Ils ont trompé leur partenaire — et ils n’ont pas (totalement) honte
Écrit par Juliette Gour le
Écrit par Juliette Gour le
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L’infidélité, on en parle dans les chansons, dans les films, entre potes autour d’un verre… et parfois aussi chez son psy. Si Cry Me a River ou Confession nocturne ont posé l’ambiance, la réalité, elle, est souvent un peu moins glamour – mais tout aussi universelle. Parce qu’à moins d’être un moine tibétain ou une championne du love durable, personne n’est totalement à l’abri d’un petit écart (ou d’un grand virage).
Il y a les récidivistes, les accidentels, les “c’était juste une fois” et les “j’avais besoin de me sentir vivant·e”. Les raisons sont aussi multiples que les personnes concernées. Et spoiler : non, ce n’est pas qu’un délire masculin. Sur la question, la parité est respectée.
Tromper fait mal, on le sait. À celui ou celle qui le découvre, et parfois aussi à celui ou celle qui le fait. Mais dans bien des cas, ce n’est pas juste une histoire de fesses : c’est une alerte, un symptôme, une tentative désespérée de combler un manque. Et même si l’idéal serait toujours la communication, la vraie vie est souvent plus brouillonne que les bons conseils donnés en théorie.
Alors ici, pas de tribunal. Pas de “tu aurais dû”. Juste des histoires vraies, racontées par celles et ceux qui, un jour, ont franchi la ligne. Pas pour se justifier, mais pour essayer d’expliquer.
La parole est à eux. À elles. À celles et ceux qui ont, un jour, choisi d’aimer ailleurs.
Thibault, 26 ans : J’ai eu plusieurs relations longues, trois de trois ans, une d’un an. Et je n’ai été infidèle qu’une seule fois. C’était dans une de ces longues histoires. Deux ans après le début de la relation, quelque chose s’est éteint : l’amour, la passion, le désir. Petit à petit, je ne ressentais plus rien. Et même si je le savais, je n’ai pas eu le cran de partir.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regarder ailleurs. Plus d’envie, plus d’attirance pour elle… et de l’intérêt qui renaissait pour d’autres. Partager des moments à deux était devenu une corvée. Pire encore : l’idée d’avoir une relation intime avec elle me dégoûtait.
Le vrai déclencheur, ça a été un déménagement. J’ai changé de ville pour mes études. Et sous prétexte de la distance, je me suis autorisé à craquer. À explorer. À vivre autre chose, ailleurs.
Avec du recul, je sais que j’aurais dû la quitter. Mais à l’époque, elle traversait une période difficile, notamment avec sa famille, et je n’ai pas voulu en rajouter. Ironie du sort : c’est par pitié que je suis resté… et c’est cette pitié qui m’a fait agir de la pire des manières.
Je ne l’aimais plus, on était mal assortis, mais je suis resté. Et plus le temps passait, plus cette “double vie” me donnait l’impression d’avoir du pouvoir, de l’adrénaline. Je ne me rendais pas compte à quel point je pouvais la blesser.
Aujourd’hui, cette histoire m’a appris quelque chose : le courage de partir. Le courage de ne pas m’acharner dans une relation morte. Et surtout, de ne pas infliger à l’autre ce que moi-même je n’aimerais jamais vivre.
Pénélope, 22 ans : Je n’ai été infidèle qu’une seule fois. Pas de relation sexuelle, juste un baiser volé — et une nuit partagée dans un lit qui n’aurait jamais dû l’être, même si, en tout bien tout honneur, il ne s’est rien passé. Enfin… pas au sens littéral du terme.
J’avais beaucoup bu, j’étais dans un état second. Et surtout, j’étais paumée. Ce garçon me tournait autour depuis un moment. Mon mec, lui, était à des kilomètres. Et entre la distance, les disputes à répétition et le manque de lien, je commençais sérieusement à douter de notre histoire.
