Lola Dubini : « J’ai fait un burn out. Mais là, je me suis assez reposée, c’est bon »
Écrit par Juliette Gour le
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Pour beaucoup, elle est la première copine de YouTube (depuis 2009). Pendant longtemps, Lola Dubini a été l'une des rares femmes à créer du contenu vidéo, royaume de la masculinité et des jeux vidéo. Elle fait partie des précurseuses, des premières à avoir "paved the way" (ouvert la voie, en VF). Lola Dubini est une touche à tout, qui n'a jamais réellement eu froid aux yeux. Elle a fait de la télé, de la chanson, elle a écrit des textes, collaboré avec de grands noms de la chanson française, elle est montée sur scène, joué dans des séries, parlé de harcèlement, fait de la radio... Un CV qui donne le tournis. Pour beaucoup de kids du début d'Internet, elle a toujours été là et fait partie de ces figures que l'on n'oublie jamais réellement.
Sans surprise, en vrai, Lola est tout aussi sympa. Elle a le rire facile, sait mettre les gens à l'aise et n'a pas peur de tourner la situation en dérision. C'est décidément une vraie bonne copine... Et cette image lui colle à la peau. Avec 475.000 abonnés au compteur, elle le confesse elle-même : "Je suis la vieille pinco de YouTube". Une amie qu'on prend plaisir à retrouver, que l'on voit une fois de temps en temps, à qui on a envie de tout raconter. Mais, pour une fois, c'est Lola, la vraie, qui s'est livrée. Plus discrète ces dernières années, l'artiste nous a expliqué pourquoi elle avait pris un peu de recul sur sa carrière (en semi-pause depuis 2022) – un retrait plus que nécessaire, qui lui permet de revenir plus en forme que jamais.


Le temps d'un shooting, on a discuté du quotidien avec elle. On s'est demandées si c'était une bonne situation d'être Hannah Montana, on a même cité Caroline Costa... C'est dire à quel point la conversation a dévié. Mais, sous couvert de légèreté, on a soulevé quelques points essentiels : le surmenage des artistes, le traitement des femmes sur les réseaux sociaux, le syndrome de la page blanche... Autant de sujets que Lola Dubini connait sur le bout des doigts.
On s'est également demandé si la Lola d'internet était la Lola de la vraie vie. C'est avec une curiosité certaine que l'on a cherché à déconstruire sa légende, pour comprendre ce qui se cachait derrière cette image de nice girl qui lui colle à la peau. Croyez-le ou non, on a peut-être élucidé le mystère. Oui, Lola est cool, mais elle est bien plus que ça, et vous allez adorer la (re)découvrir.
Lola Dubini. Oh, c'est dur ! Je pense que je suis un peu leur vieille copine, un peu beauf, mais ça me va. Je leur appelle de bons souvenirs d'adolescence pour certains, des débuts de vie d'adulte pour d'autres. Je pense que ce que je dégage, c'est un truc très populaire, certains diraient très TF1, d'autres diraient très commercial. Et ça ne me dérange pas du tout, parce que j'ai grandi dans cet environnement. Mais cela ne m'empêche pas d'être très pointue sur certains sujets et ça, je pense que les gens n'en ont pas forcément conscience.

Je n'aime pas que les musiques commerciales : je suis fan de jazz. En fait, je suis plutôt pointue sur la musique en général, plus qu'on ne le pense. J'aime aussi beaucoup le cinéma. Je n'ai pas de volonté particulière de le montrer, tout comme je n'ai aucune frustration de dire des choses comme ça. Je ne sais pas si c'est réellement une face cachée, mais c'est le revers d'une idée très préconçue que les gens se font de moi. Les gens s'arrêtent plus facilement sur l'image de la bonne copine avec qui rigoler plutôt que sur l'idée que l'on peut discuter cinoche et jazz avec moi. Ils ne se doutent pas que je peux être plus que l'image que je renvoie. Oui, je suis la bonne copine, je suis une bonne oreille, on rigole avec moi, mais j'ai aussi d'autres qualités.
Je ne sais pas si je suis atteinte du syndrome de la nice girl, mais que c'est un truc assez ancré, je pense. Et il y a un truc qui est quand même assez ancré, c'est la bonhomie que doivent avoir les gens qui sont un peu en surpoids. Souvent, c'est soit des méchants, genre Ursula dans La Petite Sirène, ou des très, très gentils – les nourrices, les gens sympas, les meilleures copines qui sont toujours le backup. Donc, je pense que c'est une idée préconçue qu'on se fait.
Ça dépend. Quand je dis que je vais bien, je vais vraiment bien. Et quand ça ne va pas, je le tais. C'est aussi pour cette raison que je n'étais pas trop sur le devant de la scène ces deux, trois dernières années. Je n'allais pas bien psychologiquement ; il s'est passé beaucoup de choses. J'étais surmenée, j'ai fait un burn-out. Je me suis tue pendant quelques années et là je reprends doucement, parce que je vais mieux. Je garde quand même un côté morose – dont les gens n'ont pas forcément conscience – avec une quête permanente de la nostalgie, mais je vais mieux et je deale mieux avec les deux facettes de ma personne. Je suis un peu Hannah Montana parfois, il y a la Lola sur scène et la Lola à la ville. Ça ne m'empêche pas d'être rieuse et drôle quand je suis en société, tout en ayant ce fantasme du temps d'avant, celui que je ne connaîtrai jamais.


