“Mon frigo était vide” : pourquoi des Iraniennes en sont réduites à vendre leurs cheveux ?
Écrit par Camille Croizé le
“Mon frigo était vide” : pourquoi des Iraniennes en sont réduites à vendre leurs cheveux
Écrit par Camille Croizé le
“Mon frigo était vide” : pourquoi des Iraniennes en sont réduites à vendre leurs cheveux
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Ce n'est pas nouveau, l’Iran traverse une crise économique sans précédent. Entre les sanctions internationales, une inflation galopante et un système politique ultra-rigide, la population se retrouve à bout de souffle. Et comme souvent, ce sont les femmes qui paient le prix fort.
Alors qu’elles luttent déjà contre des lois liberticides et une répression féroce, elles doivent désormais trouver des stratagèmes pour survivre. Le dernier en date ? Vendre leurs cheveux aux fabricants de perruques et aux exportateurs de mèches naturelles. Une solution temporaire qui en dit long sur la précarité grandissante des Iraniennes.
L’Iran subit de plein fouet les conséquences des sanctions économiques imposées par les États-Unis et d’autres puissances occidentales. Depuis la réimposition de l’embargo en 2018, le rial iranien s’est effondré, le coût de la vie a explosé et le taux de chômage s’est envolé. Dans ce contexte, les femmes sont les premières à perdre leur emploi et à se retrouver sans ressources. Déjà marginalisées sur le marché du travail et soumises à des lois qui restreignent leur liberté financière, elles doivent redoubler d’ingéniosité pour subvenir à leurs besoins.
Face à cette détresse économique, un marché particulier a explosé : celui des cheveux naturels. Sur les plateformes de petites annonces comme Divar, les offres d’achat de cheveux se multiplient. Des intermédiaires recherchent des mèches longues et en bonne santé, destinées à la fabrication de perruques ou à l’exportation. En échange, les vendeuses peuvent toucher une mince somme – qui peut sembler dérisoire –, mais qui fait la différence quand on peine à remplir son frigo.
Sara, une jeune femme de Téhéran, raconte : "Mes cheveux étaient très longs, mon mari les adorait. Mais à ce moment-là, mon frigo était vide, il était plus important de pouvoir acheter à manger que de plaire."Une confession qui en dit long sur la priorité absolue de la survie dans une société en pleine déroute.
L’histoire de ces Iraniennes qui sacrifient leurs cheveux rappelle d’autres formes d’exploitation du corps des femmes à travers le monde. Certaines vendent leurs ovules, leur lait maternel (oui, oui) ou se tournent vers des plateformes de "sugar dating" pour arrondir leurs fins de mois. Dans une société où les femmes gagnent toujours moins que les hommes et où leur autonomie financière est constamment remise en question, leur corps devient un capital monnayable. Une réalité brutale, qui prouve une fois de plus que la survie féminine passe trop souvent par des sacrifices physiques.
Le geste de couper ses cheveux en Iran a une portée symbolique forte. Il est devenu un acte de protestation, un cri de révolte contre un régime oppressif. Mais ici, il s’agit d’une autre réalité : se couper les cheveux non pas pour défier le pouvoir, mais pour survivre. Un geste désespéré, qui illustre avec violence à quel point les Iraniennes sont coincées entre oppression politique et misère économique. Et pendant ce temps, les hommes au sommet continuent de tirer les ficelles, indifférents à ce que les femmes doivent sacrifier pour, simplement, exister.