Le premier stérilet pour homme est lillois, et il pourrait enfin rééquilibrer la charge contraceptive
Écrit par La Rédaction le
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Depuis l’arrivée de la pilule dans les années 1960, puis sa légalisation en France avec la loi Neuwirth en 1967, la contraception a surtout été une affaire de femmes. Pilule, stérilet, implant, anneau, patch : la liste côté utérus est longue. Côté testicules, on tournait jusqu’ici autour de trois options : le préservatif, le retrait et la vasectomie. Mais une équipe lilloise est en train de bousculer ce vieux scénario avec le premier stérilet pour homme. Son nom : STEOM. Et oui, Ken va peut-être enfin devoir s’occuper d’autre chose que de son cheval.
STEOM, c’est la contraction de « STErilet pour hOMme ». Le projet est porté par la docteure Julie Prasivoravong, andrologue au CHU de Lille et au centre hospitalier de Lens, et par Jessica Schiro, docteure en biomécanique et chargée de mission recherche au CIC-IT de Lille. Cela fait environ quatre ans que l’équipe travaille sur ce stérilet pour homme, présenté comme le premier du genre. Le point de départ, selon Eurasanté : l’andrologue a vu à la fois exploser les demandes de vasectomie dans son cabinet et rester élevé le nombre d’IVG en France. De quoi se dire qu’il manquait une option entre la capote et le bloc opératoire.
Concrètement, le stérilet pour homme est un minuscule implant d’environ 1 centimètre sur 4 millimètres, placé sur chacun des deux canaux déférents, ces tuyaux qui transportent les spermatozoïdes depuis les testicules. Comme l’explique sa créatrice dans La Revue du Praticien, il ne coupe rien : il dévie le trajet des spermatozoïdes vers le scrotum, ce qui en fait une sorte de vasectomie réversible. La pose s’inspire de la vasectomie sans scalpel. Elle se ferait en consultation externe, sous anesthésie locale, en une quinzaine de minutes, et jusqu’à une demi-heure au maximum. A priori, comme pour la vasectomie, le dispositif ne devrait toucher ni à l’érection, ni à l’éjaculation, ni à la libido. On est loin des fantasmes de virilité perdue qui collent encore à la contraception masculine.
Oui, et c’est tout l’intérêt. Le stérilet pour homme est purement mécanique : aucune hormone n’est diffusée. Quand on connaît la liste des effets indésirables possibles de la pilule recensés par l’ANSM (troubles de l’humeur, baisse de libido, risque thromboembolique…), l’argument pèse lourd. Si vous avez déjà lu nos témoignages de femmes qui ont arrêté la pilule, vous voyez de quoi on parle. Autre différence majeure avec la vasectomie, qui reste considérée comme une contraception définitive : le stérilet pour homme est conçu pour être retiré quand on le souhaite. L’équipe prévoit de demander d’abord un marquage CE pour une durée d’action de trois ans.
Pas tout de suite, désolée pour les impatientes. Une première étude préclinique a été lancée en mai 2026 sur un modèle canin pour vérifier l’innocuité du dispositif pendant un mois après l’implantation. L’équipe dit n’avoir observé ni infection, ni anomalie de comportement, ni autre effet indésirable. La suite ? Une première étude chez l’homme est envisagée vers 2030, pour une commercialisation pas avant 2033. Le parcours pour obtenir le marquage CE prend en effet une dizaine d’années et coûte plusieurs millions d’euros. Le dispositif est d’ailleurs classé dans la catégorie la plus exigeante des dispositifs médicaux, la classe 3, selon Presse-citron.
Non. Comme le stérilet classique, le stérilet pour homme empêche une grossesse mais ne protège pas des infections sexuellement transmissibles. Le préservatif reste donc indispensable avec un ou une nouvelle partenaire. Et au passage, on vous rappelle que la capote féminine existe et qu’elle mérite mieux que sa réputation.
Parce que la charge contraceptive est un pan bien réel de la charge mentale : penser au renouvellement de l’ordonnance, encaisser les effets secondaires, gérer la peur de l’oubli, payer. Les mentalités bougent déjà. D’après une étude d’EPI-PHARE, le nombre de vasectomies en France est passé de 1 940 en 2010 à 30 288 en 2022, soit une multiplication par quinze. Depuis 2021, selon l’ANSM, les vasectomies dépassent même les stérilisations féminines. Beaucoup d’hommes cherchent pourtant une solution durable mais pas définitive. C’est précisément le créneau du stérilet pour homme. Le slogan des militantes des années 1970, « le privé est politique », n’a jamais été aussi concret : qui gère la contraception dans le couple, c’est aussi une question d’égalité. Après le bain à testicules et le slip chauffant, le stérilet pour homme ajoute une vraie option à une liste longtemps quasi vide. Reste une question, que l’on pose sans détour à ces messieurs : le jour où il sera disponible, vous prenez rendez-vous ?