Avortement illégal au Texas : une sage-femme inculpée, (bienvenue en 1925)
Écrit par Camille Croizé le
Avortement illégal au Texas : une sage-femme inculpée, bienvenue en 1925
Écrit par Camille Croizé le
Avortement illégal au Texas : une sage-femme inculpée, bienvenue en 1925
À lire aussi

Depuis que la Cour suprême a dynamité Roe v. Wade en 2022, le Texas s’est imposé comme l’un des États les plus hostiles au droit à l’IVG. Dernière illustration en date : l’arrestation de María Margarita Rojas, une sage-femme de 48 ans accusée d’avoir pratiqué des avortements illégaux dans ses trois cliniques de Houston. Une première dans cet État ultra-conservateur. Selon le procureur général Ken Paxton, elle est poursuivie pour "pratique illégale d’avortement" et "exercice de la médecine sans licence". Un cas qui en dit long sur la chasse aux sorcières en cours contre celles qui osent défier la législation anti-avortement.
Maria Margarita Rojas, sage-femme de 48 ans, est devenue le visage involontaire d'une guerre judiciaire qui ne cesse de s'intensifier aux États-Unis. Arrêtée et inculpée pour "pratique illégale d'avortement" et "exercice de la médecine sans licence", elle risque jusqu'’à vingt ans de prison. Cette inculpation est historique : elle fait d'elle la première personne poursuivie au pénal pour des avortements illégaux depuis que la Cour suprême des États-Unis a supprimé la garantie fédérale du droit à l'avortement.
Propriétaire de trois cliniques au nord-ouest de Houston, Maria Margarita Rojas était connue pour aider des patientes dans un État où l'IVG est interdite, même en cas de viol ou d'inceste. Son arrestation a provoqué un véritable électrochoc parmi les militantes pro-choix et relance les débats sur les conséquences des lois anti-avortement ultra-restrictives au Texas.

Depuis l'annulation de Roe v. Wade, le Texas est devenu l'un des États les plus répressifs en matière d'avortement. La loi interdit la procédure sauf si la vie de la femme enceinte est menacée – un critère volontairement vague qui complique les décisions médicales et met en danger les patientes. En pratique, les femmes doivent soit se rendre dans un autre État où l'IVG est encore légale, soit chercher des alternatives clandestines, au risque de poursuites judiciaires.
Le procureur général du Texas, Ken Paxton, a réaffirmé son engagement envers ces lois drastiques en déclarant : "Je ferai toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger les enfants à naître" et "défendre les lois pro-vie de notre État". Ces propos illustrent la volonté politique de criminaliser toute forme d'aide à l'avortement, et ce, au mépris des conséquences sanitaires et sociales pour les femmes concernées.
Maria Margarita Rojas n'est pas la seule professionnelle de santé à faire face à des sanctions judiciaires pour avoir aidé des femmes à avorter. En 2023, Margaret Carpenter, une médecin de New York, a été condamnée à une amende de 100 000 dollars et est poursuivie au pénal en Louisiane pour avoir prescrit des pilules abortives à distance à des patientes vivant dans des États interdisant l'IVG.
Cette multiplication des poursuites judiciaires crée un climat de peur parmi les soignants. Beaucoup d'entre eux doivent choisir entre respecter leur serment médical et risquer la prison, ou refuser d'aider des patientes en détresse.
L’affaire illustre la réalité glaçante des restrictions sur l'avortement aux États-Unis. Pour les femmes du Texas, les options sont de plus en plus limitées : voyager vers un État voisin, se tourner vers des organisations clandestines ou tenter d'obtenir des médicaments abortifs par correspondance, au risque de se retrouver elles aussi poursuivies.
Pendant ce temps, les associations de défense du droit à l'avortement continuent de se battre pour offrir des alternatives aux femmes en difficulté. Mais face à une justice de plus en plus répressive, la marge de manœuvre se réduit de jour en jour.
Le Texas envoie un message clair : toute personne impliquée de près ou de loin dans un avortement illégal sera traquée et punie. Une stratégie qui risque d'avoir des conséquences dramatiques pour les femmes les plus vulnérables, et qui montre une fois de plus que la guerre contre l'IVG est loin d'être terminée.