Rosa Bursztein : “Je ne veux pas être la meuf qui… Je veux juste être moi”
Écrit par Juliette Gour le
Écrit par Juliette Gour le
Tags :
coverÀ lire aussi
Il y a des femmes qu’on admire pour ce qu’elles font, et puis il y a celles qu’on admire pour ce qu’elles sont. Rosa Bursztein coche, sans trop forcer, les deux cases. Elle n’a pas eu besoin d’un plan de com ou d’un buzz TikTok pour atterrir dans notre radar. Elle est arrivée là où elle est avec ses armes à elle : son franc-parler, son regard doux et sa capacité hors norme à mettre les pieds dans le plat avec une grâce déconcertante.
En quelques années, Rosa s’est imposée comme une figure essentielle du stand-up français — mais aussi comme bien plus que ça. Actrice, podcasteuse, scénariste, chroniqueuse... Difficile de la faire rentrer dans une case, à moins qu’on invente celle de “femme libre, bordélique et brillante”. Elle dit tout haut ce que beaucoup taisent, mais sans jamais jouer la carte de la provocation gratuite. Son podcast au titre frontal, Les Mecs que je veux ken, en est la preuve : ce n’est pas un podcast sur les mecs, ni sur le cul. C’est un podcast sur elle, sur nous, sur le désir, les contradictions. Un terrain glissant qu’elle maîtrise comme si elle avait fait ça toute sa vie.

Rosa, c’est une voix, une façon de rire, de formuler, de regarder le monde en biais. Une femme qui n’a pas peur de parler de fausse couche un jour, de son mec le lendemain, et de la haine en ligne le surlendemain. Une funambule de l’intime, qui avance sans filet mais avec beaucoup de courage.
Dans son spectacle Dédoublée, elle s’attaque à un sujet qu’on connaît trop bien sans jamais vraiment le comprendre : la quête de l’autre. L’amour, le couple, le célibat, la maternité fantasmée, l’obsession de réparer quelque chose, chez soi ou chez l’autre. Et surtout, cette étrange sensation d’être plusieurs femmes à la fois — sans réussir à choisir laquelle garder.
Autant vous dire qu’on n’allait pas rater une occasion d’aller lui poser quelques questions. Pas pour percer le “mystère Rosa” — on sait déjà qu’il ne se laisse pas résoudre — mais pour tenter de comprendre comment elle fait pour tenir debout, avec toutes ses casquettes, ses doutes, ses engagements, et cette envie viscérale de faire rire.


Le temps d’une matinée, on a parlé de tout : de son amoureux, de la réalité d’être une femme drôle sur les réseaux (spoiler : c’est souvent l’enfer), et de ce que ça fait de grandir... Avec son rire culte en bande-son et sa lucidité en fil rouge.
Est-ce qu’on a réussi à savoir quelle Rosa domine toutes les autres ? Franchement, on ne sait pas. Mais c’est sans doute pour ça qu’elle nous fascine autant.
Rosa Bursztein. Au début, je voulais être boulangère, pour pouvoir manger autant de pain au chocolat que je voulais, mais l'envie de faire de la scène a rapidement pris le dessus. J'ai commencé le théâtre à 8 ans et c'est à partir de là que j'ai voulu être comédienne. Plus précisément, je voulais être Kate Winslet, parce que Titanic (et Léo), mais surtout pour pouvoir changer de peau et jouer plein de personnages.
Petite, j'étais plutôt rêveuse, mélancolique et très studieuse. Mais à l'adolescence, tout a changé : je suis devenue plus déterminée, j'avais un fort caractère qui me poussait à être soit très insolante, soit très fanatique des profs que j'adorais. J'aimais aussi faire le show, encouragée par ma mère – peut-être un peu trop (rire).

Je pense que je suis devenue adulte vers 11-12 ans, juste après ma bat mitzvah. C'est une célébration qui marque le passage de l'enfance au monde des adultes. J'ai pris ça très au sérieux et je me suis immédiatement sentie responsable. En fait, ça m'a très rapidement donné un sentiment d'autorité et je n'avais pas peur de tenir tête aux gens plus vieux que moi... Mais c'est peut-être aussi lié au fait que mes parents nous ont toujours mélangé avec les adultes, sans distinction : on avait le droit de poser des questions, de donner notre point de vue... C'est aussi quelque chose qui aide beaucoup.
Je crois qu'en ce moment j'aime bien la Rosa qui ne travaille pas (rires). Je suis un poil obsédée par le taff et au contact de mon copain, j'apprends à être plus cool. Aujourd'hui, à 35 ans, je m'autorise enfin à me laisser un peu plus porter par l'instant présent, sans me soucier de ce que j'ai à faire ou du podcast que je dois poster.