Ce baiser, c’était un mélange d’impulsion, d’alcool, et de besoin désespéré de me sentir désirée. J’avais l’impression d’être coincée dans une relation qui ne me laissait plus respirer. J’avais besoin de plaire, besoin d’un shoot d’égo.
Le lendemain, la culpabilité m’a explosé à la figure. J’ai tout avoué. Tout de suite. Mais même ça, ça n’a rien réparé. Il était prêt à pardonner, à faire comme si… mais moi, je ne pouvais pas. Je n’arrivais pas à passer au-dessus. Et le pire, c’est que j’avais cette peur en moi : celle de recommencer. Alors j’ai tout arrêté.
Cette rupture, c’est ce qui m’a poussée à faire le ménage. En moi. À comprendre pourquoi j’avais agi comme ça, ce que ça disait de moi, de ma façon d’aimer, de me perdre, de vouloir plaire. Ce “faux pas”, comme je l’appelais à l’époque, c’est aussi ce qui m’a permis d’y voir un peu plus clair.
Alexandre, 25 ans : Mon infidélité n’est pas un accident de parcours. Elle est régulière. Parfois plus marquée selon les périodes, mais globalement, on peut dire que je suis un habitué. Il n’y a pas toujours de raison claire ou profonde. Souvent, c’est une pulsion. Une envie soudaine, imprévisible. Un moment qui dérape.
Ce qui me pousse à franchir la ligne ? L’attirance, bien sûr. Mais surtout cette impression que, tant que je suis encore jeune, tant que rien n’est vraiment “sérieux”, j’ai le droit — voire le devoir — d’en profiter. La pandémie m’a laissé ce goût amer : celui du temps qui file, des occasions qu’on laisse passer, des plaisirs qu’on s’interdit. Alors maintenant, j’ai décidé de ne plus me priver.
Est-ce que je regrette ? Parfois. Ça dépend des circonstances, de la personne, de ce que ça bouscule. Il m’est arrivé de m’en vouloir… et d’autres fois, pas du tout. Parce qu’il faut être honnête : tromper, ça flatte. L’infidélité, dans mon cas, c’est souvent un shoot d’ego. Une façon de me rassurer, de vérifier que je plais encore. Et que je sais encore y faire.
Elisa, 24 ans : L’infidélité et moi, on a commencé tôt. Entre 15 et 18 ans, c’était un peu sport. J’ai d’abord trompé mon copain de l’époque – relation à distance oblige – avec un garçon qui, lui, était à proximité. Puis j’ai trompé ce deuxième avec un troisième. Et là, j’ai compris que je cherchais autre chose : du réconfort, de l’oxygène. À l’époque, je vivais une relation un peu toxique, et ce garçon-là m’a fait du bien… au début.
Mais ça ne s’est pas arrêté là. Très vite, j’ai eu envie de plus. De plus d’attention, de plus d’expériences, de plus de liberté. Alors j’ai trompé le troisième avec d’autres. Plusieurs autres. J’étais jeune, pas amoureuse, et très consciente que ces garçons ne seraient pas les hommes de ma vie.
Et puis, à 18 ans, j’ai eu un vrai coup de foudre. Et là, plus aucune envie d’aller voir ailleurs. Pas même une seconde. L’infidélité n’était plus une option. Juste une vieille histoire.
Est-ce que je regrette mes débuts ? Pas du tout. Personne n’a jamais rien su, personne n’a eu le cœur brisé. Je me suis éclatée, j’ai vécu plein de trucs, j’ai exploré. Et franchement, à cet âge-là, à quoi bon se torturer l’esprit ? Aujourd’hui, je sais ce que je veux. Je me sens prête à construire quelque chose de solide, sans cette peur de ne pas avoir assez profité avant.
Marc, 28 ans : La première fois que j’ai trompé quelqu’un, j’avais 16 ans. En couple depuis six mois, rien de très sérieux, mais c’était tout de même ma première vraie relation. L’occasion s’est présentée sans prévenir — je n’avais pas prémédité, je n’étais pas en chasse. Et pourtant, j’ai fauté.
