« Je ne suis pas sa priorité » : quand on a l’impression de toujours passer après tout le monde
Écrit par Juliette Christain le
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Vendredi soir, 21 heures. Le dîner était prévu depuis une semaine, mais il vient d’envoyer un message : « Les gars sont chauds pour un match, ça te dérange si je passe plus tard ? » Vous répondez « pas de souci », parce que vous ne voulez pas être celle qui fait une scène. Puis vous rangez les assiettes, en vous demandant pour la énième fois pourquoi vous avez l’impression de toujours passer après tout le reste : ses potes, son boulot, sa mère, sa console. Il vous aime, vous n’en doutez pas. Mais une petite voix vous souffle une phrase qui fait mal : je ne suis pas sa priorité. Bonne nouvelle, ce sentiment a des explications. Et il mérite d’être pris au sérieux.
Ce sentiment naît rarement d’un grand drame. Il s’installe par petites touches : des plans annulés à la dernière minute, des messages qui restent sans réponse pendant qu’il est en ligne, des projets à deux toujours repoussés. Le psychologue John Gottman, l’un des chercheurs les plus connus sur le couple, parle de « bids », ces petites demandes d’attention que l’on adresse à son partenaire tout au long de la journée : un sourire, une question, une anecdote. Selon le Gottman Institute, le partenaire peut s’y montrer attentif, les ignorer ou les rejeter. Et c’est le fait de passer à côté, sans même s’en rendre compte, qui serait le plus dommageable : à force d’être ignorées, on finit par ne plus rien demander. Quand vos petites demandes tombent régulièrement dans le vide, il est logique de vous sentir reléguée au second plan.
Oui, et c’est même l’une des situations les plus déroutantes. On peut aimer sincèrement quelqu’un et, pourtant, ne pas lui faire de place dans son agenda ni dans sa tête. Certains partenaires n’ont simplement jamais appris à faire de la relation un projet commun : ils vivent leur vie et vous y invitent quand ça les arrange. D’autres sont absorbés par une période difficile, un travail prenant ou une fatigue qu’ils ne savent pas exprimer. Parfois, enfin, le problème est plus profond, et l’on se retrouve face à un homme-enfant qui attend de vous que vous gériez tout pendant qu’il profite. L’amour ne suffit pas : la façon dont il se traduit au quotidien compte tout autant.
Avoir une vie sociale en dehors du couple est sain, pour lui comme pour vous. Personne ne devrait renoncer à ses amis par amour, et une relation où l’on ne voit plus personne d’autre n’est pas forcément une bonne nouvelle. La question n’est donc pas de savoir s’il voit ses potes, mais comment il gère l’équilibre. Prévient-il quand il change de plan ? Tient-il ses engagements envers vous ? Vous oublie-t-il complètement quand il est avec eux, au point de ne plus donner de nouvelles ? Si ses amis passent systématiquement avant vos projets communs, et que vos besoins sont toujours la variable d’ajustement, il ne s’agit plus d’équilibre mais de hiérarchie.
Certains comportements reviennent souvent. Il annule ou déplace vos plans, mais jamais ceux qu’il a avec les autres. Vous devez toujours vous adapter à son emploi du temps, jamais l’inverse. Il répond à ses amis en quelques minutes, mais vous laisse sans nouvelles pendant des heures. Il ne vous inclut pas dans ses projets d’avenir, ou reste flou dès que vous en parlez. Il ne remarque pas quand vous allez mal, ou attend que vous lui demandiez explicitement de l’aide. Et surtout, quand vous exprimez ce manque, il minimise ou vous reproche d’en demander trop. Pris isolément, aucun de ces signes n’est grave. C’est leur répétition qui doit vous alerter, au même titre que les autres red flags dans un couple.
C’est une question honnête à se poser, sans culpabiliser pour autant. En 1987, les psychologues Cindy Hazan et Phillip Shaver ont été parmi les premiers à appliquer la théorie de l’attachement aux relations amoureuses adultes. Ils décrivent notamment l’attachement anxieux : les personnes concernées voudraient être très proches de leur partenaire, se sentent souvent moins aimées qu’elles ne le souhaiteraient, et craignent que l’autre ne les aime pas vraiment. Dans leur étude, environ une personne sur cinq se reconnaissait dans ce profil. Si vous vous y retrouvez, le sentiment de ne pas être une priorité peut être amplifié par cette peur. Mais attention : avoir un attachement anxieux ne veut pas dire que vos besoins sont illégitimes. Les deux peuvent coexister. Pour aller plus loin, notre article sur le style d’attachement et la sexualité vous aidera à y voir plus clair.
Parce qu’on nous a longtemps appris à être arrangeantes. Ne pas faire d’histoires, comprendre, attendre, excuser. La pop culture n’a pas aidé : Carrie Bradshaw a passé six saisons de Sex and the City à attendre que Mr. Big daigne faire d’elle une évidence, et on nous a vendu ça comme une grande histoire d’amour. Résultat, beaucoup de femmes hésitent à réclamer de l’attention de peur de passer pour « trop » : trop collante, trop exigeante, trop dépendante. Pourtant, attendre de la réciprocité n’a rien d’excessif. Être une priorité ne veut pas dire être la seule chose qui compte, mais être prise en compte, de façon fiable. C’est le minimum, pas un caprice, et ça n’a rien à voir avec le princess treatment.
Choisissez un moment calme, pas juste après un plan annulé, quand la frustration est à son comble. Parlez de vous plutôt que de lui : « je me sens mise de côté quand nos plans sautent au dernier moment » passe mieux que « tu fais toujours passer tes potes avant moi ». Donnez des exemples concrets, et dites clairement ce dont vous avez besoin : une soirée réservée par semaine, être prévenue en cas de changement, une vraie présence quand vous êtes ensemble. Puis observez la réponse. Un partenaire qui tient à vous peut être surpris ou maladroit, mais il cherchera des solutions. S’il vous accuse d’être trop exigeante, ou si rien ne change après plusieurs discussions, c’est une information précieuse en soi.
Il n’y a pas de règle universelle, mais quelques questions peuvent vous guider. Vous sentez-vous plus seule en couple que lorsque vous étiez célibataire ? Avez-vous l’impression de quémander de l’attention ? Vous surprenez-vous à vous effacer pour ne pas déranger ? Si la réponse est oui, et que rien ne bouge malgré vos efforts, il est peut-être temps de vous choisir, vous. Certains finissent d’ailleurs par se retirer de la relation sans le dire, un phénomène qu’on appelle le quiet quitting amoureux. Vous méritez une relation où vous n’avez pas à vous battre pour exister. Et pour savoir à quoi ressemble un partenaire qui vous fait vraiment de la place, jetez un œil aux qualités essentielles chez un homme.
Ce sentiment ne se limite pas au couple. Beaucoup d’entre nous l’ont aussi vécu en amitié, quand une amie proche disparaît dès qu’elle tombe amoureuse : messages sans réponse, plans annulés, présence en pointillé. Là aussi, on a le droit d’attendre de la fiabilité et de l’attention, et le couple n’excuse pas tout. On vous en parle dans notre article dédié.