KIKA : quand vendre son corps devient un acte de survie
Écrit par Florina le
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S’il ne me restait plus rien, est-ce que je vendrais mon corps ?
C’est une question brutale. Et pourtant, beaucoup de femmes se la sont déjà posée, pas par provocation, mais par projection. Par peur. Par instinct de survie.

Kika est enceinte. Elle vient de perdre l’homme qu’elle aime. Elle n’a plus d’argent, plus de repères, plus de plan de secours. Juste un ventre qui grandit, et une réalité qui rétrécit. Alors, elle bascule. Pas dans la facilité, dans la nécessité.
Le film la suit dans cette zone grise que la société juge, fantasme et condamne : le travail du sexe. Mais ici, pas de clichés, pas de morale, pas de misérabilisme. Alexe Poukine refuse l’image de la victime à sauver. Kika ne tombe pas. Elle se relève. Elle choisit son corps pour redevenir maîtresse de sa vie. Et c’est précisément ce geste-là qui dérange.
KIKA, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes 2025, n’est pas un film “sur la prostitution”. C’est un film sur la survie, sur la solitude, sur le prix à payer quand tout le reste s’effondre.
Alexe Poukine y déplie une vérité rarement dite : il y a des femmes qui entrent dans le travail du sexe pour survivre. D’autres qui y entrent par choix. Et, souvent, c’est un peu des deux.
Le film refuse de choisir entre ces réalités. Il montre la complexité de ce qu’on préfère garder hors-champ : ce moment où la liberté et la dignité cessent d’être des concepts pour devenir une question urgente, presque physique.
Le plus subversif n’est pas l’acte sexuel, confie la réalisatrice. Ce qui dérange, c’est qu’une femme monétise quelque chose que la société attend d’elle gratuitement : son corps, son écoute, sa disponibilité émotionnelle.
Et tout est là. Ce n’est pas le sexe qui gêne.
C’est l’idée qu’une femme puisse en tirer de l’argent.

Kika ne fait pas l’apologie du travail du sexe. Elle ne cherche pas non plus à le justifier. Elle agit, simplement. Parce qu’elle n’a plus rien. Parce que dans ce monde-là, son corps devient la seule ressource qu’elle peut encore contrôler.
Manon Clavel, bouleversante dans le rôle-titre, incarne une femme qui refuse d’être une “bonne victime”. Elle ne cherche ni à plaire, ni à choquer, mais à exister. Et dans cette lutte silencieuse, il y a quelque chose d’immense : une forme de liberté. Une liberté qui coûte cher, mais qu’elle revendique comme un acte de vie.
Le film, d’une pudeur rare, évite les pièges du pathos. Il se tient à hauteur de femme, caméra posée, respiration suspendue. Il montre sans juger. Et surtout, il nous renvoie à nos propres contradictions : entre perdre sa dignité ou perdre sa liberté, qu’est-ce qu’on choisit ?
Parce que c’est un film nécessaire, sans fard, sans complaisance.
Parce qu’il ne nous parle pas “des femmes”, mais “avec elles”.
Parce qu’il ose montrer que la survie n’est pas toujours héroïque, mais qu’elle est toujours légitime.
Et surtout, parce qu’il ouvre une conversation urgente : Pourquoi les femmes doivent-elles envisager de vendre leur corps pour survivre, là où les hommes vendent leurs compétences ?
KIKA ne parle pas d’un métier interdit. Il parle d’un monde injuste.
D’une société où la seule monnaie d’échange qu’il reste parfois aux femmes… c’est leur corps.
Et si, au fond, le film d’Alexe Poukine dérange autant, c’est parce qu’il dit tout haut ce que beaucoup préfèrent taire : ce n’est pas le sexe qui scandalise. C’est qu’une femme s’en serve pour reprendre le pouvoir.