Thérapie TCC : pourquoi on est de plus en plus nombreuses à troquer le divan contre un carnet d’exercices
Écrit par Juliette Christain le
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Il y a celles qui racontent leur enfance allongées sur un divan, façon En thérapie sur Arte. Et il y a celles qui sortent de séance avec un carnet, un tableau de pensées automatiques et des devoirs à faire avant mardi. Bienvenue dans la thérapie TCC, pour thérapie cognitivo-comportementale, l'approche qui a fait passer la psy du « parlez-moi de votre mère » au « que se passe-t-il dans votre tête quand votre boss ne répond pas à votre mail ? ». Plus structurée, plus courte et plus évaluée que d'autres approches, la thérapie TCC s'est répandue dans le monde entier en quelques décennies. Mais d'où vient-elle, et pourquoi tant de personnes la choisissent-elles aujourd'hui ?
L'idée de base tient en une formule signée Albert Ellis : on ressent ce que l'on pense. La thérapie TCC part du principe que nos émotions et nos comportements dépendent de la manière dont nous interprétons les événements, bien plus que des événements eux-mêmes. En séance, la ou le psy aide à repérer les pensées automatiques négatives, ces petites voix qui soufflent « tu vas te ridiculiser » avant une prise de parole, puis à les confronter à la réalité. Côté comportemental, on s'expose progressivement à ce qui fait peur plutôt que de l'éviter. Selon l'expertise collective de l'Inserm, une thérapie TCC se pratique généralement sur 10 à 25 séances. Moins de mystère, plus de méthode : c'est un peu un programme d'entraînement pour le cerveau, avec des objectifs mesurables.
Spoiler : une femme, que l'histoire a soigneusement rangée au fond du placard. En 1924, la psychologue américaine Mary Cover Jones publie l'étude de cas d'un petit garçon de trois ans, Peter, terrifié par les lapins. Sa méthode : placer le lapin à distance pendant que Peter prend son goûter, puis le rapprocher jour après jour, jusqu'à ce que l'enfant puisse le caresser. C'est la première description de ce qu'on appelle aujourd'hui la thérapie d'exposition, ce qui lui vaut le surnom de « mère de la thérapie comportementale ». Ironie du sort, ce travail n'a pas été jugé digne d'une thèse de doctorat, à cause de la petite taille de l'échantillon. Un siècle plus tard, des chercheurs saluent encore cette pionnière oubliée. Il faudra attendre 1958 pour que le psychiatre Joseph Wolpe affine ses techniques, et récolte une bonne partie de la lumière. Un scénario digne des Figures de l'ombre.
Le volet cognitif arrive dans les années 1950, porté par deux psychanalystes déçus par la psychanalyse. À New York, Albert Ellis présente dès le milieu des années 1950 sa « thérapie rationnelle », qui deviendra la thérapie rationnelle émotive comportementale. Il se décrivait lui-même comme le grand-père de la thérapie TCC, et un sondage mené en 1991 auprès de psychologues américains le classait juste derrière Carl Rogers, mais devant Freud. De son côté, le psychiatre Aaron Beck remarque chez ses patients dépressifs un flot de pensées autocritiques qu'ils ne verbalisent pas. Il en tire une théorie cognitive de la dépression et publie en 1979 La thérapie cognitive de la dépression. Mort en 2021 à 100 ans, il défendait l'idée que les preuves doivent toujours l'emporter sur l'opinion. Ensemble, leurs travaux forment ce qu'on appelle la deuxième vague de la thérapie cognitivo-comportementale.
Plus récente, la troisième vague intègre la pleine conscience et l'acceptation des émotions. Et sa figure de proue est, encore, une femme : la psychologue américaine Marsha Linehan, créatrice de la thérapie comportementale dialectique, dont elle a d'abord étudié l'efficacité dans les années 1980 auprès de femmes souffrant d'un trouble de la personnalité borderline. Elle a aussi parlé publiquement de sa propre souffrance psychique, bien avant que la santé mentale devienne un sujet de conversation sur TikTok.
Dans le pays de Lacan, la thérapie TCC ne s'est développée qu'à partir des années 1970, grâce à des associations de praticiens. En 2004, l'Inserm compare trois approches et conclut que l'efficacité des TCC est validée scientifiquement dans une majorité de troubles psychiatriques, alors que celle de la psychanalyse ne l'est que pour le trouble de la personnalité limite. Résultat : une controverse médiatique telle que le ministre de la Santé de l'époque désavoue publiquement le rapport et le fait retirer du site du ministère, une première dans l'histoire de l'Inserm. Team divan contre team tableau de bord : la guerre des psys était officiellement déclarée.
D'abord parce qu'elles sont en première ligne. Selon le Baromètre santé de Santé publique France, les femmes, en particulier les 35-44 ans, présentent les niveaux de dépression les plus élevés, et leur prévalence a davantage augmenté entre 2010 et 2017. Deux mois après un accouchement, une femme sur six présente une dépression post-partum et plus d'une sur quatre un niveau d'anxiété important. Face à ça, la thérapie TCC coche plusieurs cases : elle est brève, elle fixe des objectifs concrets, et la relation y est pensée comme collaborative plutôt que verticale. Pas de psy mutique qui interprète vos lapsus : on construit ensemble. Pour celles qui ont déjà eu le sentiment de ne pas être écoutées, cette transparence compte. Et si vous explorez d'autres pistes, on vous a aussi présenté la thérapie ICV.
Pas en tant que méthode, mais le dispositif Mon soutien psy, lancé en 2022, permet de bénéficier de 12 séances par an chez un psychologue conventionné, au tarif de 50 euros, remboursées à 60 % par l'Assurance Maladie, le reste étant généralement couvert par la complémentaire santé. Il est désormais possible de s'adresser directement à un psychologue partenaire, sans passer par un médecin. Attention toutefois : tous les psychologues du dispositif ne pratiquent pas la thérapie TCC, il faut donc le demander. Et douze séances, c'est plutôt la fourchette basse d'une thérapie cognitivo-comportementale complète.
Le titre de psychologue est protégé, mais la mention « TCC » sur une plaque ne garantit pas une formation solide. Pour éviter les mauvaises surprises, vérifiez le parcours de votre praticien ou praticienne. L'Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC) propose un annuaire de thérapeutes. Dès la première séance, posez vos questions : nombre de séances envisagées, objectifs, méthodes. Une thérapie TCC est censée être explicite, profitez-en. Et si l'automne vous pèse, notre guide pour survivre à la déprime hivernale peut vous accompagner en attendant votre premier rendez-vous. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 heures sur 24.