Initialement, je voulais un peu renverser les rapports de pouvoir avec ce podcast. En faisant des hommes mon sujet principal, je voulais les objectifiers, leur dire pourquoi ils m'attirent. Mais avec le temps, le podcast a évolué, j'ai eu des invitées féminines avec lesquelles j'ai eu des discussions hyper profondes sur la carrière, les échecs... Les gens ne retiennent que le côté "cul", mais pour moi, plus que le sexe, il y a une volonté très féministe, émancipatrice... C'est une façon de faire passer des messages autrement.
C'est vrai, comme beaucoup de femmes, activistes, journalistes, humoristes, je suis confrontée au harcèlement en ligne. Franchement, c'est pas facile. Ce qui m'aide c'est de rencontrer les gens dans la vie, c'est de faire le spectacle et d'aller à la rencontre des spectateurs après. Ça, ça m'ancre dans le réel. Mais c'est vrai qu'Instagram ça peut être très toxique, ça peut vraiment déprimer. C'est l'accumulation des insultes gratuites qui est particulièrement violente. À un moment j'ai voulu sensibiliser sur le sujet, et en même temps ce qui est délicat c'est que je suis humoriste, donc je veux rester rigolote, je veux pas non plus qu'on me plaigne. Parfois j'ai envie de montrer les screens de tous les messages de haine que je reçois... Et en même temps, j'ai pas envie de gâcher la journée des gens. Heureusement, j'ai la scène, c'est ma safe place. C'est rare que les spectateurs soient agressifs. La plupart du temps ils ont payé une place de spectacle pour venir, ils ont envie. J'entends leur rire, leur applaudissement, même avant que je monte sur scène... C'est une véritable bouffée d'amour et ça tranche totalement avec Instagram.
C'est un spectacle dans lequel j'ai voulu parler de la quête de l'autre. De comment on trouve quelqu'un avec qui ça marche, en décortiquant la rencontre amoureuse et les différents mécanismes liés à la sortie du célibat. J'y aborde donc la vie à deux, mais aussi le thème de la maternité : le désir de se dédoubler, la congélation d'ovocytes, l'envie de maternité, l'expérience de la fausse couche...


La Rosa d'aujourd'hui, elle est peut-être un poil plus complexe. Elle est surtout perdue entre beaucoup de sujets : l'envie de parler de la malédiction des femmes de sa famille, du quotidien, de l'actualité et de tout le reste. J'ai parfois du mal à me résumer... Mais c'est aussi pour ça que je continue dans l'humour en essayant d'être le plus multiple possible. Je ne veux pas être "la meuf qui...", je veux juste être moi, Rosa.
Elle serait soulagée. À 15 ans j'étais à fond dans les lectures des Liaisons Dangereuses... J'étais obsédée par les récits de domination, les relations toxiques... Je suis très contente de m'être déconstruite avec le temps.
Oui ! Le pire, c'est mon oncle – qui est psy – qui me l'a donné. Il m'avait dit "il faut que tu trouves un homme qui te domine intellectuellement"... Alors qu'en réalité, vraiment pas, mais je pense qu'inconsciemment ça m'a influencé pendant longtemps.
Le meilleur, c'est ma maman qui me l'a donné : c'est "sois ta propre meilleure amie" et elle avait raison.
Comme ça je pense à Marie de Brauer, ma camarade dans ZoomZoomZen [une émission de France Inter - ndlr]. C'est une humoriste formidable, très drôle, très intelligente, avec un super podcast – Tchatcheuse. Il y a aussi la géniale Laura Domenge, une humoriste hyper engagée. Et celle qui m'a donné envie de faire du stand-up, Marina Rollman. On s'écrit de temps en temps. C'est quelqu'un d'hyper sorore et on sent que ça ne lui demande pas d'effort (c'est peut-être son côté suisse).

Retrouvez Rosa Bursztein sur scène dans son spectacle Dédoublée au théâtre de la Renaissance à Paris et en tournée dans toute la France à partir de juin 2025, mais aussi dans la saison deux de l'1 dans l'autre sur Youtube, dès le 9 mai.
Propos recueillis par : Juliette Gour
Vidéo : Adèle Simper et Ilona Lemaire
Photographie : Maya Stojic
Stylisme : Carine Malonda
Coiffure et maquillage : Mélanie Vergnol
Production : Juliette Roinard
Assistante : Erine Viallard
Merci à l'hôtel de l'Abbaye dans le 6e arrondissement pour leur accueil chaleureux.