Les tiktokeuses adoptent le ‘ChatGPT Summer Glow Up’ et confient leur beauté à l’IA (oui, oui)
Écrit par Camille Croizé le
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Dans la grande kermesse estivale des tendances TikTok, voilà que débarque le ‘‘ChatGPT Summer Glow Up’’. Le concept ? Confier à une IA générative son image, son reflet, ses angoisses de fille “pas assez belle pour l’été”, et en retour, recevoir une feuille de route beauté calibrée comme une check-list de supermarché. Un brushing caramel ici, un gloss effet mouillé là, une robe lavande pour flatter votre teint... L’algorithme fait sa Kim Kardashian intérieure, sans jamais cligner des yeux.
Résultat : des milliers de vidéos avant/après, des commentaires en mode “iconic queen”, et une énième illusion de contrôle sur son image. Mais derrière les compliments sucrés et les routines millimétrées, une question se pose : qui parle vraiment quand ChatGPT vous dit que vous seriez ‘‘plus belle avec un contouring plus marqué’’ ? À qui obéit cette intelligence quand elle vous suggère un mascara pour ‘‘rehausser votre regard fatigué’’ ?
Cet été, certaines ne jurent plus que par les conseils de leur coiffeuse, leur dermato ou leur meilleure amie : elles demandent à ChatGPT comment ‘‘devenir plus belle’’. Littéralement. Selfie en main, elles s’en remettent à un chatbot pour planifier leur glow-up estival. L’idée ? Déléguer à une intelligence artificielle la gestion complète de son relooking : routine skincare, teinture maison, choix de couleurs vestimentaires ou encore make-up sur mesure. Un relooking piloté par une IA, à mi-chemin entre un tutoriel beauté et un épisode de Black Mirror.
@mskayladrew OMG ITS WORKING #glowup♬ original sound - 80s throwback hits
Tout a commencé par une vidéo comptant pas moins de 5 millions vues, postée par l’influenceuse Kayla Drew. Son concept : laisser ChatGPT redéfinir son look d’été. Résultat ? Une coloration ombrée commandée en urgence au supermarché et un chatbot qui s’exclame ‘‘OKAY WOW’’ comme une coiffeuse sous coke. La vidéo a explosé, et avec elle, une avalanche de contenus sous les hashtags#GlowUpWithAI ou #ChatGPTMadeMeDoIt. Dans les commentaires sous sa vidéo, les utilisateurs demandent : ‘‘quel est le secret de ton prompt ?’’. Ce à quoi la créatrice de contenus a répondu dans une nouvelle vidéo : ‘‘Je lui ai demandé de me donner 10 conseils pour être plus belle cet été. Je lui ai dit que je voulais pouvoir suivre ses recommandations en le faisant moi-même, à la maison. Et que je ne voulais pas dépenser un million de dollars. Je ne voulais pas non plus qu'elle me dise d'aller me faire injecter du Botox, parce que je ne le ferais pas. J'ai ensuite publié une photo, sans maquillage et à la lumière naturelle, pour qu'elle puisse voir ma couleur et les ajustements que nous pourrions apporter. Elle m’a ensuite recommandé des produits’’.
@mskayladrew Replying to @apieceofpilgrim ♬ 5 Minutes of Silence - Silenzio
À l’heure où vous lisez ces lignes, des milliers de femmes se laissent désormais guider par la voix synthétique d’une IA pour devenir ‘‘la version la plus hot d’elles-mêmes’’.
Ce qui séduit ? L’illusion d’un conseil personnalisé, instantané, et surtout… gratuit. Finies les heures à zoner sur YouTube ou à se ruiner chez Sephora à l’aveugle. ChatGPT répond en deux secondes : ‘‘Optez pour un gloss pêche, une frange rideau, et une garde-robe aux tons pastels’’. Des recommandations calibrées, presque flatteuses, qui font croire qu’un été renversant est à portée d’algorithme.
