Maria Egan (Riot Games) : la femme qui orchestre la musique de League of Legends, Valorant et Arcane
Écrit par La Rédaction le
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Chez Riot Games, la musique n'a rien d'un détail. League of Legends, Valorant, les compétitions d'esport, la série Arcane, les événements en direct : tout ce qui s'écoute passe par l'équipe de Maria Egan.
« Pratiquement toutes nos équipes qui ont besoin de musique passent par nous », explique-t-elle. Son équipe compte une vingtaine de personnes. Elle réserve des artistes pour les événements live, mais fonctionne aussi comme un mini-label, avec ses compositeurs, ses superviseurs musicaux et des dizaines de sorties. « Nous sommes en quelque sorte une agence créative interne à Riot. »
Tout commence en Angleterre, dans les années 90. Maria Egan aime la pop, mais c'est le grunge américain qui la renverse au collège : Nirvana, Pearl Jam. « Ça m'a complètement époustouflée. » Cette obsession pour la musique américaine la poussera plus tard à traverser l'Atlantique.
Puis arrive la Britpop, Oasis et Blur en tête. Au lycée, elle lance avec des amis un fanzine consacré au mouvement. Il se fait remarquer, au point de leur ouvrir les portes de l'industrie musicale.
Personne autour d'elle ne travaille dans la culture. En suivant les concerts, elle découvre les managers et les gens de labels. « Je me souviens m'être dit : "C'est un métier pour lequel les gens sont payés ?" Alors que je l'aurais fait gratuitement ! »
L'envie de monter sur scène dure « environ cinq minutes ». Son esprit pragmatique la mène vers le management de groupes, son premier emploi, qui l'emmène aux États-Unis. Elle rejoint ensuite Columbia Records, en A&R, la détection de talents et la direction artistique. Elle y apprend à distinguer ses goûts personnels de ce qui peut toucher un large public, auprès de mentors comme Rick Rubin.
Après Columbia, Maria Egan cofonde Pulse, une société d'édition musicale. Elle la développe pendant huit ans avec ses associés, jusqu'à sa revente vers 2020. « Je connaissais ce secteur sur le bout des doigts. Je voulais comprendre où va l'avenir de la musique. »
Cap sur la tech, avec un passage court mais formateur chez Splice. Riot Games cherche alors un profil rare : deux décennies d'expérience créative, plus une vraie compréhension des entreprises technologiques. « Peu de personnes franchissent ces passerelles. » Recommandée par des amis, elle décroche le poste. Elle y est depuis bientôt cinq ans.
Comment naît la musique d'un jeu ou d'une série ? Souvent, une équipe créative arrive avec une référence, une émotion, une histoire à raconter. Sinon, l'équipe de Maria Egan l'aide à en trouver une : « Si tu devais choisir une piste sur Spotify pour raconter cette histoire, ce serait laquelle ? »
Les besoins varient énormément. Pour League of Legends, cela peut être une partition orchestrale qui renforce l'immersion dans un univers fantastique. Pour Valorant, une rave dans le jeu, avec le DJ qui monte à Shanghai aux platines. Le rôle de l'équipe : placer la bonne personne sur le bon projet.
Des centaines de partenariats par an, de Linkin Park à Travis Scott. La portée mondiale des jeux Riot permet de travailler avec des talents émergents comme avec des superstars, en Chine, au Moyen-Orient, en Inde, en Corée ou aux Philippines. « Nous avons un public partout. »
Sur Arcane, elle arrive en pleine saison 2, quand la couleur musicale est déjà posée. Elle aide à faire le lien avec Twenty One Pilots et Stromae. Le studio Fortiche glisse dans ses animatiques une ancienne chanson française : l'équipe comprend qu'il faut un titre en français, un moment disco et nostalgique. Elle contacte l'entourage de Stromae, et découvre que son frère Luc est un fan absolu de la série. « Je me vois un peu comme une entremetteuse professionnelle. »
Elle tient à rendre le mérite à son équipe, notamment aux superviseurs musicaux de Valorant. « Ce n'est pas juste moi qui me balade avec une playlist ! »
Les femmes restent moins nombreuses à ces postes, reconnaît-elle. Mais une nouvelle génération arrive, notamment en A&R. Et le jeu vidéo, longtemps plus fermé, s'ouvre : chez Riot, des femmes sont directrices créatives, exécutives, productrices exécutives.
Elle-même n'a jamais raisonné en termes d'obstacles. Passée par une école pour filles, elle a grandi sous Margaret Thatcher et la Reine. « Pour moi, les femmes ont toujours été au pouvoir. Ce n'a jamais été une limitation mentale. »
Sa méthode : faire du très bon travail, bien collaborer, se concentrer sur les projets plutôt que sur la politique interne. Elle mentore d'autres femmes et anime des groupes de femmes. Et elle conseille de choisir ses terrains : « S'il y a des environnements plus durs pour les femmes, n'essayez pas d'escalader ces arbres-là : cherchez ceux qui sont accueillants. »
Deux fils rouges traversent sa carrière : être au plus près de la création et bâtir des équipes. Chez Pulse, la jeune équipe qu'elle a formée compte aujourd'hui de nombreuses dirigeantes et dirigeants. C'est une femme qui lui a succédé.
Chez Riot, elle ne touche pas à la majorité des centaines de contenus produits chaque année. Elle choisit les projets où elle est la plus utile, notamment au cinéma et à la télévision. L'essentiel est ailleurs : « bâtir une équipe capable de passer à l'échelle ».
Son conseil tient en une idée : savoir dans quoi on excelle, et ne pas rester là où l'on ne peut pas l'exploiter. Elle a un jour quitté un très bon poste dans une grande entreprise sans modèles féminins, pour rejoindre une petite structure fondée par des amis. « Beaucoup ont pensé que j'étais folle, mais ce choix a transformé ma carrière. »
Moins de salaire et de visibilité immédiate, mais beaucoup plus d'autonomie et de pouvoir de décision. Aux jeunes exécutives, elle pose toujours la même question : « Es-tu dans un environnement qui soutient les femmes, qui voit tes forces ? » Si la réponse est non, elle les invite à chercher cet endroit ailleurs.
L'artiste avec qui elle rêve de collaborer ? « Rosalía. Rosalía pour toujours ! » Elle vient de prendre l'avion pour Mexico rien que pour la voir sur scène. Sa voix, sa technique de chanteuse et de danseuse, sa formation flamenco, sa vision scénique : « Elle sait tout faire. » Avis aux équipes de Riot.