Effet Matilda : quand les femmes font les découvertes… et que les hommes reçoivent les prix
Écrit par Florina le
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L’effet Matilda, c’est le phénomène par lequel les contributions des femmes, notamment dans la science, sont minimisées, invisibilisées ou tout simplement volées au profit de leurs collègues masculins.
En résumé : elle bosse, il brille.
Une mécanique parfaitement huilée… pendant des siècles.
Non, Matilda n’est pas une scientifique maudite.
C’est Matilda Joslyn Gage, militante féministe du XIXᵉ siècle, qui avait déjà repéré ce petit “détail” : les idées des femmes finissaient souvent signées au nom d’un homme juste à côté.
C’est l’historienne Margaret Rossiter qui théorisera plus tard le concept, lui donnant le nom d’effet Matilda pour rendre hommage à celle qui avait vu clair dans le jeu… un siècle plus tôt.
Spoiler : elles auraient dû être dans vos manuels d’école.

Rosalind Franklin est probablement l’un des exemples les plus emblématiques de l’effet Matilda. Biophysicienne brillante, elle réalise dans les années 1950 la célèbre “Photo 51”, une image cruciale qui permet d’identifier la structure en double hélice de l’ADN.
Sans cette photographie, Watson et Crick n’auraient jamais pu construire leur modèle. Pourtant, Franklin n’est jamais informée que son cliché a été transmis à ses collègues… qui s’empressent de publier leurs travaux quelques mois plus tard.
En 1962, le prix Nobel de médecine est attribué à Watson, Crick et Wilkins. Rosalind Franklin, morte quatre ans plus tôt et déjà largement tenue à l’écart du récit, ne reçoit aucun hommage officiel. Son rôle fondamental dans la découverte de la structure de l’ADN ne sera pleinement reconnu que des décennies plus tard, un cas d’école d’effet Matilda : une contribution majeure effacée, un nom masculin glorifié.

Lise Meitner, physicienne autrichienne, est à l’origine de la compréhension du phénomène de fission nucléaire. Pendant qu’elle fuit l’Allemagne nazie, elle continue à travailler avec son collègue Otto Hahn, qui réalise des expériences que Meitner interprète brillamment à distance. C’est elle qui comprend, mathématiquement et physiquement, ce qui se joue : la séparation du noyau atomique.
Mais lorsque les résultats sont publiés, Otto Hahn est seul signataire. Lise Meitner est entièrement absente de la publication, et plus tard, le prix Nobel de chimie de 1944 est attribué à Hahn, sans qu’elle ne soit même mentionnée.
Les historiens des sciences sont aujourd’hui unanimes : sans Meitner, la fission nucléaire n’aurait pas été comprise. Pourtant, elle reste l’une des grandes oubliées du XXᵉ siècle, une victime exemplaire de l’effet Matilda.

En 1967, Jocelyn Bell Burnell est doctorante en astrophysique et analyse des kilomètres de données provenant d’un radiotélescope. C’est elle, et personne d’autre, qui remarque un signal étrange : une série d’impulsions régulières, inconnues jusque-là. Elle vient de découvrir les pulsars, des étoiles à neutrons en rotation rapide, un phénomène astrophysique majeur.
Mais lors de la remise du prix Nobel en 1974, ce sont ses directeurs de thèse qui montent sur scène. Elle n’est même pas citée.
Aujourd’hui encore, cette décision est considérée comme l’une des plus grandes injustices de l’histoire du prix Nobel. Jocelyn Bell Burnell, avec un sens de l’élégance incroyable, finira par recevoir d’autres prix et reversera même une partie de ses récompenses pour soutenir des étudiants marginalisés. Mais la reconnaissance officielle, celle de son génie, elle ne l’a pas eue au moment où elle la méritait, un effet Matilda pur et simple.
On pourrait croire que l’effet Matilda appartient au passé, aux vieux labos poussiéreux et aux comités Nobel masculins en costume trois pièces. Mais non, il continue de façonner la reconnaissance scientifique actuelle.
Une étude menée par Harvard montre que les femmes reçoivent encore moins de prix, que leurs travaux sont moins cités et qu’elles sont largement sous-représentées dans les distinctions majeures. L’image collective que l’on se fait du “scientifique” reste très masculine, ce qui influe directement sur la visibilité des recherches menées par des femmes.
Nommer l’effet Matilda, c’est déjà un acte politique. Cela permet de comprendre comment l’Histoire s’est écrite et surtout comment elle a été racontée.
Cela réhabilite les femmes que les récits officiels ont oublié, cela interroge nos biais, cela inspire les jeunes générations de chercheuses, et cela montre clairement que la science n’a jamais été un club fermé réservé aux hommes.
Raconter ces histoires, c’est refuser que les prochaines Rosalind, Lise ou Jocelyn soient effacées. C’est rendre visible ce qui a été volontairement caché. Et c’est faire en sorte que le mérite cesse d’être un jeu de chaises musicales.
L’effet Matilda est bien réel : il a éteint des parcours, invisibilisé des génies et réécrit des pans entiers de l’Histoire scientifique.
Mais aujourd’hui, nous avons les mots, les recherches et la volonté pour réhabiliter celles qui ont changé le monde sans recevoir le crédit qu’elles méritaient.
Réécrire l’Histoire au féminin, c’est corriger une injustice. Mais c’est aussi se donner les moyens d’imaginer un futur où la reconnaissance ne dépend plus du genre.
Et ça, c’est peut-être la plus belle découverte de toutes.