Un été avec Natoo, queen d’Internet depuis 2011
Écrit par Juliette Gour le
Écrit par Juliette Gour le
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Pour notre cover estivale, on voulait vous surprendre. Vous offrir un entretien avec celle qu'on a tous l'impression de connaître et qui a tantôt été notre bonne copine, notre grande sœur et peut-être même notre tati un peu loufoque.
Natoo (ou Nathalie pour les intimes), c'est une avalanche gargantuesque de chiffres. Sur Youtube depuis 14 ans — soit toujours (ou presque) pour le monde d'Internet — elle cumule les millions comme personne : 4 sur Instagram, 5,18 sur Youtube, 2 sur TikTok... S'ajoutent à ça Facebook et Twitch. Ça en fait du follower et on est prêtes à parier que vous la suivez au moins sur l'un des réseau.
Longtemps considérée comme "la caution féminine du Youtube français", Natoo a paved the way (ouvert la voie), à une époque où les femmes se faisaient bien rares sur les plateformes. Elle est l'une des premières à avoir fait de l'humour, à avoir osé le ridicule... et à avoir créé un genre de vidéo. Au début, Natoo, c'était surtout des petites capsules un peu loufoques, rythmées par des grimaces et des perruques. Maintenant, ce sont de grandes vidéos bien produites, avec des invités de choix.

Durant toute sa vie digitale, elle a vu les modes changer et les choses évoluer, mais elle est toujours restée à la page. Pourquoi ? Parce qu'elle a su se renouveler, et finalement c'est peut-être ça le secret de sa longévité.
Son dernier grand coup d'éclat ? Sa participation à Danse avec les Stars d'Internet, une version 2.0 du programme de TF1, diffusé en direct sur Twitch. Si nous, on retient évidemment sa performance incroyable sur Dua Lipa, les mauvais esprits du net sont restés bloqués sur son âge, comme si on ne pouvait pas être radieuse à 39 ans. C'est aussi ça la vie des femmes dans l'univers digital : c'est être critiquée en permanence sur son âge, son physique, ses vannes... Comme si juste être soi n'était pas suffisant.
Pour cette cover d'été, on a donné rendez-vous à Natoo au bord d'une pistoche, celle du Mob House à Saint Ouen. On a parlé de beaucoup de choses, on a rit et on a demandé des nouvelles Rocco, le cochon en plastique, star des premières vidéos de sa chaîne.
Allez, on vous présente la Queen d'Internet.

Natoo : C'est vrai que c'était un peu le Far Ouest au début. On n'était pas beaucoup de femmes. Il y avait Andy Raconte, EnjoyPhoenix, moi et mes connaissances s'arrêtent là en matière de Youtubeuses. Mais c'était quand même charmant, parce qu'on faisait tout avec les moyens du bord. Je me filmais avec un appareil photo en mode vidéo, il y avait 5 pixels à l'image, pas de lumière, un son exécrable... J'improvisais et je m'amusais énormément.
Oui, c'était de l'impro. Je faisais semblant d'être au téléphone avec une copine en lui disant "ça y est, j'ai lancé ma chaîne Youtube, je pense que seuls 2-3 clampins vont regarder, ça ne va rien donner, mais on verra". C'est fou de se dire que, dès le début, je pensais que ça n'allait pas marcher. Ne cherchez pas cette vidéo, elle est en privé.
Alors non, mais je me rappelle du premier commentaire négatif, c'est fou comme on ne retient que le négatif. C'était un commentaire sur mon physique. "Regarde la taille de tes cuisses, tu pourrais étrangler quelqu'un avec". C'est un commentaire à double effet, parce que ça sous-entend aussi que je suis une femme puissante. C'était trop bizarre. C'est aussi à ce moment là que j'ai découvert que des gens qui ne nous connaissent pas se permettent d'avoir un avis sur ton physique, ton apparence ou ta personnalité et qu'ils osent te le dire.


