Et si Glee était la meilleure série queer des années 2010 ?
Écrit par Prodige Mabanza le
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Si vous avez déjà tenté de reproduire Smooth Criminal version Glee devant votre miroir avec deux balais en guise de violoncelles, alors vous n'êtes pas passé.e à côté de la teen série désormais iconique.
Bien avant que les plateformes ne fassent fleurir des récits queer sur tous les tons, Glee imposait dès 2009 des personnages LGBTQIA+ visibles, nuancés et au cœur de l’intrigue. Dans un monde encore frileux à représenter autre chose que l’hétéro-normativité, la série a offert à toute une génération queer des figures d’identification fortes — de Kurt à Santana, en passant par Blaine ou Unique. Quinze ans plus tard, alors que les séries queer se multiplient, difficile de ne pas reconnaître à Glee un rôle fondateur dans la pop culture LGBTQIA+. Et si, au fond, c’était la série la plus importante des années 2010 pour la visibilité queer ?
Quand Glee débarque en 2009, les séries pour ados s'appellent Gossip Girl, Pretty Little Liars ou The Vampire Diaries. Autant dire que la diversité — sexuelle, raciale ou même de classe — est loin d’être la priorité. Et puis voilà ce club de chorale, un peu loser, très attachant, qui casse les codes. Dès la première saison, Glee place un personnage gay au centre de l’histoire, sans l’entourer de silence ou de gêne. Kurt Hummel, interprété par Chris Colfer, n’est pas juste “le gay de service” : il est flamboyant, sensible, drôle, parfois insupportable — en bref, humain.
Et il ne reste pas seul longtemps. Très vite, la série introduit d’autres identités queer : Brittany et Santana, dont l’histoire d’amour prend son temps mais bouleverse encore aujourd’hui ; Blaine, le copain (puis mari) de Kurt, aussi chic qu’iconique ; Unique, jeune femme trans jouée par Alex Newell, dont la présence reste inédite pour une série mainstream de l’époque. À une époque où la majorité des séries peinent à assumer un seul personnage LGBTQ+, Glee en aligne plusieurs — avec leurs propres intrigues, leurs dilemmes, leurs moments de gloire.
Ce n’était pas parfait. Est-ce qu'il s'agissait avant tout d'une question de quotas ? Peut-être, mais toujours est-il que la palette de diversité de la série a d'une part aidé toute une génération d'ados et d'autre part, ouvert une porte vers plus de diversité dans les séries mainstream.
Voir des ados queer se chercher, s’aimer, se planter, exister, c’était déjà immense. Glee n’a pas juste inclus des personnages LGBTQ+, elle en a fait le cœur battant de son récit. Une vraie rupture dans une télévision encore frileuse, qui a donné envie à d’autres de pousser les portes.
Avant les timelines TikTok et les teen séries revendiquées queer, Glee a été un déclencheur. Pour toute une génération d’ados, elle a joué le rôle d’un miroir inédit, en offrant enfin des personnages LGBTQIA+ complexes, assumés, et profondément humains. Pour Melissa, aujourd’hui dans la vingtaine, c’est une scène précise qui l’a marquée : “La scène vraiment la plus marquante pour moi, c'est vraiment quand Santana fait son coming out auprès de sa grand-mère. Comme elle a des origines hispaniques, je trouvais que c'était le personnage qui correspondait le plus et qui me ressemblait le plus.”
Le personnage de Santana, lesbienne et racisée, a permis a beaucoup de jeunes de s'identifier à ses problématiques. Le rejet brutal de sa grand-mère après un aveu sincère et courageux, a bouleversé la jeune spectatrice : “Du haut de mes 12-13 ans, ça m'avait vraiment, vraiment, vraiment touchée.”
Comme pour beaucoup, Glee n’a pas simplement diverti. Elle a permis de poser des mots sur des sentiments flous, d’identifier des émotions et de comprendre, parfois bien avant les mots, ce que l’on était. “Mon orientation, je pense que sur le moment, ça m'a ouvert un peu les yeux avec plus de représentation, ça c'est sûr”, raconte Melissa. “Et pas que moi, d'ailleurs, à mes amis aussi.” Quinze ans plus tard, ces personnages sont devenus des balises, ceux qui ont aidé toute une génération à se questionner sur son orientation sexuelle, et surtout, à se voir exister à l'écran.
Série de niche devenue culte, Glee s’est imposée comme un jalon majeur dans l’histoire des teen séries. Pour Hanneli Victoire, journaliste pop culture, c’est son contexte de diffusion qui rend sa percée d’autant plus notable : “Glee, c'est sorti en 2009, c'est une petite série. C'est important de le préciser par rapport au paysage médiatique dans lequel elle s'inscrit.” À l’époque, les écrans sont monopolisés par des récits de jeunes rich kids, entre Gossip Girl à New York et le reboot de 90210 à Los Angeles.
En face, Glee détonne : “C'est une série qui se passe dans l'Ohio, dans une petite ville, avec des adolescents normaux… On a vraiment des gens issus de la classe moyenne, de la classe pop.” Ce décalage devient sa force : la série ouvre un espace à des personnages dits "étranges", "différents", bref, queer au sens large. “C'est tous des outsiders, quoi”, ajoute Hanneli. Des figures atypiques, qui ont redéfini les codes des séries pour ados et bouleversé la représentation des identités LGBTQIA+.
Pour Olivia, spectatrice de la première heure, l’impact est clair : “Je pense que Glee a eu un impact sur ma vie et dans la culture queer en général… c’est indéniable. Glee, pour moi, c’est une référence dans ma vie à 100 %.” Pas juste une série musicale : un marqueur générationnel, queer, et inoubliable.
Chaotique, intense, mais fondamentalement sincère, Glee a fait plus que divertir : elle a offert à des ados queer une place à l’écran et dans le monde. Si d’autres séries ont suivi, peu peuvent se vanter d’avoir provoqué autant de déclics. Au fond, quoi de plus queer qu’un show too much qui a appris à toute une génération à chanter — et à s’assumer — plus fort ?