Et si notre obsession pour les Labubu était le symbole même de la crise financière ?
Écrit par Prodige Mabanza le
labubu
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Ils sont partout : accrochés à des sacs Diesel, des baguettes Coach ou des it-bags repérés sur Insta. Mi-monstre mi-doudou, les Labubu ont pris le relais des bag charms pour devenir l’accessoire fétiche d’une génération modeuse. Repérés chez les rappeuses françaises comme dans les clips de Kpop, ces créatures un peu flippantes mais ultra attachantes font l’unanimité. Mais si on vous disait qu’au-delà de leur look kawaii, ces bébêtes pourraient bien être les nouveaux thermomètres de l’époque ? Internet les appelle recession indicators. Et on vous explique pourquoi.
L’histoire n’est pas nouvelle. Dans les années 2000, c’était les Tamagochis sur les sacs Eastpak. En 2008, la récession mondiale avait vu naître une vague de nostalgie régressive dans la mode, des serre-têtes de Blair Waldorf aux imprimés cartoon. Aujourd’hui, inflation galopante, anxiété collective et précarité généralisée redessinent nos rapports à la consommation. Et dans ce contexte, le Labubu fonctionne comme une capsule émotionnelle.
Accrocher une figurine à son sac, c’est rendre la mode fun, légère et se rattacher aux choses simples qui font monter notre dopamine. C’est aussi un moyen de personnaliser un accessoire sans en acheter un nouveau. Moins coûteux qu’un bijou ou un it-bag, le Labubu coche toutes les cases d’une esthétique post-crise : ludique, accessible, virale.
L’obsession Labubu, c’est un peu le lipstick effect revisité. Ce phénomène économique désigne la tendance à se tourner vers des petits plaisirs accessibles (comme un rouge à lèvres ou une figurine kawaii) en période de crise, quand les gros achats deviennent inatteignables.
@nicky.reardon Is Labubu a recession indicator?? Well the lipstick effect thinks so! First coined by Leonard Lauder of Estee Lauder. The idea is that in times of a recession or economic crisis— they see a spike in sales of tiny little trinkets (namely lipstick in 2001 & 2007) At the very least it’s interesting to think about the sociology behind buying things as a means to alter our mood. #labubuthemonsters#labubu#recessionindicator#socialmediamarketing#brandstrategy♬ original sound - Nicky
À 20 ou 30 euros la bête, le Labubu s’impose comme une alternative feel good : plus abordable qu’un nouveau sac, mais assez stylé pour upgrader un look. Un petit luxe émotionnel, pas indispensable mais hautement satisfaisant, qui permet d’affirmer sa vibe même quand le compte en banque dit non.
Dans un climat où l’inflation rend les pièces mode de plus en plus inabordables, accrocher un Labubu à son sac, c’est faire un statement sans se ruiner. C’est injecter un peu de singularité et de joie dans son vestiaire sans passer par la case crédit. Un petit monstre, oui — mais surtout un remède aux frustrations d’une époque qui pousse à faire plus avec moins.
Le succès du Labubu s’inscrit aussi dans une vague plus vaste : celle d’un retour assumé à une mode enfantine et décalée. Dans les vestiaires Gen Z, le mignon bizarre — ce qu’on appelle le weird cute — s’affiche sans complexe. Exit les accessoires lisses et statutairement sexy : place aux créatures difformes, aux couleurs criardes, et plus largement à une esthétique du “trop” revendiquée. Le phénomène n’est pas isolé : c’est le même état d’esprit qui a popularisé les Crocs plateformes, les bottes MSCHF façon cartoon ou les UGG surdimensionnées. La mode, aujourd’hui, adore ce qui était autrefois jugé "moche" — parce que c’est subversif, confortable, et que ça dit quelque chose de notre rapport à l’absurde et au réconfort.
Porter un Labubu, c’est donc embrasser son côté vulnérable et fun, dans un monde qui pousse à l’ultra-productivité et à la perfection. C’est affirmer qu’on peut être à la fois stylé·e et en pleine crise existentielle. Que non, on n’a pas les moyens d’un sac Loewe, mais qu’on peut twister un tote bag avec une figurine fluo et le transformer en accessoire à part entière. Une forme de résistance douce à une époque qui laisse peu de place à l’innocence dans un monde en crise.
On a longtemps dit que la mode était frivole. Mais quand une peluche fluo devient plus qu’un accessoire, quand elle raconte nos angoisses, nos limites budgétaires et notre envie de kiffer malgré tout, c’est qu’elle a dépassé le simple statut de gadget. En 2025, le style n’est pas juste une question de vêtements, c’est un cri doux en forme de bébête monstrueuse.
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