En Grande-Bretagne, les garçons de 11 ans vouent un culte à Andrew Tate (et c’est flippant)
Écrit par Camille Croizé le
Écrit par Camille Croizé le
À lire aussi

On aurait pu croire que le féminisme, les hashtags, les lois et les grandes campagnes de sensibilisation avaient fini par faire reculer le sexisme. Spoiler : il se porte très bien, merci pour lui. Pire encore, il ne se contente plus d’empoisonner les plateaux télé, les commentaires sur le réseau social X ou les DM Instagram. Il descend en âge, s’infiltre dans les cours de récré, s’installe dans les classes de sixième.
Les garçons de 10 ans ne rêvent plus seulement d’être astronautes ou footballeurs. Certains aspirent à dominer, humilier, faire taire. La haine des femmes devient un langage parlé couramment avant même l’entrée au collège. Et pendant que les adultes s’inquiètent à demi-mot, le phénomène se répand à toute vitesse. La preuve ? Elle vient de Grande-Bretagne, où les profs lancent l’alerte face à une vague de misogynie précoce. Ce n’est plus un dérapage isolé. C’est un climat.
Dans un collège britannique, une professeure raconte comment un élève de 10 ans a refusé de lui adresser la parole. Motif ? Elle est une femme. Dans un autre établissement, des surveillantes se font littéralement bloquer le passage par des collégiens qui leur aboient dessus à la manière d’un chien. Oui, vous avez bien lu. Un enfant de 11 ans qui aboie sur une adulte dans un couloir. Et si ça vous semble déjà assez glaçant, attendez la suite.
Sur la chaîne Sky News, plusieurs enseignantes témoignent : les garçons ne se comportent plus de la même manière avec les filles. Ils les ignorent, les méprisent, les rabaissent. Mais ils s’attaquent aussi à d’autres garçons qu’ils jugent “trop féminins”. Aujourd’hui, mieux vaut se taire que de risquer de passer pour sensible en disant qu’on aime dessiner ou qu’un pote a une belle chemise.
Et puis il y a ce prof qui, sur le site de la BBC, raconte comment une classe de 6ème — des enfants de 11 ans — a rendu des dissertations entières à la gloire… d’Andrew Tate. Le gourou masculiniste, accusé de trafic d’êtres humains et d’agressions sexuelles, est pour ces jeunes un modèle. “Les femmes sont la propriété des hommes”, écrit un élève. “Andrew Tate dit la vérité”, clame un autre. Vous sentez le frisson ? Il est bien réel, et il traverse l’école.
@macelaverick And everyone saying how smart he is being on this is ridiculous. Bonnie makes some valid points but she’s playing her role. She’s smart #fyp♬ Awkward Moments - AstroMusic
Le plus inquiétant dans cette histoire, ce n’est pas seulement que les élèves reprennent à la lettre la propagande viriliste d’un influenceur en procès pour traite humaine. C’est que les professeurs, eux, sont totalement démunis. “Les enseignants britanniques disent ne pas avoir les outils pour répondre à ce phénomène”, explique la journaliste Aude Vernuccio dans Le Monde en Marche sur RTL Matin.
Et pour cause : qui aurait pu anticiper qu’il faudrait, en 2025, désamorcer des logiques de radicalisation sexiste dès la pré-adolescence ? Certaines voix dans l’éducation comparent même ce processus à une forme d’embrigadement idéologique, qui n’est pas si éloigné des mécanismes des mouvances extrémistes. Vous trouvez ça excessif ? Pourtant, il suffit de lire les copies rendues pour comprendre qu’il ne s’agit pas de simples “provocations d’ados”. Les élèves citent les vidéos de Tate comme des sources légitimes, parlent de “domination masculine” comme d’un but de vie.
Bien sûr, il serait tentant de penser que ces jeunes se cherchent, qu’ils “testent les limites”, comme on dit. Mais cette hypothèse s’effondre quand on découvre les chiffres. Une étude menée en début d’année en Grande-Bretagne révèle qu’un tiers des élèves de collège expriment des idées sexistes. Pas une minorité marginale. Un tiers. La misogynie n’est plus un accident, c’est un système. Et ce système s’apprend, se transmet, s’installe. Les réseaux sociaux y participent évidemment, mais ils ne sont pas les seuls en cause. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est une banalisation presque totale du discours antiféministe. Les garçons de 11 ans parlent d’“alfa males”, de “femmes soumises”, comme s’il s’agissait de concepts neutres. Ils rigolent entre eux d’avoir “remis une féministe à sa place”. Le pire ? Ça passe crème.
Dans ces collèges, les filles le sentent. Elles comprennent vite que leur parole compte moins, que leurs idées sont jugées moins crédibles, que leur simple présence est de trop. Et dans ce climat, comment s’affirmer, comment s’exprimer, comment simplement exister ? Certaines enseignantes alertent aussi sur les violences symboliques de plus en plus normalisées : les garçons qui ricanent quand une fille prend la parole, ceux qui s’échangent des mèmes dégradants sur WhatsApp, ou ceux qui se filment en train de se moquer d’une camarade. Et à celles qui osent relever la tête, la sanction est immédiate : elles sont traitées de “féminazies”, de “reloues”, de “fragiles”. Littéralement punies pour ne pas accepter d’être inférieures.
Alors que les ministères de l’Éducation s’agitent pour “préparer les élèves au monde de demain”, on pourrait commencer par s’assurer qu’ils ne deviennent pas les petits soldats d’un monde d’hier. Parce qu’au fond, ce que révèlent ces témoignages, ce n’est pas juste un problème scolaire. C’est le miroir d’un système où les figures d’autorité sont ridiculisées dès qu’elles sont féminines, où les garçons sont encouragés à performer la domination dès le plus jeune âge. Pendant ce temps, les filles, elles, continuent à baisser la tête dans les couloirs.
Alors non, ce n’est pas “juste une blague”, “juste des ados”, ou “juste Internet”. C’est une culture qui s’installe. Et elle s’installe tôt. Trop tôt.