En Corée du Sud, la destitution du président Yoon fait encore débat
Écrit par Juliette Gour le
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Le pays du matin calme l'est beaucoup moins depuis la tentative, ratée, de coup d'État du président Yoon fin 2024. Depuis, le pays est plongé dans une instabilité politique et les semaines sont rythmées par de massives manifestations dans les rues de Séoul où, sur de la K-Pop, le peuple réclame la destitution pure et simple du président.
On pensait cette affaire réglée, mais le point final de toute cette histoire arrivera cette semaine : c'est cette semaine que la Cour constitutionnelle va décider si oui ou non le président est destitué. En attente du verdict, le pays est sous tension : s'opposent aujourd'hui les pro-destitution (55%) et les anti-destitution (39%), qui pourraient, l’un comme l’autre, réagir violemment si le verdict ne leur est pas favorable.
Depuis quelques jours, les manifestants ne désemplissent pas devant Gwanghwamun (la porte principale du palais de Gyeongbok), ils viennent de toute la Corée pour manifester leur mécontentement et demander la destitution du président Yoon. Ils s’opposent au camp conservateur, très inspiré par les slogans de Trump, qui appelle à la clémence de la part de la Cour constitutionnelle.
À ces manifestations s'ajoutent des grèves de la faim, menées par 5 élus démocrates. L'objectif de cette action ? Pousser la Cour à prendre enfin une décision et permettre au pays d’aller de l’avant. Pour beaucoup, le retard de cette décision est directement lié au parti conservateur, qui essayerait de faire pression sur les juges pour changer l'issue du verdict.
"Les conservateurs veulent retarder au maximum le verdict pour intensifier la pression sur les juges, garder le pouvoir, et parce que le président Yoon croit au chamanisme et attend un moment favorable" a déclaré un élu dans Le Monde. C'est dire à quel point la situation est particulière.
Même si cette décision pourrait permettre au pays de repartir sur une nouvelle dynamique, le parti démocrate craint que la validation de la destitution provoque de vives affrontements entre la police et les manifestants. Cette situation s'était déjà produite en 2017, suite à la destitution de Park Geun-hye, quatre personnes avaient trouvé la mort lors des manifestations.
Si tout est mis en œuvre pour éviter le pire – 12 000 agents ont été mobilisés pour gérer la foule – le risque zéro n'existe pas.
Cette mobilisation traduit un profond attachement du peuple coréen à la démocratie. : la cicatrice du massacre de Gwangju en 1980 est encore bien visible et la majorité des coréens sont pour le maintien d'un système démocratique, quoi qu'il en coûte.
En cas de validation de la destitution du président, le pays pourra mettre en place des élections anticipées pour élire un nouveau gouvernement, mais il est fort possible que les partisans de Yoon s'opposent à ces élections pour laisser le pays dans un flou politique (favorable au parti conservateur).
Une fois n'est pas coutume, cette situation questionne sur la pérennité des partis traditionalistes au pouvoir. Cette situation fait écho à des dynamiques similaires ailleurs dans le monde, sans issue réellement positive. Dans le cas de la Corée du Sud, il paraît essentiel de rappeler que le président Yoon s'est toujours ouvertement présenté comme misogyne, xénophobe et homophobe. Sa folie des grandeurs, exacerbée par une opposition qu'il jugeait trop envahissante, l’a finalement conduit à sa chute.
Il faut maintenant espérer que le futur de la Corée du Sud s'écrira avec une politique plus pondérée. Pour rappel, la Corée est le 10e pays de l'OCDE (la France est 5e), c'est pour cette raison que la situation politique du pays préoccupe autant, parce que le pays est un pôle essentiel pour le business en Asie de l'Est.
Dans un contexte mondial où la stabilité politique est devenue un luxe, la Corée du Sud joue ici bien plus que le destin d’un homme : elle engage son positionnement sur l’échiquier international.