shein, le gros de la fast fashion et habitué aux prix défiant toute concurrence, a lancé les hostilités. Depuis peu, tous les produits de la plateforme – vêtements, bijoux, accessoires maison, cosmétiques – ont vu leur tarif grimper en flèche. Selon Bloomberg, "les cent principaux produits beauté et santé de la marque ont augmenté en moyenne de 51 % par rapport à jeudi". Quant au textile, domaine de prédilection de Shein, il n’échappe pas à l’inflation : les vêtements féminins affichent une hausse moyenne de 8 %.
Mais la palme revient à un lot de torchons de cuisine qui a vu son prix exploser de 377 %. De quoi laisser rêveuses celles qui pensaient encore pouvoir refaire leur déco à moindre coût. Ce changement brutal est, selon les experts, un symptôme direct de la guerre commerciale qui s’intensifie entre les États-Unis et la Chine. Et Shein n’est pas seule dans la tempête.
Temu, concurrent direct de Shein et désormais l’application la plus téléchargée aux États-Unis en 2023, a rapidement suivi le mouvement. CNN a constaté en temps réel la flambée : "Deux chaises de patio proposées sur Temu étaient affichées à 61,72 dollars jeudi. Vendredi, elles étaient passées à 70,17 dollars." Une augmentation aussi soudaine que significative, qui s’applique à une grande variété d’articles.
Le 16 avril déjà, Temu avait annoncé la couleur à ses utilisateurs : "En raison des récentes modifications des règles du commerce international et des droits de douane, nos charges d’exploitation ont augmenté. Afin de continuer à vous offrir les produits que vous aimez sans compromettre la qualité, nous procéderons à un ajustement des prix à compter du 25 avril 2025."
Derrière cette hausse, un mot-clé : douanes. Bien que Temu soit officiellement basé à Boston et Shein à Singapour, leurs produits continuent d’être expédiés depuis la Chine. Résultat : les deux entreprises seront soumises à des droits de douane atteignant 145 %. Et ce n’est pas tout.
Jusqu’à présent, les plateformes comme Shein et Temu profitaient d’une exemption douanière dite "de minimis", permettant d’envoyer des colis de faible valeur aux États-Unis sans payer de taxe. Une aubaine pour les consommatrices à petit budget qui s’apprête à disparaître. Dès le 2 mai à minuit, cette exemption prendra fin. Les colis d’une valeur inférieure à 800 dollars seront désormais taxés à hauteur de 120 %, sauf à s’acquitter de 100 dollars de frais supplémentaires par envoi.
Une mesure qui aura des conséquences sociales profondes. D’après CNN, "la part des colis d’une valeur de moins de 800 dollars diminue avec le revenu". Autrement dit, les classes populaires sont les plus touchées. Une étude révèle même que près de la moitié des commandes concernées proviennent de codes postaux parmi les plus pauvres des États-Unis, contre seulement 22 % pour les zones les plus riches.
Dans ce contexte, la hausse des prix chez Shein et Temu ne se contente pas de bousculer le business de la fast fashion, elle menace l’accès à une consommation abordable pour des millions de foyers. Si certains ont tenté d’anticiper la hausse – en faisant le plein de pinceaux de maquillage ou de petits électroménagers avant le 25 avril – le sursis est de courte durée. Les temps du "cheap" à volonté sont peut-être révolus...
La guerre commerciale sino-américaine entre dans une nouvelle phase, où les consommateurs deviennent des dommages collatéraux. À l’heure où l’inflation reste une préoccupation majeure, surtout pour les ménages les plus vulnérables, cette évolution marque un tournant.
Car derrière Shein et Temu, ce sont des modèles de consommation entière qui vacillent : celui d’un shopping instantané, ultra bon marché, à portée de clic. La fast fashionnumérique, longtemps considérée comme un "bon plan" globalisé, révèle son talon d’Achille : sa dépendance aux routes commerciales internationales et à une politique douanière mouvante.
Une chose est sûre : cette hausse soudaine n’est sans doute que le début d’un bras de fer économique qui pourrait bien redessiner nos habitudes de consommation - ou du moins, leur prix.