Je n’ai pas culpabilisé, mais je n’ai pas fui mes responsabilités non plus. Je lui ai tout raconté. Elle a écouté, compris, pardonné. On est restés ensemble encore un temps. C’était la première fois. Pas la dernière.
Quelques années plus tard, j’étais en couple avec une autre femme. Une histoire sans grand projet, sans grande intensité. Je ne me voyais pas construire quelque chose avec elle, et pourtant, je suis resté. Par confort ? Par attachement ? Un peu des deux. Et puis la routine a fait son travail. Lentement, sûrement, elle a tout aplati. Plus de surprise, plus de frisson. Alors j’ai recommencé. J’ai été infidèle.
Mais cette fois, j’ai profité de cette infidélité pour mettre un terme à la relation. Je lui ai dit la vérité, et je suis parti.
Avec le recul, je sais que je n’ai pas toujours été courageux. Que j’ai parfois préféré tromper plutôt que quitter. Par égoïsme, oui. Parce que j’étais attaché, même sans être heureux. Mais je ne regrette pas. Ces écarts m’ont appris des choses. Sur moi. Sur ce que je voulais. Ou pas.
Et parfois, c’est en sortant du cadre qu’on comprend qu’il ne nous convenait pas.
Clarisse, 23 ans : Je n’ai trompé qu’une seule fois. Mais je l’ai fait longtemps. Un an et demi. J’étais en couple avec un homme que j’aimais… et j’ai replongé dans les bras de mon premier amour. L’erreur fatale. Je n’ai pas juste fauté un soir d’ivresse. J’ai consciemment mené deux histoires en parallèle, sans parvenir à quitter ni l’un, ni l’autre.
Ce n’est pas dans mes habitudes, ce n’est pas “mon genre”. Et pourtant, je l’ai fait. Je me suis laissée submerger par des sentiments contradictoires : la nostalgie d’un amour passé, l’euphorie d’un nouveau début. Je n’ai rien contrôlé. J’étais prise dans quelque chose de plus grand que moi — ou peut-être que je me suis raconté cette histoire pour ne pas affronter ce que je faisais vraiment.
Mon "non-officiel", celui qui ne savait pas qu’il jouait un rôle dans une double vie, ne se doutait de rien. Pas jaloux, pas suspicieux, presque trop lisse pour être vrai. Cette absence de tension m’a permis de maintenir l’équilibre. Deux hommes, deux facettes, et au milieu, moi, incapable de trancher.
Je n’ai jamais eu le courage de dire la vérité. J’ai tout fait pour saboter la relation avec mon copain officiel, jusqu’à ce qu’il rompe. Et au final ? J’ai perdu les deux. L’un m’a quittée. L’autre s’est éloigné. Et moi, je me suis retrouvée seule avec ma culpabilité.
Pendant longtemps, je me suis vue comme un monstre. Puis j’ai appris à me pardonner. Je ne minimise rien, mais j’ai compris. J’ai grandi. Et aujourd’hui, je sais que je ne referai jamais ça. Pas pour me préserver, mais pour la personne qui partagera ma vie. Parce que personne ne mérite de vivre ça.
Samantha, 24 ans : J’ai été infidèle deux fois. Avec les deux mêmes garçons. Le premier, c’était mon copain officiel — mon premier amour. Et le second, celui avec qui j’ai fini par fauter. Ce n’était pas juste du désir. J’étais amoureuse des deux.
Mon copain vivait loin, il avait ses passions, son quotidien bien rempli. Ce n’est pas ce qui m’a poussée à tromper, mais disons que ça a laissé de l’espace. Du temps. Et dans cet espace-là, j’ai laissé entrer quelqu’un d’autre.