Malgré ça, j'ai continué, parce que je m'amusais beaucoup. C'était vraiment un loisir pour moi, qui tranchait avec mon quotidien de gardienne de la paix. C'est un métier assez sombre, on t'appelle une fois que le mal est fait... Les vidéos m'aidaient à alléger mon quotidien et c'est parce que ça me faisait du bien que j'ai continué et un jour ça a pris.
Oui, c'est super bizarre à dire, mais il y a de l'amour là-dedans. J'ai été prise dans un tourbillon d'excitation, nourri par les gens qui regardent, qui likent, qui commentent... Et c'est sûrement tout ce love qui m'a poussé à persévérer.
Oh la la, ça c'est un peu triste (rires). C'est vrai que dans mes vidéos, il y avait un cochon qui s'appelait Rocco. Il n'y avait pas beaucoup de feat and fun à l'époque... Je n'avais personne pour jouer dans les vidéos avec moi, alors j'ai adopté Rocco. Je l'ai trouvé dans une animalerie, initialement, c'est un jouet à destination canine. C'était mon pote de vidéo, on a eu plein d'aventures cochonnes ensemble et un jour, après un déménagement, il a disparu. Il faudrait que j'enquête pour savoir ce qu'il est devenu... Ou que je demande à Bataille et Fontaine de m'aider à le retrouver.
C'est drôle, il y a beaucoup de gens qui viennent me dire qu'ils ont grandi avec mes vidéos. Ça me fait toujours super plaisir... et ça me met parfois un petit coup de vieux. En réalité, c'est très flatteur de marquer les esprits ou la période de vie de quelqu'un. Moi par exemple, je me rappellerais toute ma vie de Dorothée. C'est peut-être aussi pour ça que j'essaye de toujours proposer de nouveaux concepts : pour ne pas décevoir les anciens et séduire les nouveaux viewers. En réalité, rien n'est acquis et c'est chouette de toujours se challenger.
Oui, il est possible que les femmes n'osent pas se lancer, juste parce qu'elles ont conscience que s'exposer, c'est devenir la cible des commentaires haineux. Dès que c'est une femme à l'écran, on remet en question sa légitimité, si tu fais de l'humour, on te dit de retourner dans la cuisine. C'est fou comme rien n'a changé en 14 ans. C'est un fait : pour se lancer en ligne, il faut être bien accroché.
S'ajoute à ça le manque de confiance que l'on retrouve plus chez les femmes... Forcément ça empêche de se lancer. Même dans la nouvelle génération de créatrices, elles ont beau être drôles et sublimes, elles doutent encore d'elles-mêmes. Heureusement, les choses commencent un peu à changer, parce qu'il y a de plus en plus de femmes qui osent, mais ça reste lent.
Toujours oui. Léna a popé comme ça il y a 4-5 ans, elle a tout explosé. Évidemment qu'il est toujours possible de se faire une place. En revanche, ce n'est pas facile pour autant. Il faut savoir sortir du lot, se démarquer. Aujourd'hui, il y a beaucoup de volontaires pour peu d'élus. C'est comme pour les chanteurs ou les comédiens, la concurrence est rude, donc faut s'accrocher.

C'était assez fou effectivement. Les gens ont bloqué dessus, il y a beaucoup d'articles... En fait il serait temps que les gens arrêtent de penser que passé 30 ou 35 ans, il faut tout arrêter et rester à la maison. J'ai beaucoup de commentaire qui me reprochent presque de ne pas avoir fondé de famille, de ne pas avoir d'enfants. Le mot honte revient beaucoup. C'est comme si j'avais raté ma vie, simplement parce que j'ai choisi de faire autre chose.
J'ai l'impression qu'une fois de plus, on le reproche aux femmes de trop s'exposer ou de ne pas porter des tenues "adaptées à leur âge". Sophie Davant a eu des reproches similaires dans la presse lors de son passage à Danse avec les Stars. Et le pire, c'est que les messages venaient de femmes de son âge.
En fait, au bout d'un moment, on se rend compte que les gens projettent leurs angoisses et leur insécurités sur les personnalités publiques. Les gens commentent pour se soulager sans se demander comment la personne en face va recevoir le commentaire. Toutes les personnes qui jugent le fait que je n'ai pas d'enfant ne se sont jamais demandé si j'avais des problèmes de santé, si j'étais infertile ou si j'avais fait des fausses couches... C'est assez lunaire comme situation. Heureusement, j'arrive à prendre du recul parce que ça fait un moment que je suis sur Internet et que j'ai commencé à m'exposer à 26 ans, j'étais déjà un peu blindée contre la vie.
C'est trop chouette de pouvoir s'amuser sur plein de sujets, pleins de concepts et plein de plateformes différentes. Je choisi mes projets avec le cœur. Si je sens que je vais m'amuser, j'y vais. Pour le coffee shop par exemple, l'idée était de pousser ma DA pour avoir un lieu concret, qui existe au-delà du virtuel. Je ne me mets pas de limites et c'est trop bien.
En 14 ans, je me suis rendue compte que j'avais beaucoup de chance de pouvoir travailler avec mes amies. Ma manageuse, je la connais depuis 8 ans, c'est mon bras droit. On était amies avant et maintenant elle gère ma carrière depuis 4 ans. Il y a aussi Vanessa Via, qui est devenue ma coordinatrice de projets. C'est ma meilleure amie dans la vie, on vit en collocation.. En fait je ne travaille qu'avec des gens que j'aime et j'ai une chance inestimable de pouvoir faire ça.
De continuer à m'amuser et de toujours avoir la fibre créatrice. C'est drôle mais, mon âge m'a mis un petit coup de boost. Je suis plus encline à tester de nouvelles choses, de sortir de mes habitudes. Je teste plein de nouveaux formats, des concepts, je vois si ça marche ou pas. Vu que ma chaîne, c'est mon bébé, je n'ai pas envie de l'abandonner.
Elle hallucinerait de ce que c'est devenu (rire). Je pense que je ne lui dirais rien pour qu'elle continue à faire comme elle a fait. Si je lui donne trop de conseils, elle va se mettre à réfléchir et elle va perdre en spontanéité. Ce que je faisais il y a 14 ans, je ne le ferais plus aujourd'hui. Sur le Youtube d'avant, il y avait plus de lâcher prise et c'est ce qui était séduisant. Je la laisserais faire des bêtises et découvrir ce que la vie lui réserve.
Propos recueillis par : Juliette Gour
Vidéo : Adèle Simper et Ilona Lemaire
Photographie : Lisa Miquet
Stylisme : Marguerite Marin
Coiffure et maquillage : Maude Gobet