Ça a été trois ans d'arrêt [2022 - 2025, ndlr], mais c'était une pause nécessaire. Pendant longtemps, j'ai enchaîné beaucoup de choses sans m'accorder de vacances. Depuis que j'ai commencé YouTube [en 2009, ndlr], j'étais en permanence dans la production de contenu, avec le stress qui l'accompagne. Je devais poster à une heure précise, que les gens soient heureux, qu'ils aiment la vidéo, que je fasse des vues. Je suis entrée dans le tourbillon des chiffres. Quand l'algorithme a changé les règles de YouTube, c'était dramatique pour moi : il fallait absolument que je trouve autre chose, c'est là que je me suis tournée vers le théâtre. En parallèle, j'ai fait un spectacle, parce que j'en avais envie... Tout ça s'est enchaîné sans pause. Il a fallu que je prenne des vacances pour comprendre que j'étais surmenée. J'ai commencé à faire des crises d'angoisse, j'ai eu des symptômes de crise cardiaque... J'avais besoin de lever le pied, pour pouvoir réécrire des chansons. J'ai eu la chance d'être bien entourée, par des personnes bienveillantes qui m'ont dit : "On sera prêts quand tu seras prête". C'est un luxe de travailler dans ces conditions.
En fait, je crois que les trois ans de pause m'ont aussi permis d'accepter le fait que j'ai grandi. Il y a trois ans, je pense que j'avais encore cette vision de moi très "femme-enfant", celle qui aime Disney. Cette petite part de ma personnalité me collait à la peau. Pendant cette pause, j'ai appris que je peux aussi être une jeune femme. Je suis devenue plus confiante et je n'ai plus peur d'admettre que je peux être faible parfois, ou vulnérable. Je m'obligeais à coller à cette image qu'on avait de moi. Je pense que j'ai déconstruit beaucoup de choses en trois ans et je me sens beaucoup mieux maintenant.

La violence en ligne vis-à-vis des femmes s'explique assez facilement et tristement. Je pense que l'anonymat sur les réseaux n'a pas aidé au fait qu'on se sente en insécurité sur internet, nous, en tant que femmes. Ce que j'ai surtout constaté, c'est quand une meuf essaie de dire des trucs intelligents, il y aura toujours un mec pour dire que qu'elle est conne... Et avec le recul, je pense que cette violence gratuite m'a un peu bloquée dans la production de contenu. Je me suis beaucoup interdit de faire de la vulgarisation musicale parce que j'avais l'impression que je n'avais pas les épaules. Il y avait aussi un autre créateur, PV Nova, qui était tellement pointu que je me suis dis : "Je ne pourrais jamais être aussi pointue que lui". Je me suis donc tournée vers le lifestyle tout en faisant un peu de musique. Ça a occulté toute une partie de mes connaissances. Par exemple, les gens n'ont pas conscience que je maîtrise très bien le sujet "guitare" et ça créé des situations étranges dans la vie. Par exemple, il y a des techniciens qui me font les balances avant les shows, en pensant que je ne sais pas les faire moi-même. Pour être prise au sérieux, il faut tout prouver quand on est une femme, et ça, c'est fatiguant.
Dans mes coups de cœurs récents au cinéma, il y a Un ours dans le Jura. J'ai trouvé Franck Dubosc super et Laure Calamy est incroyable dans le film. C'est drôle, bien senti, ça fait presque film américain, voire anglais en terme de thriller et de la manière dont c'est amené.
Pour ce qui est de la musique, je suis fan des artistes folk américains. Genre Lizzy McAlpine, Ben Abraham, c'est super. Vous pouvez aussi jeter une oreille à Mélody Gardo et Jamie Cullum. Dans le rap, il y a une meuf que j'aime particulièrement en ce moment, c'est Amalia, une artiste marseillaise pas hyper connue, qui mérite bien plus de visibilité.
J'ai surtout envie de faire des choses pour moi maintenant, pas pour les radios, les médias et en fonction de ce que les gens attendent de moi. Là j'ai sorti un titre qui s'appelle Saisons, j'ai fait toute la direction artistique du clip, avec les fleurs. J'ai envie qu'on me voit comme je suis, et plus une projection de moi-même. J'ai envie d'être Lola Dubini et c'est tout. Dans les projets à venir, il y a un EP et une tournée qui arrive en septembre... Je me suis assez reposée, c'est bon.

Retrouvez Saisons et l'ensemble des albums de Lola Dubini en streaming sur les plateformes.
Propos recueillis par : Juliette Gour
Rédactrice en chef : Mélanie Wanga
Vidéo : Adèle Simper et Ilona Lemaire
Photographie : Maya Stojic
Stylisme : Carine Malonda
Coiffure et maquillage : Maud Gobet
Merci à l'hôtel El Dorado pour son accueil chaleureux.