Sauf que voilà : derrière ces conseils en apparence bienveillants se cachent des biais bien humains. Car l’IA n’invente rien, elle répète ce qu’on lui a appris. Et ce qu’on lui a appris, ce sont des dizaines de milliers de contenus saturés de normes esthétiques toxiques. Résultat ? Une appétence inquiétante pour les cheveux lisses, les peaux claires, les visages fins et les silhouettes Photoshop. Bref, les vieux démons de la beauté... mais à la sauce numérique.
@marinagudov Chat gpt prompts and questions🧖🏼♀️🫶🏼 #coloranalysis#GlowUp#transformation#blondetobrunette#Vlog#beauty#hack#tips#appointment#beforeandafter#viral#typ#chatgpt @sephora @Glossier @Hourglass Cosmetics @Patrick Ta Beauty @Armani beauty @rhode skin ♬ original sound - MARINA
Certaines utilisatrices ont vu leur estime de soi se faire laminer en quelques réponses. Une IA qui vous répond que vous êtes ‘‘moyenne’’, et que vous pourriez passer d’un 5 à un 7 avec un peu de maquillage et deux seringues d’acide hyaluronique, ce n’est pas exactement la vibegirlboss qu’on espérait. Pourtant, ces cas se multiplient. Michaela, (@michaelaisnotfunny), une TikTokeuse américaine, s’est ainsi vue recommander des injections de botox à 2 200€ pour ‘‘rehausser ses paupières tombantes’’. Sympa.
@michaelaisnotfunny I let chat GPT tell me how to spend $2500 to glow up ✨ #weddingprep#botox#endolift#facelift♬ original sound - Michaela Lassig
Et c’est là que le glow-up tourne au glow-down. Car confier son image à une intelligence entraînée sur des forums comme r/RateMe ou HotOrNot – là où des inconnus évaluent les femmes comme des plats UberEats – c’est courir le risque de se faire découper par un juge sans cœur. Littéralement.
Dans le camp d’en face, les hommes aussi se jettent dans la gueule de l’IA, version ‘‘looksmaxxing’’. Le principe ? Devenir la version la plus désirable de soi-même, à grands coups de chirurgie et de techniques douteuses. Résultat : des IA qui conseillent de ‘‘frapper sa mâchoire avec un marteau pour qu’elle paraisse plus carrée’’ (oui, vraiment), ou qui annoncent sans cligner d’œil qu’aucune amélioration n’est possible ‘‘sans intervention chirurgicale lourde’’. À ce stade, on n’est plus dans le relooking, on est dans un épisode de Saw.
Ce qui est peut-être le plus triste dans cette histoire, ce n’est pas l’obsession pour la beauté – elle est vieille comme le patriarcat – mais le fait qu’on en arrive à demander à une IA si l’on mérite d’être jugée ‘‘jolie’’. Une IA qui, rappelons-le, n’a jamais vu un visage humain de sa vie. Pourtant, on lui tend notre photo en espérant un compliment. Comme si notre reflet n’était crédible que validé par un programme.
Jessica DeFino, critique beauté et habituée aux dérapages de l’industrie, résume parfaitement la dérive : ‘‘Sur Internet, on transforme le corps en objet à évaluer. Alors, qui de mieux pour nous noter qu’un autre objet – une IA ?’’
Alors, faut-il boycotter ChatGPT cet été ? Pas forcément. L’IA peut être un outil, pas une sentence. On peut jouer avec, comme on feuillette un magazine beauté sans obligation d’achat. Mais si votre glow-up vous coûte votre confiance en vous, votre argent, ou votre santé mentale, alors ce n’est plus un glow-up, c’est une arnaque déguisée.
Le ‘‘summer glow-up’’, c’est censé être un kiff, pas une dictée imposée par une IA. Si vous cherchez un conseil beauté vraiment sur-mesure, parlez plutôt à quelqu’un qui vous voit pour de vrai. Ou mieux : regardez-vous dans le miroir, et demandez-vous ce qui vous fait vous sentir belle. Parce que votre beauté ne se résume pas à un prompt bien formulé. Et encore moins à un 7/10 balancé par un robot.