Fexting : ce réflexe que beaucoup de couples ont… mais qui fait plus de mal que de bien
Écrit par Camille Croizé le
Fexting : ce réflexe que beaucoup de couples ont… mais qui fait plus de mal que de bien
Écrit par Camille Croizé le
Fexting : ce réflexe que beaucoup de couples ont… mais qui fait plus de mal que de bien
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Fexting = fight + texting. Traduction : se disputer par message interposé. Le terme a été popularisé en 2022 par Jill Biden (oui, la First Lady des États-Unis), qui confiait gérer ses embrouilles avec Joe par texto, histoire d’éviter de s’énerver devant les agents des services secrets. Glamour, non ? Dans la vraie vie, on est plutôt sur des débats explosifs à base de "tu te fous de moi là ?" tapé frénétiquement entre deux reels de chats.
Ce réflexe est devenu si courant qu’on n’y prête même plus attention. Un reproche glissé entre deux stories, un passif-agressif envoyé sur la pause déj, une réponse qui n’arrive pas, et c’est le drame. Pourtant, derrière cette méthode ultra-moderne de résolution de conflit se cache un cocktail émotionnel bien plus toxique qu’un simple "ok” envoyé en pleine crise.
D’abord, parce que personne n’a envie de crier devant les enfants, dans le métro ou dans l’open space. Ensuite, parce que beaucoup préfèrent écrire que parler. Moins de contact visuel, moins de confrontation directe, et surtout : plus de contrôle sur ce qu’on dit. Ou du moins, c’est ce qu’on croit.
Certaines personnes plus introverties s’expriment mieux par écrit, c’est un fait. La thérapeute Judith Aronowitz l’explique au Huffington Post : “Certaines ont du mal à exprimer ce qu’elles ressentent, alors le fait d’écrire les choses peut les aider à s’exprimer de manière plus honnête et plus claire.” Prendre le temps de relire ce qu’on va envoyer peut, en théorie, aider à désamorcer les tensions.
Mais la réalité, c’est souvent l’inverse : vous êtes sur les nerfs, vous tapez à une vitesse digne de Taylor Swift en tournée, et bam, c’est envoyé. Trop tard pour se calmer, trop tard pour respirer, trop tard pour réfléchir. Le message est parti, les dégâts aussi.
Oui, ça fait mal. Et souvent, ça rate la cible. Un message, c’est sans ton, sans regard, sans langage corporel. Autrement dit : sans filtre. Ce qui donne des échanges où chaque mot peut être interprété (ou sur-interprété) de mille façons. Un “ok.” peut sonner comme une déclaration de guerre, un “tu veux qu’on en parle ce soir ?” comme une menace déguisée.
Dans 20 Minutes, la thérapeute Morgane Catoire résume bien le souci : “Le texto est un bon canal pour désamorcer une situation ou reprendre contact après un conflit, mais en aucun cas pour régler un différend.” Et c’est bien là le piège : croire que parce qu’on a écrit, on a été compris.
Pire encore, comme le souligne — dans Glamour UK — la psychothérapeute Hannah Martin : “Des amitiés ou des relations de toute une vie peuvent se terminer par un texto écrit à la hâte.” Vous pensiez vider votre sac ? Vous venez de creuser un trou.
Puisque tout est noir sur blanc, certains en profitent pour screenshoter, ressortir les messages deux semaines plus tard, ou s’en servir comme preuve dans une discussion (“tu vois, tu l’as dit toi-même !”). Bienvenue dans une relation où chaque échange devient une pièce à conviction.
Judith Aronowitz met en garde : “Essayer de gagner un débat ou de prouver qu'on a raison ne doit pas être l'objectif d'une conversation saine.” Or, c’est exactement ce que le fexting encourage : un mode de communication compétitif, défensif, et totalement stérile.
Et entre nous, si vous en êtes à relire vos textos comme si vous prépariez un procès… peut-être qu’il est temps de vous parler, pour de vrai.
Car oui, le fexting flatte l’égo. On peut balancer des punchlines bien senties, relire ses messages, corriger ses fautes… et humilier l’autre en HD. C’est tentant. Mais ce n’est ni sain, ni productif.
Une dispute, c’est un moment de vulnérabilité. Et ça mérite plus qu’un écran interposé. Ça mérite du regard, du silence, du tremblement dans la voix, bref : de l’humain. Même si c’est plus inconfortable. Surtout si c’est inconfortable.
Discuter par messages peut avoir ses avantages – surtout pour dire “je t’aime” ou envoyer des memes de chats mignons. Mais dès que le ton monte, posez le téléphone. Parce qu’à force de se battre par texto, on finit par se battre tout court.
Alors la prochaine fois que l’envie vous prend d’envoyer ce “t’as fini de me ghoster ou t’attends une invitation ?” rageur… respirez. Attendez. Et parlez. Pour de vrai.