Les moments que j’ai vécus avec l’un comme avec l’autre étaient sincères, beaux, forts. Mais jamais pleinement vécus. La culpabilité planait en permanence. Je ne pouvais pas aimer à 100 %. Et j’ai fini par faire beaucoup de mal, surtout à mon copain de l’époque.
J’ai longtemps porté ce poids-là. Et puis un jour, j’ai mis des mots sur ce que j’avais vécu. Ce n’était pas juste une double vie ou une trahison. C’était du polyamour. Mais à l’époque, je ne savais même pas que ça existait.
Depuis, j’ai déconstruit beaucoup de choses. Ma vision du couple, de la fidélité, de ce que "doit" être une relation. Je ne cherche plus à rentrer dans un moule. J’écoute ce que je ressens. Je découvre qu’il y a mille façons d’aimer, et qu’aucune ne mérite d’être étouffée ou jugée.
Finalement, on trompe quand on se ment à soi-même. La clé, c’est la communication. Et savoir mettre l’égo de côté. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est la seule voie pour aimer juste. Et aimer vrai.
Justine, 22 ans : Je n’ai été infidèle qu’une fois. J’étais jeune, amoureuse, et piégée dans une relation toxique. Il était jaloux, possessif, contrôlant. Il voulait m’éloigner de tout : ma famille, mes amies, ma vie. Et moi, naïve, je ne voyais pas encore le piège se refermer.
Puis j’ai rencontré quelqu’un. Un garçon simple, doux, à mille lieues de ce que je vivais. Il est devenu mon refuge. Mon confident. La seule personne avec qui je me sentais libre, écoutée, entière. Et un jour, j’ai craqué. Je l’ai embrassé. J’ai fauté.
Mais cette infidélité, c’est elle qui m’a réveillée. Elle m’a donné le courage de tout dire, de tout quitter. De sortir enfin de cette relation qui m’abîmait en silence.
Je ne regrette rien. Ce baiser volé m’a permis de retrouver ma dignité. De me rappeler qui j’étais. Une personne entière, avec des choses à offrir — et pas une fille à contrôler.
Aujourd’hui, c’est du passé. Je suis en paix, et j’avance aux côtés de quelqu’un qui m’aime sans m’éteindre. Et ça, ça n’a pas de prix.
Éric, 24 ans : J’ai été infidèle. Quatre ou cinq fois, peut-être plus. Pas par désamour. Pas pour blesser. Mais pour combler un vide. Un vrai, profond, existentiel. À l’époque, mon partenaire n’était pas présent. Et moi, je sombrais sans oser en parler à personne.
L’infidélité est devenue mon échappatoire. Un shoot de liberté. De vie. Ce que je ne trouvais pas dans ma relation, je le cherchais ailleurs, dans les corps, les frissons, les regards. J’avais besoin de sentir que j’existais. Que je plaisais. Que j’étais désirable.
J’ai longtemps été écrasé par la honte. Celle d’être différent. J’ai été harcelé à cause de mon orientation sexuelle, et ça m’a laissé des cicatrices. Faire mon coming-out a été une libération… mais aussi une explosion. Une fois sorti du placard, j’ai tout vécu à fond. Trop vite. Trop fort. J’ai consommé le sexe comme une façon de me reconstruire. De reprendre le pouvoir.
Séduire est devenu vital. Une addiction presque. Quand ça n’allait pas, il me fallait quelqu’un à charmer. C’était mon moyen de me raccrocher à quelque chose. Même si ça voulait dire trahir quelqu’un que j’aimais.
Je ne regrette pas. Pas vraiment. À ce moment-là, je n’étais pas moi. J’étais une version cabossée, affamée de reconnaissance. Ce que je regrette, c’est d’avoir infligé ça à quelqu’un d’autre.
Aujourd’hui, je vais mieux. J’ai fait le tri. J’ai fait une thérapie. J’ai arrêté de fuir. Et je commence enfin à vivre pour moi — pas pour être validé par les autres.