Sally : Reine de Cœur
Écrit par Florina le
Pour cette Cover de Saint-Valentin, on voulait une femme qui incarne l’amour sous toutes ses formes : l’amour de soi, l’amour des autres et celui de ses racines. On a décroché un moment avec Sally, une créatrice de contenus tout-terrain qui a décidé de faire des réseaux sociaux le porte-voix de tous les sujets qui lui sont chers.
On l’a découverte en 2018, partageant ses secrets capillaires à une époque où les réseaux manquaient cruellement de reflets pour les jeunes filles noires. Quelques années plus tard, le changement d'échelle est vertigineux. Sally est passée de la vulgarisation juridique à des interviews vues par des millions de personnes, s'asseyant face aux plus grandes stars hollywoodiennes, d’Ariana Grande aux icônes du tapis rouge.
Mais ce qui fascine chez elle, c’est l'absence de compromis. Elle navigue avec la même aisance entre un documentaire engagé au Bénin pour sa série Motherland et l'éclat des projecteurs internationaux. Rencontre avec une femme de son époque, qui impose sa voix sans jamais baisser le ton.

Sally : C’était un mélange d’excitation et de responsabilité. Quand j’ai lancé ma chaîne, j’avais tout de suite conscience de l’enjeu de représentation. On n’était pas beaucoup de femmes noires à parler de cheveux afro naturels en France. Très vite, j'ai compris que mes vidéos n'étaient pas juste des tutos, mais des outils pour que des jeunes filles apprennent à se trouver jolies telles qu'elles sont. C’est toute une déconstruction à faire quand on grandit dans une société où la norme de beauté reste le cheveu lisse. J'ai voulu apporter ma petite pierre à l'édifice, puis naturellement, mes études en droit pénal ont repris le dessus et j'ai commencé la vulgarisation. Mais cette "mission" de départ, elle ne m'a jamais quittée.
Complètement ! Ma mère prenait super soin de mes cheveux et m’interdisait de les défriser. Mais à l'adolescence, vers 14 ans, je voulais désespérément rentrer dans le moule. J'ai craqué pour le défrisage et ça a été un désastre. Ma mère était tellement fâchée qu'elle ne voulait plus m'aider ! (rires) J'ai dû faire toute mon éducation capillaire seule avec des blogs américains. À 18 ans, j'ai fait mon big chop : j'ai tout coupé pour que ça repousse sainement.
Apprendre à se trouver belle avec ses cheveux naturels, c'est apprendre à se mettre soi-même sur un piédestal sans attendre l'avis des autres. Aujourd'hui, mes cheveux sont devenus une signature, une manière d’affirmer mon identité et d’exister dans l’espace public. Les cheveux, c’est politique aussi.
C'est ancré dans mon ADN. Ce que je fais sur les réseaux, au-delà de l’actualité, c’est de la vulgarisation juridique pure. Ma manière de travailler reste celle d'un bon vieux cas pratique à la fac : je construis mon raisonnement avec des arguments et des résultats. Je pense que le switch entre la vocation du droit et de la criminologie aux réseaux s'est fait assez naturellement parce que, finalement, ce que je préfère, c'est décortiquer l'humain.
Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment identifié le moment précis où tout est devenu "viral". Encore aujourd'hui, j'ai du mal à réaliser l'ampleur de ce qui m'arrive, et ce n'est pas de la fausse humilité. Cette forme de naïveté est une force : elle me pousse à me renouveler sans cesse, même si elle m'empêche parfois de me poser pour apprécier le chemin parcouru.
Ce qui m'a vraiment fait comprendre que mon travail devenait de plus en plus apprécié, c’est la diversité des retours. Un jour, c’était un groupe de filles, le lendemain, un groupe de garçons... C'est là que je me suis dit : "Ok, je commence à parler à tout le monde". Mon objectif a toujours été d’utiliser ma voix, et je suis simplement heureuse de voir qu’elle est entendue par un maximum de personnes.


Pas du tout. Avant, on m’associait à mon documentaire ou à mon interview avec Denzel Washington. C'est le jeu : les gens vous découvrent souvent par un "coup d’éclat". Cette interview avec Ariana Grande et Cynthia Erivo a été une étape majeure dans mon travail. Les mots qu'elles ont eus à mon égard me portent encore aujourd'hui. Je suis à jamais reconnaissante envers ces deux femmes et ça ne me dérange pas du tout d’y être associée.
Honnêtement, Denzel Washington reste un moment suspendu, presque hors du temps. Et puis il y a eu Ariana Grande et Cynthia Erivo : c'était de la sororité pure. Au-delà de l'exercice, ce que je cherche, c'est créer un lien.
J'ai eu des moments exceptionnels avec The Weeknd, qui est d’une douceur incroyable, ou Adèle, qui est une femme géniale. Avec Spike Lee, on a ri pendant trente minutes ! C’est d'ailleurs avec lui qu'on a évoqué la sortie d'un gros documentaire sur le Bénin. C'est ça qui me fait vibrer, quand l'échange débouche sur quelque chose de plus grand.
Motherland, c’est une aventure que j’ai lancée il y a déjà quatre ans pour découvrir l’Afrique avec mon propre regard, ma narration et surtout à travers les rencontres humaines. Après le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun, j’ai voulu braquer les projecteurs sur le Bénin, mais avec un angle très précis : la culture Vaudou.
Mon but était de montrer comment l’Islam, le Christianisme et le Vaudou cohabitent en parfaite harmonie. Vue de France, cette coexistence peut sembler impossible ou conflictuelle, mais là-bas, c'est une réalité fluide. Chacun vit sa foi dans le respect de l'autre. C’est une philosophie qui m’a profondément marquée : je pense qu’on a encore énormément de leçons à tirer de l’Afrique et plus précisément, du Bénin.

