Rêver d’un mort : ce que vos rêves de défunts disent vraiment de votre deuil
Écrit par Juliette Christain le
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Elle était là, dans la cuisine, exactement comme avant. Votre grand-mère vous souriait, vous parlait de tout et de rien, et pendant quelques secondes au réveil, vous avez oublié qu’elle n’était plus là. Rêver d’un mort fait partie de ces expériences qui bouleversent, réconfortent ou inquiètent, parfois tout à la fois. À l’approche de la Toussaint, période où l’on pense davantage à celles et ceux qui nous ont quittés, on fait le point sur ce que signifie rêver d’une personne décédée, entre interprétations traditionnelles et ce que la recherche a vraiment découvert.
Oui, et c’est même extrêmement courant. Une étude des chercheurs Joshua Black, Kathryn Belicki et Jessica Emberley-Ralph, publiée en 2019 dans la revue Dreaming, a interrogé 268 adultes américains ayant perdu leur conjoint ou partenaire au cours des deux années précédentes. Résultat : 86,2 % d’entre eux avaient rêvé de la personne disparue. Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas que les humains : 77,6 % des personnes ayant perdu leur chien ou leur chat en avaient aussi rêvé. Rêver d’un mort n’a donc rien d’étrange ni d’inquiétant, c’est une étape très partagée du deuil.
Si vous n’avez jamais rêvé d’un proche disparu, pas de panique : cela ne veut pas dire que vous l’aimiez moins. Selon les travaux de Black et de ses collègues, le premier facteur est tout simplement la capacité générale à se souvenir de ses rêves. Certaines personnes rêvent sans doute de leur défunt, mais ne s’en souviennent pas au réveil. Les chercheurs soulignent toutefois que leurs données reposent sur des questionnaires remplis après coup, moins fiables qu’un journal de rêves tenu au jour le jour.
La bonne nouvelle, c’est que ces rêves sont le plus souvent doux. Dans une nouvelle étude de la même équipe, publiée en 2025, les rêves de défunts sont décrits comme généralement réconfortants : la personne disparue y apparaît le plus souvent en bonne santé et heureuse. Ces rêves peuvent aider à dire au revoir, à trouver une forme d’apaisement ou à renouer avec des souvenirs heureux. Les chercheurs ont aussi observé que les personnes qui rêvent de leur défunt sont plus nombreuses à ressentir sa présence à l’état d’éveil. Rêver d’un mort serait donc une façon pour le cerveau de continuer à entretenir le lien, plutôt qu’un signe que quelque chose ne va pas.
Dans les clés des songes traditionnelles, rêver d’un mort qui vous parle est souvent interprété comme un message à écouter, un conseil ou une forme de bénédiction. Ces lectures relèvent de la tradition et de la croyance, pas de la science. Côté psychologie, on peut y voir l’expression de ce qui n’a pas pu être dit : une conversation inachevée, un merci ou un pardon. Rêver d’un défunt qui vous prend dans ses bras ou vous sourit est souvent vécu comme un immense réconfort, et c’est peut-être là sa fonction la plus précieuse. Si vous aimez décrypter vos nuits, notre article sur l’interprétation des rêves et celui qui explique pourquoi rêver de quelqu’un n’est jamais un hasard devraient vous intéresser.
Parfois, oui. Quand le deuil est vécu dans la douleur ou après une mort brutale, rêver d’une personne décédée peut prendre une tournure angoissante : la revoir malade, revivre sa disparition, ou ne pas réussir à la rejoindre. Une étude publiée en 2013 dans la revue Death Studies s’est penchée sur les rêves de personnes vivant un deuil compliqué. Les chercheurs y ont relevé davantage de personnages familiers et moins d’émotions que dans les rêves ordinaires. Détail frappant : parmi les 77 personnes qui ont raconté leur dernier rêve, toutes celles qui avaient rêvé du défunt étaient des femmes, même si l’échantillon masculin était trop réduit pour en tirer des conclusions. Si ces rêves vous empêchent de dormir ou si le chagrin reste écrasant des mois après la perte, en parler à un ou une professionnelle peut vraiment aider. La thérapie TCC ou la thérapie ICV font partie des pistes possibles.
Aucune étude ne prouve que l’on rêve plus des défunts à la Toussaint. Mais cette période réunit tous les ingrédients : visites au cimetière, photos ressorties, souvenirs partagés en famille. Or nos rêves puisent largement dans ce qui nous occupe l’esprit pendant la journée. Petite précision au passage : la Toussaint, le 1er novembre, célèbre tous les saints, tandis que la commémoration des défunts tombe le 2 novembre. Au Mexique, le Día de Muertos fait de cette période une fête joyeuse, comme l’a magnifiquement montré le film Coco de Pixar. Son message colle d’ailleurs parfaitement à ce que disent les chercheurs : tant qu’on se souvient d’eux, nos morts continuent de vivre quelque part, y compris dans nos rêves.
Non. C’est l’une des croyances les plus répandues, et elle n’a aucun fondement scientifique. Rêver d’un défunt ne prédit ni une mort, ni une maladie, ni une catastrophe. Dans la série Six Feet Under, la famille Fisher voit régulièrement réapparaître son père disparu, non pas comme un mauvais présage, mais comme une voix intérieure qui les pousse à affronter leurs propres choix. C’est sans doute la manière la plus juste de voir ces rêves : non pas un message de l’au-delà, mais un dialogue avec nous-mêmes et avec l’amour que nous gardons pour celles et ceux qui sont partis. Et si vous aimez ces sujets qui flirtent avec l’invisible, découvrez pourquoi vous êtes peut-être une sorcière sans le savoir, ou ce que signifie rêver de sang.