Boomers vs Gen Z : qui est vraiment à la traîne ?
Écrit par Camille Croizé le
Boomers vs Gen Z : qui est vraiment à la traine ?
Écrit par Camille Croizé le
Boomers vs Gen Z : qui est vraiment à la traine ?
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Ah, le bon vieux mythe du "c'était mieux avant", Vvous l’avez sûrement entendu autour d’un dîner de famille : "Les jeunes ne savent plus écrire, ils ne lisent plus, ils ne réfléchissent plus !" . Cette vieille rengaine des boomers, comme un refrain nostalgique, refait surface à chaque génération. Pourtant, cette fois, certains pourraient bien avoir raison. Selon plusieurs études récentes, les jeunes générations semblent perdre en capacité d’attention et en esprit critique. Peut-être que, finalement, les boomers n'étaient pas si loin de la vérité ? Mais alors, faut-il vraiment croire à cette soi-disant régression ? Ou cette baisse apparente des compétences n'est-elle qu'une adaptation au monde numérique qui nous entoure ? Régression réelle ou simple changement de paradigme ?
D’abord, mettons les choses au clair : le QI moyen de l’humanité a augmenté tout au long du XXe siècle, un phénomène appelé l’effet Flynn. Mais depuis les années 2000, cette tendance s’inverse dans certains pays, comme la Norvège ou le Royaume-Uni. En cause ? Une transformation radicale de notre façon d’apprendre et de traiter l’information. Pour les boomers la situation se résume à cela : moins de lecture, plus de TikTok. Moins de concentration, plus de scrolling (oups).
Autrement dit, nous avons troqué notre cerveau de lecteur assidu pour un cerveau de consommateur digital, à la recherche du moindre pic de dopamine. Alors, même si cela n'est pas entièrement faux il est tout de même bon de rappeler qu'en 2022, au Royaume-Uni, 80 % des ventes de livres physiques ont été réalisées par des jeunes de 18 à 25 ans, un chiffre qui a contribué à une croissance globale de +3 % des ventes - pas mal, non ? Évidemment la Gen Z tombera d'accord sur le fait que scroller et lire un livre ne demande pas le même la même implication.

Par ailleurs, des tests menés par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) montrentune baisse du niveau en mathématiques - question d'implication ? Fort probable - et en compréhension de texte chez les jeunes de 15 ans. Aux États-Unis, l'étude "Monitoring the Future" de l’Université du Michigan a révélé une diminution des compétences analytiques des 18-24 ans. En clair : dans une certaine globalité, lire un pavé de trois paragraphes sans décrocher, c’est devenu un sport extrême. Une performance qui ferait pâlir nos ancêtres, qui n’avaient que leurs livres pour s’échapper.
Difficile de ne pas pointer du doigt nos écrans, omniprésents et omnipotents. L’avènement du numérique a remodelé notre cerveau : nous sommes passés d’une logique de concentration longue (merci les livres) à une logique de consommation rapide (merci les reels). Résultat : notre capacité à analyser une information en profondeur s’effrite, laissant place à des réflexes de zapping permanent. Il suffit de comparer une session de lecture d’un article scientifique de 15 pages avec un scroll de 10 minutes sur TikTok pour se rendre compte de l'ampleur du changement. Le cerveau fonctionne désormais en mode ‘fast-food’ (aka snack content), sans laisser de place à la digestion en profondeur. La Gen Z veut du rapide, du facile et de l'efficace. To the point sinon rien.

Pourtant, ce même Internet nous donne aussi accès à une masse infinie de savoirs. On peut suivre des cours gratuits sur la mécanique quantique ou apprendre le mandarin en deux clics. Le problème ? L’algorithme nous sert plutôt des vidéos de chats qui dansent et des threads (légèrement) complotistes. Autant dire que la frontière entre accès à la connaissance et abrutissement global est fine, très fine. Est-ce vraiment ça, l’intelligence ? Manipuler des vidéos virales ou avoir une opinion éclairée sur la physique des particules ? À chacun son critère de mesure.
Si l’on suit cette logique, on pourrait conclure que nos ancêtres, élevés au pain sec et aux encyclopédies, étaient des génies en puissance. Sauf que… pas vraiment. L’intelligence ne se mesure pas seulement en QI, en capacité scolaire ou en temps de lecture. Les jeunes d’aujourd’hui maîtrisent d’autres formes de compétences : ils savent coder, naviguer dans un flux constant d’informations et jongler avec des tonnes de données simultanément. Bref, ils sont multitâches comme jamais.
Alors oui, leur attention est plus volatile. Oui, ils préfèrent les résumés en 30 secondes à un essai de 300 pages. Mais cela signifie-t-il qu’ils sont "plus bêtes" ? Pas forcément. Peut-être juste qu’ils évoluent dans un monde où l’intelligence ne se définit plus uniquement par la capacité à lire Proust sans broncher. C’est une révolution en soi.
Les jeunes ont su s’adapter à un environnement où l’information est en constante évolution. Savoir naviguer dans ce flot incessant de données, trier ce qui est pertinent de ce qui est inutile, est aujourd’hui une compétence essentielle. En ce sens, leur intelligence a pris une forme différente, plus fluide, mais non moins pertinente.