La série espagnole Olympo : dystopie sportive ou miroir trop réaliste de notre société ?
Écrit par Camille Croizé le
La série espagnole Olympo : dystopie sportive ou miroir trop réaliste de notre société ?
Écrit par Camille Croizé le
La série espagnole Olympo : dystopie sportive ou miroir trop réaliste de notre société ?
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Depuis le 20 juin, impossible de faire trois scrolls sur Netflix sans tomber sur elle, la nouvelle série espagnole Olympo survitaminée s’annonce déjà comme l’héritière très dopée d’Elite. Exit les lycées privés madrilènes : cette fois, c’est dans un centre d’excellence sportive niché au cœur des Pyrénées que l’action se déroule. Au programme : des jeunes athlètes triés sur le volet, une compétition féroce pour décrocher une place aux Jeux Olympiques, un contrat avec une marque de sportswear ultra-puissante, et une ambiance aussi tendue qu’un muscle surmené. Parmi eux, Amaia — interprétée par Clara Galle —, capitaine d’une équipe de natation synchronisée, voit son monde s’effondrer le jour où sa meilleure amie Núria — interprétée par Maria Romanillos — la surpasse. Bizarrement, d'autres membres du centre se mettent, elles aussi, à progresser de façon fulgurante... trop fulgurante. Il ne faut pas longtemps pour que la série bascule dans une dystopie médicale, où le sport de haut niveau sert de vitrine à un système bien plus trouble : celui d’un contrôle total sur les corps, les émotions et les performances.
Sous ses allures de teen drama sexy, Olympo devient alors une critique déguisée — mais pas tant que ça — de l’industrie du sport, du culte de la performance, et de la brutalité silencieuse qui broie les plus vulnérables. Et si cette série vous met mal à l’aise, c’est peut-être parce qu’elle met le doigt là où ça fait mal.
Dès les premières minutes, Olympo annonce la couleur : on n’est pas là pour parler cardio, on est là pour vendre du fantasme. Les visages sont lisses, les abdos découpés comme dans une pub Calvin Klein, et même les douleurs semblent chorégraphiées. Chaque scène transpire la maîtrise, la beauté froide, l’image parfaite. Mais cette perfection est précisément ce qui dérange. Parce qu’elle transforme la souffrance en spectacle. Parce qu’elle gomme la fatigue, les crampes, les doutes, pour ne garder que l’esthétique. Il n’y a pas de sueur, pas de panique, pas d’échec : seulement des corps jeunes, beaux, silencieusement torturés. On est loin du réalisme d’un documentaire sur les JO, et beaucoup plus proche d’un fantasme visuel où l’endurance devient sexy, tant qu’elle ne dépasse pas le cadre.
Le centre de préparation Pirineos est censé former l’élite du sport espagnol. Ce qu’il fait surtout, c’est fabriquer des corps dociles, performants, rentables. Ici, tout est mesuré : le sommeil, les repas, les cycles menstruels, les émotions. Et quand les performances plafonnent, des "solutions" apparaissent, testées à demi-mot, glissées comme un secret honteux : hormones, stimulants, protocoles mystérieux. Olympo ne prend même pas la peine de camoufler ce que la série met en scène : un système de dopage institutionnalisé, savamment organisé, où les athlètes deviennent des cobayes consentantes, tant que les résultats suivent. Cela rappelle tristement la réalité de nombreuses affaires sportives réelles, où les corps féminins ont été instrumentalisés, contrôlés, parfois détruits — le tout sous couvert d’excellence nationale.
Dans Olympo, ce ne sont pas seulement les performances qu’on dope, c’est la norme elle-même. La série met en lumière un système où l’excellence justifie tout —même les risques invisibles, même les dommages permanents. Les entraîneurs ne forcent rien, mais ils savent exactement comment suggérer, comment flatter l’ego ou culpabiliser pour que les doutes fassent le reste. Et ce sont souvent les jeunes femmes qui trinquent. Parce que leur corps est vu comme instable, cyclique, imprévisible — donc à contrôler. Parce que leur résistance physique est encore trop souvent sous-évaluée. Parce qu’une athlète qui ose dire qu’elle a mal, qu’elle est fatiguée ou qu’elle veut s’arrêter sera immédiatement remplacée.
Ce contexte nous montre que la santé devient un dommage collatéral, sacrifiée pour de meilleures stats, une médaille de plus, un contrat publicitaire en or. Olympo parle de dopage, oui — mais surtout d’un dopage systémique, lent, insidieux, qui conditionne les filles à croire que se taire est synonyme de succès. Et que tout peut être négocié, sauf leur souffrance.
Le duo Amaia-Núria incarne cette tension entre loyauté et ambition, entre dépassement et effondrement. L’une est capitaine de l’équipe de natation synchronisée, l’autre sa meilleure amie — jusqu’à ce qu’elle devienne sa rivale. Leur relation, au départ complice, devient un champ de mines dès que la performance entre en jeu. Et c’est tout l’intérêt d’Olympo : montrer que dans un système où la réussite est individuelle, la sororité devient dangereuse.
Pour survivre, il faut trahir. Son corps, d’abord — en acceptant de le pousser toujours plus loin, jusqu’à l’absurde. Puis ses proches, en rompant les liens crées pour rester en tête du classement. C’est violent. Et terriblement crédible. Parce que ce que raconte Olympo, c’est aussi ce que vivent beaucoup de jeunes femmes dans des environnements compétitifs où la féminité est perçue comme une faiblesse, et l’ambition comme une trahison programmée.
Si Olympo dérange, ce n’est pas parce qu’elle exagère. C’est parce qu’elle met en image ce que notre société fait déjà subir aux corps des femmes, surtout quand ils sont jeunes, beaux, et prometteurs. À travers ses intrigues dopées au scandale (et pas que), la série révèle une obsession contemporaine : celle de contrôler, lisser, formater. Dans le sport, mais aussi dans la vie. Être performante, rentable, désirable, et surtout ne jamais flancher. Le message est limpide : vous êtes un corps avant d’être un être. Et vous n’êtes utile que tant que ce corps obéit. À la minute où il craque, il est remplaçable. Olympo n’est pas une série sur le sport à proprement parler. C’est une dystopie sur l’obsession de la perfection. Et comme souvent, ce sont les femmes qui en paient le prix.