Aujourd’hui, une femme célibataire est avant tout une femme qui cherche à s’accomplir, à s'investir dans sa carrière, mais pas seulement. C’est une personne qui souhaite s’épanouir et apprendre à s'aimer avant de s'engager avec autrui.
Pourtant, les clichés ont la vie dure. Si une femme est seule, on imagine souvent qu’elle n’a pas trouvé l’âme sœur ou qu’elle finira "vieille fille" avec ses chats. À l'inverse, pour un homme, cela semble naturel : on le voit comme un séducteur qui a tout le temps devant lui. Il est essentiel de redéfinir cette vision du célibat et de cesser d’en faire un indicateur de réussite ou d’échec social.
Une femme célibataire, c’est une femme qui peut s’intéresser à sa carrière, à sa santé mentale, à son développement personnel, à son épanouissement physique et spirituel, avant de se sentir prête à entrer en relation. C’est essentiel de se sentir bien avec soi-même avant d’être en couple : cela évite les relations toxiques, les blessures qui s’approfondissent, et permet d’envisager d’autres perspectives que le schéma classique du couple et des enfants. Il y a mille façons de construire sa vie.
Pour moi, le self-love est profondément politique. Ce n’est pas seulement faire du yoga ou un masque de beauté le soir. C’est s’assumer telle qu’on est : dans ses combats, dans sa manière d’être, et dans la vision de la femme que l’on veut devenir. C’est se sentir en paix avec celle que l’on était, celle que l’on est et celle que l’on sera.
Cela passe par l’utilisation de ma voix au quotidien : sur les réseaux sociaux, mais aussi dans ma vie de tous les jours. C’est la manière dont je traite les gens, l’énergie que je dégage, j’essaie de faire en sorte qu’elle soit la plus solaire possible. Le self-love, c’est entrer dans une pièce sans avoir honte. C’est assumer ses choix sans baisser la tête face à ceux qui nous trouvent “trop” ou “pas assez”. C’est avoir confiance en soi, aller au bout de ses objectifs, incarner ses valeurs et rester ferme sur ses positions.
C’est dans ma nature. Depuis toute petite, j’adore écouter l’autre.. Au-delà des propos que je pourrais obtenir, ce qui compte pour moi, c’est la rencontre.
Beaucoup cherchent le moment viral ou la polémique. Moi, je veux juste que la personne se dise : "J'ai eu une super conversation". Parfois, rien d'éclatant n'en ressort, mais deux êtres humains qui n'auraient jamais dû se croiser ont échangé. C’est ce qui manque le plus au monde aujourd'hui, on discute de moins en moins.
Mes amis s'en amusent, car je peux discuter avec un chauffeur de taxi comme avec une star internationale. C'est de là que je tire mes plus belles leçons de vie. L’humanité est géniale quand on prend le temps de se connecter les uns aux autres.


Être l’une des créatrices de contenu noires les plus identifiées en France est à la fois une force et une pression. Une pression, parce qu’on a conscience de porter la voix d’une communauté, qu’on le veuille ou non. On s'efforce de le faire du mieux possible, mais on reste humaines : on ne peut pas être exemplaires en tout point, tout le temps.
C’est aussi une force et une fierté. Pouvoir utiliser ma voix et la place que j’occupe pour mettre en lumière des sujets importants, pour initier des conversations dans des milieux qui m'étaient jusque-là fermés, et tenter de faire évoluer les mentalités de l’intérieur... c’est précieux. Je le ressens comme un devoir.
Il y a effectivement cette sensation de devoir être irréprochable. En France, quand on est une femme noire, exister dans l’espace public peut être complexe. On hésite parfois à prendre la parole par crainte d’être exclue. Mais en même temps, le cœur nous pousse à nous exprimer. Il faut alors trouver la bonne manière de le faire pour que ce ne soit pas perçu comme de l’agressivité, à cause des clichés qui persistent.
C’est en cela que mon existence est politique. Au fond, je ne devrais pas me poser autant de questions sur la forme de mon discours ; je devrais me sentir libre de dire ce que j’ai à dire. C'est pourquoi il est crucial pour moi d'utiliser ma voix, mais aussi d’encourager les autres à porter la leur. Il faut que nous soyons beaucoup plus nombreuses.
Pour la Saint-Valentin, que les femmes soient en couple ou non, je leur souhaite de prendre soin d’elles. Pas seulement le 14 février, mais chaque jour de l’année. Le plus important dans une vie, ce n’est pas le statut amoureux, c’est l’épanouissement personnel. Le reste n'est que du bonus.
C’était génial ! L’équipe était 100% féminine, et c’est important de le noter.
J’ai adoré le thème "Reine de Cœur". C’est parfait pour une Saint-Valentin où l'on ne parle pas uniquement de romance, mais de nous, de nos accomplissements et de ce que nous offrons au monde.