Misophonie : Pourquoi certains bruits vous rendent littéralement hors de vous ?
Écrit par Erine Viallard le
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Imaginez : vous êtes assis à table, tout va bien... Quand soudain, quelqu’un croque dans une chips et mâche fort. Rien de spécial ? Sauf que pour certaines personnes, ce bruit équivaut à un crissement d’ongles sur un tableau noir. Vous avez envie de fuir ? De hurler ? De jeter le paquet de chips par la fenêtre ? C'est ce qui se passe dans la tête d’une personne atteinte de misophonie.
La misophonie, littéralement "haine du son", est un trouble encore méconnu mais qui fait de plus en plus parler de lui. Sur TikTok, des vidéos cumulant des millions de vues montrent des gens dînant avec un casque antibruit vissé sur la tête. Mais cette intolérance concerne tous types de bruits, et non uniquement les bruits de bouche. Cela peut être : le "click" d'un stylo, le "tac" des aiguilles d'une horloge ou encore le couteau qui racle l'assiette.
Le message est clair : la misophonie, ce n’est pas juste "un petit agacement".C’est un enfer quotidien.
@madisonvidovic pov: you have misophonia #misophonia#fyp#viral#foryou#foryoupage#fy♬ original sound - Marcela ?
Malgré l’afflux de témoignages et l’essor du hashtag#misophonia sur les réseaux, la science, elle, traîne un peu. Actuellement, la misophonie n’est reconnue ni dans le DSM-5 (le grand manuel des psys) ni dans la CIM-11 (la classification internationale des maladies). Pour les professionnels de santé, elle se situe quelque part entre l’hypersensibilité sensorielle de l’autisme, les troubles anxieux et les phobies auditives. En clair, on ne sait pas trop où la ranger.
Les experts se disputent sur son origine, certains parlent d’un dysfonctionnement du système nerveux, d’autres d’un problème d’attention mal dirigée. Et puis il y a ceux qui estiment que c’est juste un facteur de stress de plus dans notre société ultra-bruyante.
Le problème ? Il n’existe ni traitement officiel ni solution miracle. Les misophoniques doivent donc bricoler des stratégies pour survivre : casques antibruit, évitementtotale des repas en famille, diffusion de bruits blancs, ou carrément aménagement de leur logement. Certains couples dorment même séparément, non pas pour cause de ronflements, mais parce que le bruit de la respiration suffit à provoquer une crise de rage.
Si la misophonie fait de plus en plus parler d’elle sur les réseaux sociaux, elle reste largement incomprise par le monde médical. En 2001, le terme a été inventé, mais il a fallu attendre les années 2010 pour qu’il commence à se faire une place dans les discussions scientifiques.
Et ce n'est qu'en 2011, qu'un article du New York Times est sorti sur le sujet. Mais malgré cette médiatisation, la reconnaissance officielle se fait attendre. Le Center for Misophonia & Emotion Regulation de l’Université Duke considère aujourd’hui la misophonie comme un trouble biosocial, mais il n’existe aucun traitement validé ni consensus sur sa prise en charge. Faute de solutions médicales, les misophoniques s’organisent entre eux. Des forums aux groupes Facebook en passant par TikTok, les astuces se multiplient : porter des écouteurs, utiliser un bruit blanc en fond sonore, pratiquer la méditation pour apaiser les réactions émotionnelles.
Mais une question persiste : quand la société prendra-t-elle ce trouble au sérieux ? Après tout, la reconnaissance de l’hypersensibilité sensorielle chez les personnes autistes ou du syndrome de stress post-traumatique a permis des avancées considérables en matière de prise en charge. Peut-être qu’un jour, la misophonie sortira de l’ombre pour être enfin reconnue comme ce qu’elle est : un trouble qui, pour ceux qui en souffrent, transforme le simple fait de partager un repas en un véritable calvaire.
@madisonvidovic pov: you have misophonia #misophonia#fyp#viral#foryou#foryoupage#fy♬ original sound - Marcela ?
Mais au fond, la misophonie ne pose-t-elle pas une question plus large ? Celle de notre tolérance (ou non) au bruit.Car si les misophoniques semblent plus sensibles que la moyenne, il faut bien admettre que notre monde est une cacophonie permanente. Open spaces bruyants, restaurants où il faut hurler pour se faire entendre, voisins adeptes de la perceuse du dimanche matin… Et si la misophonie était juste un signal d’alarme sur notre environnement sonore infernal ?
Certains lieux commencent à s’adapter. Des restaurants "quiet zones" voient le jour, proposant une ambiance feutrée et sans musique intrusive. Certaines entreprises adoptent des"zones silencieuses" pour ceux qui ne supportent pas le bruit constant des claviers et des conversations. Même les casques antibruit sont devenus tendance, portés non seulement par les misophoniques mais aussi par ceux qui en ont marre des bruits forts des transports en commun.
Alors, faut-il continuer à voir la misophonie comme une bizarrerie, ou plutôt comme un signe que notre société devrait apprendre à faire moins de bruit ? Peut-être qu’un jour, respecter le silence des autres deviendra aussi naturel que dire "bonjour". En attendant, si vous croisez un misophonique, évitez juste de mâcher une pomme à côté de lui. Par précaution.