Ils vont chez le psy après 8 mois de relation et non, ce n’est pas bizarre
Écrit par Camille Croizé le
Ils vont chez le psy après 8 mois de relation et non, ce n’est pas bizarre
Écrit par Camille Croizé le
Ils vont chez le psy après 8 mois de relation et non, ce n’est pas bizarre
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"On va chez le psy ensemble."Longtemps, cette phrase sonnait comme l’alerte rouge d’un couple en train de couler. Aujourd’hui ? Elle ressemble de plus en plus à une preuve d’amour mature, voire carrément tendance. Chez les 20-35 ans, la thérapie de couple n’est plus une honte planquée sous le tapis, c’est un outil assumé pour faire durer l’histoire. Et si ça fait un peu mal, c’est souvent pour mieux guérir. Les disputes, les blessures d’ego, les traumas non digérés – tout ça ne disparaît pas par magie, même quand on s’aime très fort (merci Disney pour les faux espoirs). Alors au lieu d’attendre que tout explose, les jeunes couples prennent les devants. Ils se regardent en face, se parlent, s’écoutent – parfois avec un tiers bienveillant entre les deux. Si c’était ça, le vrai power couple : deux personnes qui choisissent de faire équipe, même quand c’est inconfortable ?
Pooja et Priesh, tous les deux 33 ans, se sont lancés en thérapie de couple six mois seulement après leur mariage. Non, ils ne se trompaient pas. Non, ils ne se hurlaient pas dessus tous les jours. Ils avaient juste… des tensions. Beaucoup de petites tensions. Assez pour remplir une “liste des trucs énervants” qu’ils s’envoyaient chaque semaine comme on envoie sa liste de courses. Leur rituel ? Un verre à la main, un ordi ouvert, et une heure pour tout déballer avec méthode. Rien à voir avec un couple à la dérive. Ils voulaient juste ne pas le devenir.
“Il y avait beaucoup de stress autour des finances, du logement et de nos carrières”, confie Pooja au Cosmopolitan UK. “On avait des visions très différentes et on se disputait souvent. Quand quelque chose nous agaçait, on préférait ne rien dire, mais ça finissait toujours par exploser.”
Leur thérapeute – “neutre et objective” selon Pooja – leur a proposé d’écrire chaque semaine ce qui les avait frustrés, pour en discuter à tête reposée. Bonus : elle leur a aussi demandé de rédiger des lettres sur les points positifs de leur déménagement à venir, histoire de remettre un peu de soleil dans le drama. “Ça m'a permis de voir les choses autrement”, se souvient-elle.
Mais évidemment, ce n’était pas juste des câlins et du journaling à deux. “Il y a eu des moments où on criait. Je pleurais, il était en colère”, confie Pooja. “Mais il fallait être honnêtes, sinon on n’avancerait pas.”

Ce que Pooja et Priesh ont fait, ce n’est plus si rare. Selon le British Association for Counselling and Psychotherapy, 72 % des personnes estiment aujourd’hui qu’il y a moins de stigmatisation autour du fait d’aller consulter une thérapeute. Près d’un tiers des adultes britanniques l’ont fait au cours de l’année. Même du côté des couples, ça se démocratise : l’association Relate a observé une augmentation de 30 % de jeunes entre 20 et 30 ans qui entament une thérapie à deux.
Maria, 24 ans, et Daniel, 35, ont suivi cinq mois de thérapie de couple à New York. L’idée venait surtout de Maria : elle en avait marre de porter la charge mentale dans leur relation.“Notre thérapeute nous a aidés à comprendre pourquoi on agissait de telle ou telle manière, mais pour moi, le ‘pourquoi’ n’a pas d’importance si ça ne change rien”, explique-t-elle à la version britannique de Cosmopolitan.
Son plus gros reproche ? Le manque de constance de son partenaire. Il écoutait en séance, hochait la tête, semblait comprendre… puis oubliait tout entre deux rendez-vous.“Après qu’on a arrêté, tout s’est effondré.”
Alors non, la thérapie de couple n’est pas un gage de happy ending. Parfois, elle confirme juste ce qu’on refuse de voir : qu’on est peut-être incompatibles, même avec la meilleure volonté du monde. Mais ça aussi, ça peut être une victoire.
La psychothérapeute Natalie Cawley, le dit clairement : la thérapie de couple, ça peut être utile, mais pas à n’importe quel prix. Elle évoque plusieurs signaux d’alerte : “Si vous ne vous fréquentez que depuis peu, que l’un·e pousse pour aller en thérapie pendant que l’autre traîne des pieds, ou que vous ne communiquez plus que par le biais de la thérapie, c’est peut-être pas le bon move.”
Puis il y a les hommes. Ceux qui, selon le mythe (et les memes), préféreraient littéralement tout faire sauf aller parler de leurs émotions à une inconnue payée à l’heure. Même quand ils sont malheureux dans leur couple, les hommes sont bien moins enclins à proposer une thérapie. La faute à des normes masculines toujours bien présentes, à la peur de passer pour faible, et à une pression énorme autour du fait d’être “émotionnellement fort”.
Priesh lui-même l’admet : au début, il n’était pas chaud. “Mes amis commencent à parler de leur santé mentale, mais je préfère garder ma vie de couple privée.” Finalement, c’est l’idée d’un tiers neutre qui l’a convaincu.

Petit rappel utile : une séance de thérapie de couple, c’est environ 80 à 180 euros, et il en faut souvent entre 12 et 25. Vous avez dit luxe ?
Même la thérapeute Cate Mackenzie le reconnaît : “Je leur dis dès le début que ça peut coûter cher. Et je leur demande : est-ce que vous êtes prêt·es à faire le taf ?” Parce que spoiler : payer, c’est pas suffisant. Il faut aussi s’impliquer.
Maria envisage aujourd’hui de rompre avec Daniel. Est-ce que ça veut dire que la thérapie a échoué ? Pas forcément. “Parfois, le but, c’est pas de rester ensemble, mais de comprendre comment on en est arrivés là”, explique Mackenzie. Et cette compréhension-là peut déjà tout changer.
Pooja le confirme : “Il y a des moments où j’aurais été encore plus amère à propos du déménagement si on n’avait pas fait cette thérapie. Ça m’a permis de voir les choses autrement.”
Se faire aider pour communiquer, ce n’est plus un signe de faiblesse. C’est parfois juste un choix de lucidité. Mais comme tout outil, la thérapie n’est pas magique. Elle ne remplace pas le respect mutuel, l’écoute active… ni le fait de se poser une question essentielle : est-ce que j’ai envie que ça marche, ou est-ce que je veux juste éviter d’avoir mal ?