Cette loi pourrait bien faire disparaître Shein des stories des influenceuses
Écrit par Camille Croizé le
Cette loi pourrait bien faire disparaître Shein des stories des influenceuses
Écrit par Camille Croizé le
Cette loi pourrait bien faire disparaître Shein des stories des influenceuses
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Alors que l’opinion publique commence à lever les yeux au ciel face aux pantalons à 3,99 € livrés en 48h, les politiques, eux, s’agitent (un peu tard) pour encadrer la fast-fashion. En ligne de mire ? Shein, Temu et toute la clique des géants chinois qui inondent les réseaux sociaux de micro-tendances cousues à la va-vite et portées une seule fois. L’Assemblée a validé une proposition de loi qui viserait à interdire les collaborations rémunérées entre influenceuses et ces enseignes. Mais entre les petits cadeaux envoyés sous le radar, les stories non-sponsorisées (mais bien alignées), et les armoires pleines de tops en polyester, la coupure nette reste à prouver.
Derrière les promesses d’éthique, c’est surtout un jeu d’équilibriste entre image, engagement… et gros chèques. Alors, le divorce entre Shein et les influenceuses, c’est pour de vrai ? Ou juste un petit silence radio le temps de rebooster l’algorithme ?
Soyons honnêtes. Qui n’a jamais vu passer un haul Shein de 20 pièces pour moins de 100 euros sur TikTok ? Cette esthétique du "je porte tout, mais je ne garde rien", c’est littéralement le business model de Shein. Et forcément, les influenceuses mode y ont trouvé leur compte : visibilité facile, contenu snackable à foison, et partenariats en échange de vêtements. Pas forcément de virement bancaire, mais une relation bien huilée.
Sauf que depuis quelques mois, le vent tourne. Entre les polémiques sur les conditions de travail dans les usines partenaires de Shein, les accusations de plagiat à la pelle, et l’impact écologique dramatique de la fast-fashion, certaines influenceuses ont senti le besoin de réajuster leur boussole morale. Traduction : elles ne taguent plus Shein dans leurs stories, mais continuent à porter leurs fringues dans un coin du cadre. L’éthique ? Oui. Mais seulement si elle s’accorde avec leur feed.
La conséquence ? Une sorte de schizophrénie vestimentaire : on fait des réels pour expliquer pourquoi on ne cautionne plus Shein… en pull Shein.
@vanessaancella why is shein SO GOOD rn!?✨ #sheinhaul#ibizaoutfits#sheinvacaymode#holidayoutfits#beadedcami#sequincami#sheinfinds#sheinsummer#fyp @SHEIN UK ♬ At Night - Edit - Shakedown
La proposition de loi portée par Anne-Cécile Violland voulait taper fort : interdire purement et simplement toute promotion des géants de l’ultra fast-fashion. Mais, comme souvent, la version votée a été bien édulcorée. On ne parle plus d’interdiction, mais "d’encadrement" des collaborations, assorti d’un malus écologique.
Le problème ? Comme l’a résumé Victoire Satto, fondatrice deThe Good Goods, la majorité des deals entre Shein et les influenceuses passent par des dons, pas des salaires. Résultat : même avec une loi, le business model reste quasi intact. Un peu comme repeindre une décharge en vert fluo pour faire croire à un centre de tri.
Si la loi patine, ce n’est peut-être pas un hasard. L’histoire d’amour entre Shein et la politique française commence à devenir un véritable soap.Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur, a été recruté comme responsable RSE du groupe. Nicole Guedj, ancienne secrétaire d’État, a aussi rejoint l’équipe, tout comme Bernard Spitz, président du pôle international et Europe du Medef.
Quand l’entreprise la plus décriée pour ses conditions de travail, son greenwashing et son modèle toxique s’offre une brochette d’élites politiques pour faire reluire son image, c’est qu’on n’est plus à un paradoxe près.
Lobbying ? Influence bien placée ? Opération séduction au sommet ? On vous laisse deviner. Mais une chose est sûre : dans le match entre le capital textile décomplexé et la régulation écologique, Shein joue clairement à domicile.
Ce qui frappe aussi, c’est à quel point peu d’influenceuses ont osé dire clairement qu’elles rompaient avec Shein. Certaines l’ont fait, sous pression de leur communauté, ou parce qu’elles ont senti que l’image commençait à coûter plus cher que la collab. Mais beaucoup ont préféré la technique du ghosting. Plus de collab, certes, mais zéro explication.
En coulisses, pourtant, l’argent de la fast-fashion continue de couler. Shein, Temu, AliExpress restent des sponsors puissants, surtout pour les micro-influenceuses qui galèrent à vivre de leurs contenus. Et ça, même la meilleure loi du monde ne pourra pas le réguler.
@lea__lyss BIG SUMMER HAUL 💛🌞 partie 1 @SHEIN que des pépites Code Promo : SFFDlea (jusqu'à -70%) #SHEINFrenchDays2025#SHEINforAll @SHEIN France ♬ son original - Léa Lys
Dans un monde où chaque feed Instagram est calibré comme une vitrine de concept store, la frontière entre engagement réel et stratégie d’image est floue. Est-ce qu’on quitte Shein par conviction, ou parce qu’une abonnée a commenté “vraiment ?” sous le dernier haul ? Est-ce qu’on refuse Temu parce que c’est inacceptable… ou juste parce que ça ne matche pas avec l’esthétique beige Pinterest de son profil ?
C’est tout le paradoxe de l’influence en 2025 : tout le monde veut avoir l’air responsable, sans perdre d’argent. Résultat ? L’éthique devient un filtre de plus à appliquer à ses contenus. Une esthétique clean girl, mais version conscience politique.
Il y a des lois. Il y a des intentions. Et puis il y a la réalité d’Instagram, où un haul bien monté peut rapporter plus qu’un mois de SMIC. Si certaines figures de l’influence tentent de tourner la page Shein, ce n’est pas par militantisme pur, mais parce que l’époque les y pousse.
Mais tant que la fast-fashion reste rentable, tant que les consommatrices ne sont pas prêtes à payer plus de 10 euros pour un pull, tant que les plateformes récompensent les contenus viraux au détriment des contenus vertueux, Shein et compagnie auront encore de beaux jours devant eux.
Alors non, ce n’est pas la fin du partenariat entre Shein et les influenceuses. C’est juste le début d’une collab un peu plus discrète. Mais toujours très, très rentable.