Adieu la silhouette oversize ? C’est Demna qui le dit
Écrit par Prodige Mabanza le
oversize
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C’est une petite phrase glissée dans une interview, mais elle a fait l’effet d’une bombe dans le milieu de la mode. "Je ne suis plus intéressé par l’oversize", confie Demna, créateur génie, au média allemand Die Zeit. Une déclaration surprenante de la part du créateur qui a bâti son esthétique — de Vetements à Balenciaga — sur des volumes extrêmes, des épaules exagérées et des proportions quasi dystopiques. Alors que sa première collection pour Gucci marque un tournant plus mesuré, faut-il y voir la fin d’une époque ? Ou un simple jeu de décalage signé Demna, encore une fois en avance sur son temps ?
Dès ses débuts chez Vetements, Demna a fait de l’oversize bien plus qu’un gimmick : une posture. Sweatshirts difformes, trenchs interminables, épaules tombantes… Chaque pièce bousculait les normes, recyclait l’anti-mode et proposait une silhouette désacralisée et brute. Loin d'avoir pour objectif de flatter le corps, l’oversize devenait un terrain d’expérimentation, une manière de penser le vêtement autrement. Chez Balenciaga, cette esthétique se raffine : manteaux-cocons, tailleurs monumentaux, hoodies sculpturaux — la coupe XXL devient architecture textile.
Mais cette radicalité a fini par se banaliser. L’oversize a envahi les rayons fast fashion, saturé les réseaux sociaux et perdu de sa subversion. Dans Die Zeit, le créateur tranche : "C’est devenu grand public, et pas dans le bon sens du terme." Une prise de distance qui questionne : à force d’être copiée, sa grammaire visuelle aurait-elle perdu sa puissance ?
Le créateur fraîchement nommé à la direction artistique de Gucci a présenté en mai sa première collection croisière 2026. Et surprise : adieu les silhouettes exagérées, bonjour les lignes nettes. Jupes crayons, costumes 80’s, pantalons en velours, coupes ajustées… On est loin du tailoring mastodonte de ses années Balenciaga. Ce recentrage ne signe pas un retour à la norme, mais une recherche d’équilibre : "Cela ne veut pas dire que je vais porter des jeans stretch moulants", précise-t-il, toujours dans Die Zeit.
Son envie aujourd’hui ? Une mode qui fait du bien au corps, qui suit les envies individuelles plutôt que les tendances imposées.
Ce glissement stylistique s’inscrit aussi dans une dynamique plus large. Depuis quelque temps, les coupes ajustées regagnent du terrain. Après une décennie d’oversize triomphant, les consommateurs cherchent des vêtements plus faciles à porter, plus flatteurs et plus intemporels. L’heure est à la mode mesurée, celle qui s’adapte au corps plutôt que l’inverse.
Faut-il pour autant enterrer l’oversize ? Pas si vite. Si cette silhouette a autant séduit, c’est aussi parce qu’elle permet une chose essentielle : respirer. Loin des carcans des vêtements moulants, l’oversize offre une liberté de mouvement, un confort sans compromis, une manière d’habiter ses fringues sans se sentir comprimé·e. C’est le hoodie dans lequel on se réfugie, la veste trop grande qui rassure, le pantalon large qui suit le corps sans jamais l’oppresser. Pour beaucoup, c’est plus qu’un style : c’est une façon de reprendre possession de son espace, de se sentir à l’aise, au propre comme au figuré.
Le désamour de Demna pour l’oversize ne signe pas un rejet total, mais une mue. Il l’a dit lui-même : "I’ve been there, I’ve done that." L’ère de la silhouette large et spectaculaire ne disparaît pas : elle évolue. Et avec elle, la place du créateur qui semble aujourd’hui vouloir explorer une mode plus personnelle, plus intime. Moins de bruit, plus de justesse.